croit, demandant compte aux soleils de leurs poids
Que l'axe autour durpicl ils tournent tous ressemble
Au trébuchet posé sur son ^enou qui tremble.
Dans la libration de ce grand balancier
Il exige Ht veut voir l'œuvre d'un justicier ;
Et, le jugeant lui-même, il le rend responsable
D'une cuisson qu'à l'œil lui fait un grain de sable,
Sans comprendre, aveuglé par son menu chagrin
Que l'axe eût dû fléchir pour détourner ce grain ;
Que l'immense faveur, de lui seul ressentie,
Sur des mondes sans nombre, aussitôt répartie
En désastres sans nombre eut dû sévir contre eux :
L'éternité pour rendre un éphémère heureux !
Sully Prudoommi-:. /t^s^/ce, p. 2^21. Lemerre.
Affirmation d'un accord à venir entre les lois cosmiques et la morale.
Terre et cieux ! si le mal régnait, si tout n'était Qu'un dur labeur, suivi d'un infâme protêt ; Si le passé devait revenir, si l'eau noire, Vomie, était rendue à l'homme pour la boire, Si la nuit pouvait faire un affront à l'azur, Si rien n'était fidèle, et si rien n'était sûr, Dieu devrait se cacher de honte, la nature Ne serait qu'une lâche et lugubre imposture, Les constellations resplendiraient en vain !...
Que l'avenir soit fait de méchanceté noire, C'est ce que pour ma part, je refuse de croire.
J. THOMAS. 2d,
358 l'HINCirES l)i: l\ IIKLIGION NATURELLE
Non, ce ne serait pas la peine que les vents
Unnuasscnt le flot orn^^cux des vivants, Ouc le matin sortit des mers, semant les pluies De diamant aux fleurs vaguement éblouies, Et que l'oiseau chantât et que le monde fût, Si le destin n'était qu'un chasseur à rallùt. Si tout l'eflbrt de l'homme enfantait la chimère, Si l'ombre était sa fille et la cendre sa mère, S'il ramait nuit et jour, voulant, saignant, créant, Pour une épouvantable arrivée au néant ! Non, je ne consens pas à cette banqueroute.
Ah la réalité, c'est un paiement sublime !
Je suis le créancier tranquille de l'abime ;
Mon œil ouvert d'avance attend les grands réveils.
Non, je ne doute pas du gouffre des soleils !
Moi, croire vide l'ombre où je vois l'astre éclore!
Quoi le grand azur noir, quoi, le puits de l'aurore
Serait sans loyauté, promettrait sans tenir!
Non, d'où sort le matin sortira l'avenir.
La nature s'engage envers la destinée ;
L'aube est une parole éternelle donnée.
Les ténèbres là-haut éclipsent les rayons ;
C'est dans la nuit qu'errants et pensifs nous croyons ,
Le ciel est trouble, obscur, mystérieux; qu'importe !
Rien de juste ne frappe en vain à cette porte.
La plainte est un vain cri, le mal est un mot creux.
J'ai rempli mon devoir, c'est bien, je souffre heureux...
Car toute la justice est en moi, grain de sable.
Quand on fait ce qu'on peut, on rend Dieu responsable :
Et je vais devant moi, sachant que rien ne ment.
Sûr de l'honnêteté du profond firmament.