III. — L î;t AT ni; cikimm: i;t i,a MrurMj-: M'i'hroUKK
12. L écart entre 1 idéal et les faits introduit un droit de guerre dans les relations de 1 état de guerre. - Dans l'état de paix, où Ton lail ahsiraction de tonie mauvaises volonté chez les agents, on peni délerniiner avec préc^ision les droits et les devoirs puiscjne aucune violenc(\ ancuni^ injustice ne vient }:çéner l'exercice d(^ la bonne volonté et la contraindre à se défendre; contre les mauvaises. Les devoirs consistent alors, entn; les agents moraux, à respecter le contrat tacite qui les lie, c'est-àdire à se traiter réciproquement comme des fins. Mais si nous passons de l'idéal à la réalité, il faut reconnaître que les lois de la morale pure ne peuvent être ap[)lic[uées à l'état de guerre, c'est-à-dire à l'état où chacun, suspectant et ayant des raisons de suspecte)' les intentions d'autrui, se trouve conduit à prendre des mesures pour se mettre à l'abri des agressions. Il ne peut plus se conduire par la règle suprême du respect de la personne en général, puisque, en fait, toutes les personnes ne sont plus dignes de respect. Il n'en est qu'une dont il connaisse exactement la valeur, c'est lui-même ; et il est un devoir qui ne comporte ni délai ni obscurité, c'est la conservation de cette personne. Pour l'agent isolé dans sa sphère élémentaire où même pour l'agent envisagé dans cette sphère moyenne où il se trouve en face de la nature et des animaux, ce devoir de conservation personnelle se pose comme règle unique dont l'application est limitée seulement par la bonté et le respect de soi. Bans la sphère supérieure des relations interpersonnelles, ce devoir se caractérise mieux comme un droit de défense, qui s'atténue et même disparaît quand la société est de pure justice réciproque. Mais dès que l'agent moral aurait à pâtir de la simple pratique du juste en présence d'autres agents décidés à ne pas respecter sa personne, il doit pourvoir au maintien et au développement de son existence, la règle de sa conduite devient un droit de guerre substitué à la justice. L'écart énorme que l'expérience montre entre les faits et l'idéal explique cette transformation.
20'J PRINCIPKS Dr DHOIT
13. L'agent moral, corrompu par son milieu réel, et qui se sait tel ne doit pas excuser ses faits par cette corruption, mais lutter contre elle en tenant compte des nécessités acquises. — l.cs dcîvoirs de lijidividu (;l, Jcs devoirs sociaux se tiouvciit donc sinfçulièrcmciit iiiodiliés par la considération de la défense (]ui domine toute la morale appliquée, et d'où découlent toutes les obligations dans la vie réelle. Les vertus de la sphère individuelle ne sont pas moins atteintes et peut-être le sont-elles plus (|ue les vertus de la sphère sociale. C'est même une question de savoir si elles sont encore des vertus. L'agent se doit toujours à lui-même, ce que l'idéal le plus haut de dignité peut commander concernant les choses qui dépendent uniquement de lui. Mais il doit faire, en outre, la distinction de ce qui, môme dans la pratique de ses vertus individuelles est lié à la conduite des autres personnes et en dépend. Là intervient une nouvelle loi que la morale pure n'approuverait pas, mais qui est le principe de toutes les réformes, de tous les efforts pour changer le mal actuel en un moindre mal, savoir, l'application consciencieuse du jugement de possibilité, le choix des moyens utiles et la règle des ménagements en ce qui ne dépend pas de la raison et de la liberté d'un seul. Il n'est pas douteux que l'agent soit corrompu par le milieu; mais s'il se rend compte de cette corruption, il est d'autant plus engagé dans la lutte de l'être avec lui-même qu'il se sent plus éloigné de l'idéal. Il ne peut s'excuser de son impuissance en alléguant sa volonté viciée par l'hérédité des crimes de la race. Et s'il ne se rend pas compte de sa chute qui est incontestable, il ne peut être rendu responsable des actions mauvaises qu'il commet, que dans la mesure où il est libre et éclairé (1).
14. Modifications apportées aux vertus individuelles par le passage de la morale idéale à celle des faits. — La défense de soi devient le premier devoir. — En tant que lié à la vie sociale, l'accomplissement des vertus individuelles en fait des formes du droit de défense. Ainsi la prudence, dans l'ordre idéal et abstrait est la recherche du vrai et la culture de l'esprit ; ou encore c'est une appréciation des biens que l'expérience montre comme sujets à conflits, une comparaison entre eux sous l'idée du meilleur, une coordination pratique de nos fins par
(1) Voy. cil. sur la Responsabilité.
