XIX. — II-; IHJOIT l'ol.ITlntlK (i/i^;tat) i
lies siif1is;iiilrs :i l'ordir et ;i l,i liltrilé (piiisfiu'il ('()iiipoi-|(> iiih> l>rosso alTr.iiichir (l'tMili'.ixrs iiulirs (|im' («'Iles du droit coiiiiiiiiii à tons les citoytMis), In pi-t'iioiidériiiicc d(^ rcipiiiioii, l;i pai'ti(^ip;i lion, pai" iM'piM'scnlalion, du <;rand iioinhn' à la gestion d<»s alTaircs, cidiii la possibilité (!«» s'ouvrir aux n-fornics (pu^ signale l'opiniou couinu^ (\\i«j[ô(»s par rcxpérioiico polili(juo<;l In profçrès i;«Mi(''ral.
15. Il est la seule forme rationnelle de îa démocratie. Il n'y a pas do niiliou, du loste, ontro cetto fçrandi^ chiirnVe, le gfouvorncMiiont direct de la multitude, possible peut-tMro dans les étals Miinnscules eonnne la républi([ue athénienne, mais qui même sons eetle réserve, n'a pas mainpié d'aboutir à la monar- ('lii(* ou à des dictatures momentanées, et, d'antre part, le réi;ime parlementaire pur et simple ou gouvernement du peuple ])ardélé«;ation. Kn elïiM, la multitude, très apte à faire prévaloir des sentiments et des tendances, à soutenir de son approbation, de son dévouement les mesures prises par ses représentants, n'est pas propre à gouverner, puisqu'il n'y a pas de gouvernement sans nnitéde direction, et surtout puis([ue la multitude ne manifeste ses conceptions que sous la forme de la passion, qui, comme nous l'avons déjà dit, est l'absence même de toute règle. Ce serait donc un très grand mal qu'elle gouvernât directement, et c'est un très grand bien qu'elle puisse gouverner par des intermédiaires.
16. Les essais antérieurs de ce gouvernement ont été compromis par la faute des hommes. — Le problème politique (jui s'est posé en France depuis un siècle exactement accompli aujourd'hui est la conciliation entre le gouvernement unitaire avec ce qu'il comportait de pouvoir personnel, et le nouveau régime dont le principe est la participation de la nation au gouvernement. Chaque fois que la question s'est présentée, la seule solution qui parut acceptable a été le régime parlementaire dont l'Angleterre fournissait un modèle, bien qu'imparfait encore, depuis un siècle et demi. Trois fois essayée, la solution a trois fois échoué par la faute commune du pouvoir qui avait peine à renoncer à d'anciennes prérogatives et de l'opposition qui, au lieu de conquêtes patiemment obtenues et mises à profit, voulait tout avoir à la fois, et de force (1).
(1) Eclaircissement 111.
308 PRINCIPES DU DHnlT
17. Avantages et défauts de la démocratie. — Le suffrage universel, corollaire de la démocratie, est moralement nécessaire; mais on j)eut rej^retter (|u'il ait été introduit trop hî^tivement dans certaines sociétés, et sans j^aranties suffisantes sur la cajiacité et la moralité des électeurs. 11 a du reste pour conséquence la loi des majorités ({ui impo.se à la minorité l'obéissance tant qu'elle reste minorité, (^e principe est injustifiable en morale j)ure : cent membres de l'Etat n'ont pas le droit défaire subir leur volonté à un seul. Mais dans l'état de guerre il faut à tout prix procurer une paix relative à la société; or, la majorité est ce qui se rapproche le plus de l'unanimité exigée par l'idéal. Donc, la loi des majorités est la moins mauvaise de toutes celles qui peuvent régir les hommes en société ; mais il faut s'efforcer d'en corriger les effets encore injustes, travailler autant que possible à l'apaisement des cœurs, préparer l'unanimité en abordant les réformes les plus mûres dans l'opinion et les moins propres à accentuer l'état de conflit, garantir en un mot les droits des minorités. Enfin, le principal défaut des démocraties est peut-être le souci d'une égalité jalouse qui confond son objet avec les inégalités naturelles et désirables entre les hommes. Elle ne peut prétendre supprimer l'aristocratie des talents et des capacités qu'on voit se former heureusement partout, et à qui on est obligé de recourir pour constituer un gouvernement. Ce qui serait possible, c'est l'égalité des bonnes volontés et peut-être celle d'un développement intellectuel élémentaire capable de rendre chacun apte à disposer raisonnablement de son vote.