‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 117 sur 162 · Exemple : formation de l'idée de patrie française · texte numérisé non relu

Exemple : formation de l'idée de patrie française

C'est ainsi pai' e.\ein|>le ([ne l'on peni assi^injj- nne dale à la première a])[)arilion dericU'ed'niu; pairie fran('ais(;. J^'enlr(;j)rise religieuse de la délivrance d'un lonihean j^roupa les passions et les dévouements an douzième siè(de, et le mouvement des croisades parti de Krance, exécuté d'abord exclusivement par des Français, au moins (|uant à la premièn; (1147), teiininé [)ar des Franc'ais (septième croisade, 1448, et huitième, 1470), mérita le nom de « Gesta Del per Francos » (1) et lit qu'en Orient encore aujourd'hui tous les chrétiens, quelque langue qu'ils parlent, sont appelés Francs. De plus, dans le partage de l'immense armée en divers corps de nations, à travers de lointaines contrées, et au milieu de i)euples d'une autre religion, les croisés se sentirent d'abord frères en Christ; puis les hommes d'un même pays se reconnurent pour enfants d'une même patrie et se groupèrent autour d'insignes qui de loin et dans le désordre des marches et des luttes, faisaient un symbole visible du sentiment en voie de formation. Les Français du nord se rapprochèrent des Français du midi : la fraternité nationale, perdue depuis les temps de Rome, à peine un instant sentie sous Charlemagne, fut retrouvée sur la route de Jérusalem (4), en môme temps que le caractère expansif de la race se retrouvait sur la même route suivie quinze siècles auparavant par ces Gaulois qui étaient allés trouver Alexandre, menacer Delphes, et faire trembler l'Asie, et qui devait être encore reprise huit siècles plus tard par cette même race portant cette fois à l'Europe non plus l'esprit d'aventure, non plusjla foi religieuse en ses ardeurs belliqueuses, mais la foi rationnelle et les principes de la révolution française.

5. Les conventions sociales organisent l'État et son autorité par des lois, un gouvernement et des fonctionnaires.

(1) Actions de Dieu accomplies par le moyen des Francs.

(2) Duruy. Histoire de France, I vol.. p. 267.

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— Les éléiiieuls liisloi'i(iues de ce {^roupeineut social fout la nation ; le coutrat fait l'État. Les contrats réels sont des tentatives pour réaliser dans les relations humaines le contrat idéal ; mais la marche de l'humanité est plus lente que celle des consciences personnelles. Les principes ne se découvrent pas en un jour, et, une fois aperçus, leurs consé(iuences se déroulent quekiuefois dillicilemeut et se i)ratiquent i)lus dilïicilement encore. Cependant, le progrès devient possible ({uand le peuple lève le joug de rinstinctet de Thabitude pour examiner avec réflexion le contrat qui le lie, de failf à ses traditions. Alors s'établit, normalement, par le consentement des libertés, une autorité déléguée dans la fonction de maintenir le statut social contre toutes les causes de destruction possible. En effet, comme la liberté des individus ne saurait se déployer au dehors dans sa plénitude et que celle de chacun peut être détruite ou gênée par l'emploi de celle d'un autre, le bien positif exige une organisation collective destinée à garantir par la contrainte la liberté des individus en la réduisant à la mesure compatible avec la même liberté chez les autres. Telle est la justice, principe de l'État, sa raison d'être et la borne de sa compétence (1). Les lois représentent la puissance publique, et celle-ci représente la raison en ce qu'elle a obtenu de netteté dans la conscience du peuple qui l'invoque. Mais cette raison doit être exprimée dans des formules qui, si compréhensives qu'on les fasse, laissent toujours échapper une infinité de cas particuliers. De là, la nécessité d'un magistrat chargé de parler et d'agir au nom de la raison, et de décider à sa place dans les cas où la loi n'a pas disposé, par suite de l'impossibilité où l'on est de préciser tous les détails dans les règlements généraux. Ainsi, la loi avec les interprètes et agents de ses fonctions, ses fonctionnaires, voilà les organes de la puissance publique (^j.

6. Le progrès des Etats se fait quand les coutumes se conforment à la raison. — Sans cette organisation, les nations sont incapables de progrès ; celles chez qui elle est instituée de bonne heure assez énergiquement pour résister à l'action de coutumes contraires et de passions perturbatrices,

(1) Extrait d'une lettre de M. Secretan, 1880.

(2) Nous ne parlons ici que du principe même de la loi. Les diverses espèces de lois, politiques, civiles, pénales, économiques, sont étudiées et distinguées sous le titre de Morale civique dans le cours de Morale Pratique.

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mais aussi avoc, assrz (h^ souplesses pour aduirllnî les modilical'ious (fu'uFi idé.il plus haut, (Milnwu huidrait, à iiiliodiiii»*, CCS ualioiis soûl les plus capables de [)ro;^i'«'>s. Au coutrainî, celles chez cpii l(^ besoin d'une puissance pul)li([UO or;;aiiiséc systéuiali(|ueiueut s(r fail sentir hop laid, en c(î sens (pie |(»s mauvaises <'ouluines auraient déjà pris le dessus, ou trop tôt, (lansc(»t autres sens (pus l'ardeur dans \v pro'^rès se trouverait déjà éteinte» epiaiul la consliliilion se lixe, ces nations sont statiounaires. Kn rèj;icj;énérale on peut dire ipie les nations [)ro^ressivcs sont colles où l'opinion devance toujours le code et où le code rejoint le plus vite possible l'opinion. Cette doubles circonstance ue se rencontre malheureusement que par ewce'ption dans l'histoire. Les Romains en ont elonné le rare e'xeMuple; le contraire se voitchezles Hindous et les (]hine)is, e;hez({ui la stabilité des institutions exclut te)ut progrès. L'Au';ie'terre ne présente, en son déveiloppement, que l'une des conditions de l'amélioration sociale; car l'opinion publique y est assurément progressive, mais le code reste toujours bien loin derrière elle. De nos jours, après deux révolutions qu'on a pu comparera celle de 1789, malgré de profondes dilïérences, le code anglais est encore en grande partie féodal. La France semble réunir les deux qualités nécessaires pour s'affranchir graduellement de la solidarité historique. Aux époques où le progrès dans les idées se fait le plus rapide, les constitutions se succèdent si vite qu'elles ont à peine le temps de s'organiser en habitudes. Depuis 1789 jusqu'en 1804, on en compte cinq ou six, et de cette époque jusqu'en 1885, date de notre constitution actuelle, nous l'avons modifiée au moins sept fois dans l'intervalle. C'est peut-être trop, et il manque sans doute un contrepoids de stabilité à notre esprit de progrès.

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