\M. fK MKvoiii i;t \.\: imoiT 203
l'œuvre do la raison aliii (rathiiidrc on de |)oiirsiiivn' du moins la lin sniMM-icnn^ en lont(vs cliosrs. Mais dans la vie n'^dlr, la pin doncr dovii'nt lo (-alcnl des nianvaiscs volord/^s possihhîs (•!, la fc (•luu'cln^ des moyens {Vvw rviicr les ('lïcis. La IcinjK'rana'. vsi, \)a\ <'ss(Mico, un iMfnilihrc (pic raient doit ('laMir cmIimî s(;s passions et. tMiti'O les satisfactions (pic la raison Iciii pci met ; c/cst iimlimitation des hicns de la sensibilité an\ leiines vonins pour (pn-i les hiens snpérienrs de la vie se eonservent ni se développent. Mais, (Ml présem-e des mainaises volonh's (pii l'enhuirenl, l'ai^cnl m' pent pins s'ahandonner avec conlianee à ses inclinations i\\\ i;i'nre de la bienveillance sans s(^ mettre tout d'abord en dehors de la société. La tein[)erance devient donc nue compression des penchants de ce genrt^ et nne légitimation ac'cidentelle de leurs contraires. De plus, s'il s'agit d'ai)i)étits tels que l'alimentation ou des nidiurs en j:!:énéral, l'état social on la solidarité histori([ne nous a i)lacés nous conl'ère le droit d(î déroger, pour notre conservation aux règles de tempérance ([ue la vertu pure s'imposerait dans une société idéale. Enfin le courage ou force morale, qui est la vertu ménui dont la tem[)érance et la prudence ne sont que des applications à l'ordre intellectuel et à l'ordre passionnel, se confondrait, dans l'état d(^ paix avec l'activité même de l'être raisonnable employée à [)rendre et maintenir la possession de soi en luttant soit contre les attraits irrationnels de toute sorte, soit contre les causes destructives émanées de la nature. xMais lorsqu'il se heurte aux menaces et aux attentats des hommes, il devient une hardiesse à se défendre contre les attaques, puis i\ les prévenir, et enfin à les faire naître en les supposant constamment avec juste on injuste raison (i).
15. Modification des vertus sociales. — Justice coercitive, répressive, réparatrice et distributive. — Quant aux devoirs sociaux, de justice on de charité, ils sont également modifiés par la considération du droit de défense. Pour faire respecter la justice violée ou risquant de l'être en sa personne, pour conserver sa dignité et son indépendance, l'agent doit recourir à des moyens de contrainte, c'est-à-dire faire intervenir la violence et l'injustice au service de la justice. Cependant toute morale ne disparait pas de cette situation. L'état de conflit entre les personnes n'est pas le règne exclusif de la violence de quelque jus- Ci) Les applications parliculières de ces trois vertus sont étudiées dans le Cours de morale pratique ; II" partie, Morale individuelle.
204 l'HINCH'KS IKI DHOIT
lice s'imposo onrore aux relations lroiil)léo«; par le principe pratique delà défense. Les hommes sentent si bien, en effet la haute nécessité morale de ce droit transformé, (jnils lui conservent le nom doJnslirr, quoirprelle implif(ii(' le mal volontaireen tant rfue rocrrilirr et irpirssirr. o\ (fuCllc (•omj)eiise seulement le mal i)a)le mal en tant (|ii(' irpuralrirp. |)p pins, l'égalité entre les personnes, condition de la morale ])urv ji'existe plus; les unes sont diji^nes de respect, les antres indij^nes ; on ne peut donc les traiter toutes sur le même ])ied ; de là une justice flisffihntive. Enfin la protection individuelle est insuffisante et risf[ue d'absorber toute l'énergie de l'agejit, et de lui enlever tout loisir de pourvoir non plus seulement à la conservation de son être, mais au développement de sa destinée. De là la possibilité d'une entente des individus pour organiser la défense selon certaines coutumes et pour en faire respecter les prescriptions par le moyen d'une autorité spécialement déléguée à cet effet (1), et dépositaire d'une force publique. Alors le droit positif remplace le droit naturel et rationnel, et l'on voit paraître les institutions judiciaires et gouvernementales destinées à maintenir un minimum de justice au milieu de la violence générale. Ce qui serait en soi injuste, la contrainte sur une personne, devient juste, car la mauvaise volonté que témoigne un agent le fait déchoir de sa dignité, et descendre momentanément et en partie du rang de personne à celui de chose et de chose nuisible.
16. La morale devient alors une science appliquée, c'est-àdire un art de transformer le réel en idéal. — C'est au point de vue du droit de défense que nous nous placerons pour étudier les devoirs dans les relations générales relatives aux personnes, à leurs biens, à leurs affections. Mais la morale se réduit, dans cette condition, à faire la part des nécessités historiques et des règles inflexibles de la conscience, à « concilier l'acquit et l'inévitable avec le bien pur » (:2). Elle n'est plus la science des
(l)C'est ce qu'il y a de philosophique clans la donnée du livre de Hobbes sur le ciloycn. et c'est seulement en vertu d'une prélérence personnelle que Hobbes entend déléguer Ions les pouvoirs à un tyran absolu. Il écrivait en faveur de Charles ï""", roi d'Anfrleterre. ]Mais on peut concevoir de trois façons, au moins, l'établissement d'une autorité publique, soit par une usurpation de quelques-uns tolérée par tous les autres ; soit par un soulèvement de la foule qui se gouverne elle-même, soit enfin par élection d'une autorité renouvelable selon les variations de l'expérience et de la raison, (V. ch. xix, sur l'Etat.)
(2) Science de la Morale, I, p. 349.
XH. — I.K liKViHIl I:T \.i: l>H(MI' l'Ob
pures nilatioiis nilrc^ les .ii^ciils raisoiiiiahhvs, iiifiis \',\\\ de diri ;;(M' vers ridi'.il des ;i;;('mIs coiKtiiiinis. l'.Wr dcvicnl l:i nioi'dh' «rppU(ia('r à la réalilc hlllc d(Ml clici'clH'r les inoyciis di*, lair<î n'i^'iici' iioii l;i paix (|iii est iiiipossihlc aclitcllciiicid , mais iiiio paix relalivc- aussi solide (pic possible; (Ij.