‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 118 sur 162 · Deux points de vue pour juger le progrès d'un État · texte numérisé non relu

Deux points de vue pour juger le progrès d'un État

— La société politique depuis son origine a laborieusement parcouru toutes les étapes concevables dans la réforme des constitutions, avant d'atteindre l'idéal qui ne sera réalisé que dans la république des fins. On peut envisager à deux points de vue, l'un historique, l'autre moral cette série de perfectionnements : 1^ pour chercher quelle a été en fait la loi du changement, s'il y en a une, ou, ^^ pour déterminer en droit et au nom de la raison, quelle doit être la forme de gouvernement la plus voisine de l'idéal social, puisque nous ne pouvons rentrer dans l'état de paix qu'en nous échappant progressivement et avec efïort de l'état de guerre.

Voici d'abord ce qui nous paraît ôlre la loi la plus générale du progrès dans la formation de l'Etat.

8. Historiquement les premières sociétés comportaient des états particuliers des personnes et le progrès s'est fait dans le sens du régime contractuel. —Plus l'individu a été affranchi des liens sociaux autres que celui qui l'attaclie directement à l'État, c'est-à-dire à la communauté de ses égaux, et plus sa liberté, en se dégageant elle-même, a pu perfectionner les contrats organiques dont dépend la société politique. La loi du progrès social se trouverait donc dans le passage des sociétés où les personnes sont astreintes à la règle de conditions particulières (telles que l'état d'esclave, de fds en tutelle, etc.), aux sociétés où nulle relation n'est établie entre les personnes particulières autrement que par contrats, et où les relations entre la totalité des membres de l'Etat dépendent d'un contrat général explicite ou tacite. Ainsi, l'autorité du père de famille, royale à l'origine, a fait place au régime contractuel, selon M. H. Sumner Maine. Le mouvement des sociétés progressives a été uniforme sous ce 'rapport. Pendant toute sa durée il a été remarquable par la dissolution graduelle de la dépendance de famille (1), qui a été remplacée peu à peu par les obligations individuelles. L'individu , selon le môme auteur, est constamment (i) substitué à la famille comme l'unité sociale dont s'occupe le droit civil. Le progrès a été plus ou moins rapide, et il existe encore des sociétés dans lesquelles, bien qu'elles ne soient pas entièrement stationuaires, on ne peut apercevoir la décadence de Pancienne organisation qu'au moyen d'études patientes. Mais quelle qu'ait été la rapidité de la marche du progrès, il n'a jamais subi ni réaction ni recul (3), et les retards apparents qu'il a éprouvés ont été occasionnés par l'absorption d'idées et de coutumes antiques venues d'une source étrangère. Et il n'est pas difficile de voir quel est le lien social qui remplace peu à peu les formes de réciprocité de droit et de devoir usitées à l'origine dans la famille :

(1) C'est-à-dire la dépendance des divers individus composant la famille, relativement au chef, le patriarche-roi.

(2) De plus en plus, dans la suite des époques historiques.

(3) Ceci est très contestable si l'on regarde au passage d'une époque quelconque à la suivante. Il y a eu, en ce sens, des réactions, des; reculs. Mais si l'on ne regarde que l'ensemble du développement historique, le progrès paraît continu.

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