III. — LA .TUSTICE ET LA CHARITÉ DANS L'ÉTAT DE GUERRE
15.' La pratique de la justice, dans la morale appliquée, n'est possible que par la charité. — Si nous passons dans l'état de guerre, nous voyons un autre sens du mérite et en même temps une confirmation expérimentale et historique de la différence irréductible que nous établissons entre la justice et la charité. En effet, à n'envisager que théoriquement tout d'abord la place que peut obtenir la charité, dans la société réelle supposée relativement juridique, il peut y avoir du mérite uniquement à faire son devoir. L'observation de la justice, n'est plus possible dans cette situation, sans une certaine part de charité. Cicéron l'a bien dit, personne ne peut être juste sans charité. Car, dans l'état de guerre, pour que je sois juste envers une personne coupable d'injustices actuelles ou anciennes, il faut : 1*^ que je maîtrise les sentiments de haine, de vengeance qu'elle m'inspire ; 2° il faut que je réprime mon dégoût et mon mépris pour voir mon égal dans
\iir. .irs'i'ici; i;t ciimuti': 21w
(•('I. liomiiM' (|iH' l;i jiislicr .ivilil ; il' il faut, (|n(^ je riscjnc in.i s«'m'iililr, (HIC i(^ m'(^\|>()s('à riiijuslicc (r.iiilrui, si je veux rester jiistf\ Ainsi (loue, c'est de iii.i p.iil im îichulc sacrilicn et do (lévoiieriieiil. (|U(^ ilVirc sci'iipiileiiseiiiciil jiisle. Le (l('\(Mr (|iii dans l'élal de paix ctail sini|)lcmenl l'a((piilleiiieiil d'iiiie dclle d<»vi(Mit (^iiel- (Hie cli()S(» de plus dans l'elal de guerre. Ou scMJécouvrc s()i-in('^rm*, ou s'culève des i;'aiaidies |)()ui' u'eu |)as faire peser trop le poids sur des personnes doni on connaîl, cependani la volonté hostile. Il y a lA beaucoup de «::raiuleur |Miis(|u<^ j(^ donne plus (ju'(mi ne m'a donné, llnlin dans l'étal de |>ai\. je pouvais ne pas luéliter, il sutlisail ({ue je fusse jusie, laiulis i\\n', dans l'état de guerre, si je ne mériter pas, je déiuéiite, je nu^ nuids cou|>al)le. Ainsi donc, aussi Www dans l'état de paix ((ue dans l'état dc^ «•uerro, la charité est clios(» dilTérente de la justice.
16. Le droit de défense n'implique pas la charité. — C'est ce que sij^niliait le proverbe latin : Sunimnni jus, suniina injuria, c'ost-à-dire, le droit revendi(|ué jus((u'à sa dernière limite est la forme extrénu» do l'injustice.
1mi etïet, si je me préoccupe uniquement de mes droits et de leur défense, je ne viole pas la justice relative de l'état de guerre où je vis, mais je ne traite plus les m.embres de la société comme des personnes, je leur fais l'injure de les considérer définitivement comme des forces brutes et nuisibles et comme je suis autorisé, à la rigueur, à prendre cette attitude, je mets donc la justice au service de mon injustice apparente ce qui est bien plus insupportable qu'une violation manifeste et avouée du droit des personnes. Cependant, l'attention exclusive à protéger le droit personnel ne peut être considérée comme l'unique et complète forme de la justice même dans l'état de guerre. La défense n'est pas le seul et constant souci de l'homme dans la réalité sociale ; car en ce cas « la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue ». L'homme juste est, dans l'état de guerre, celui qui, après avoir pourvu à sa défense, travaille à préparer le retour à des relations pacifiques et normales et, par bonté, se relâche de ses droits, fait preuve non d'humilité mais de patience ; celui qui n'abdique pas entièrement comme le brahmane, mais procède par les voies de douceur, de charité, de bienveillance avant de recourir à la contrainte. Enfin le juste devient magnanime, il s'élève jusqu'au pardon des injures, quand le respect ultérieur de sa dignité et de son droit lui paraissent probables.
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17. La charité, dans l'état de guerre, ne peut intervenir qu'après 1 accomplissement de la justice. — Va\ ce sens ou a ])ii (liir : 0 |,;i cliinih'' est ;'i hi justice cr (|ii(' 11* j^éiiie est au bon sens. ï II s('i;iil pcul-rlrc plus cxiicl de dire que la charité entendue eoiuiuc nous venons de le dire est à la justice, dans la morah» !ip])li(|U(''e, comme le fçénie artistique ou littéraire est à la correclioii. (lello-ri est exiij^ihle chez l'auteur et l'ai-liste. Klle est une règle certaine, un ciitère, mais elle n'est qu'un minimum. Il y a déjà du mérite à écrire sans incorrections, comme il y a (lu mérite, dans l'état de guerre, à faire simplement son devoir sans commettre d'injustices. Dès qu'on s'élève au-dessus de cette règle défensive on arrive au talent, au génie, à la charité. Mais de même (fue le génie, dans l'art, ne s'allie pas toujours au goût pur, de même la charité n'implique pas forcément cette soite de correction dans les relations sociales qui est la justice et peut même se trouver en conflit avec elle.
La bonté n'a pas en soi une règle certaine et peut entraîner dans son incertitude les autres devoirs. Par exemple, dans les nombreux cas où la justice réclame l'exécution des promesses, il en est dans lesquels cette exécution est un mal pour celui qui les a faites, ou pour celui qui les a reçues ou pour d'autres personnes et même pour des sociétés entières ; et alors, si la bonté refuse ce que la justice exige ou défait ce que la justice a fait, celle-ci se trouve violée et c'est au nom d'un devoir, d'après l'hypothèse, que cette violation du devoir se produit. C'est cette contradition qu'il faudrait lever pour faire admettre que la bonté ou l'amour ou la charité est par soi-même un devoir. Par exemple, la justice réclamait à la Convention la répression des insurgés de la Vendée et du fédéralisme lyonnais. Si les généraux chargés de ces justes, mais douloureuses missions, se fussent laissés toucher de pitié dans leur œuvre, la bonté eût défait l'œuvre de la justice. Cette opposition tragique des deux notions a inspiré le bel ouvrage de V. Hugo, Qiiatre-mngtireize, et dans les splendeurs du récit se manifeste la fausseté morale de cette thèse chère au poète, que l'amour et la bonté rachètent et elïacent l'injustice et même peuvent tenir lieu de justice. C'est la même thèse que l'on trouvait déjà dans la pièce : Sultan Mourad, de la Légende des siècles. Ici elle nous fait assister aux défaillances successives: 1^ de Lantenac, général des insurgés qui oublie ses devoirs de chef de parti par pitié pour trois enfants en danger d'incendie ; 2 "de Gauvain, le général de la Convention,
Mil. lusTicK i;t CIIAIUTI. 221
qui, ;iii li(Mi de Inirc liisiilrr sou |)ris()i)iii('i', :iiiisi (|iril en ;< ;ic,('(^|)l,(' lii mission, croil, devoir le l";iiir ('vadcr;^) de Ciinoiiidniii, le coiiiMiissHire de la (loiiveiilioii (|iii, après avoir fait tomber la l(M(' de son ami (iaii\ain sur l'eclialand, pour punir la traliison, se donne la inori, résolvant ainsi pai" le suicide le conllil. entre la justice et la passion.
Va\ v'(M'tu du nn'^ine |nineipe, nous ju;;(M)ns insnflisante, jiiridi- (pieuuuit, la nnnale de I'I'In ani;ile dans des cas coninu' la païahole de ronfaut prodigue, pai' exemple, où le lils coupahie et n^pentant donne plus d(i joie au pèic (|ue le (Ils (|ui (ist resté constamnnuit lidtMe à ses devoiis. Ku elïel, dans cette circonstance la justice sous sa foiinedistrihutiveesl violée (1). La menu; observation peut encore être laite au sujet du conseil de tendre la jonc; j^auclie lorsqu'on a reçu un soul'llet sur la droite, parce ([iie dans c(; dernier cas c'est le principe de dij;nité et de défense persouuelle qui est abaudouué(^).
Ainsi donc, aussi bien dans l'état de paix que dans l'état de guerre, la charité est chose difiérentede la justice.
18. La charité qui n'est pas le pur complément du Droit est pernicieuse. — Si maintenant nous envisageons dans l'histoire les circonstances où la charité a été invoquée comme le principe supérieur du gouvernement de soi-même et d'autrui, nous voyons que non seulement la notion de l'amour ne contient pas celle du respect du droit, mais (jne de plus la charité telle
(1) Evangile^ sous le nom de Matthieu, cliap. v, versets 38 à 40 : « Vous avez appris qu'il a été dit: « Œilpour œil, dent pour dent.» Et moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant; mais s'il te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre; si quelqu'un veut plaider contre toi et t'ôter ta tunique, laisselui encore le manteau. » Exagération peu raisonnable et même dangereuse, dit M. Uavet, quoique passionnée et éloquente; car il faut savoir lutter contre le mal. Et surtout celui qui se résigne trop aisément à ce qu'on lui fasse injure se résignera plus aisément encore à l'injure faite à autrui. (Havet, Le Christianisme et ses origines, t. IV, p. 266.) V. chap. xv, l'attitude à prendre vis-à-vis des intolérants, p. 251.
(2) Evangile sous le nom de Luc, ch. xv, §^ il à 32. «■ C'est le chef-d'œuvre des paraboles. t>'idée première est purement tUéologi(|ue : l'aîné est le Juif, observateur de la loi ; le cadet est le Gentil, (jui en était bien loin, et pourtant (|ui est sauvé, et pour (jui sont toutes les complaisances ; mais l'écrivain, en racontant, oublie sa thèse pour son récit et se livre tout entier à son personnage. Au fond, cette thèse n'est équitable en aucun sens, ni à l'égard des Juifs, ni à regard du lils aine ; mais l'habile conteur s'y prend de manière à la faire passer. 11 ne parle pas de déshériter l'ainé pour le plus jeune : c'est bien, je crois, sa pensée, mais il sent que cela nous révolterait. Il se borne à faire tuer le veau gras pour le cadet repentant, et quand l'aîné se fâche de cette réjouissance, dont, après tout, il aura sa part, nous finissons par trouver que c'est lui qui n'est pas assez bon, et qu'il a tort de se plaindre. » (Havet, Le Chislianisme et ses origines t. IV, p. 288.)
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«ju'on l'a toujours vu»' à l'œuvre, la cliarilc* ori^Muiscc des Eglises qui se sont laites les éducatrices de l'àine humaine, n'a jamais cru que la justiee, c'est-à-dire le respect de la liberté physique et morale d(;s personnes, fut une condition à observer dans la poursuite de ce but: la formation de la bonne volonté en autrui. Jamais l'usage de la contrainte ne lui a paru illégitime. Et même on a pu dire avec raison (jue < la charité, lorsqu'elle ne regarde que son l)ul, lorsqu'elle entend se sulhre à elle-même, est logiquement conduite à l'emploi de la contrainte (1). »
19. La charité livrée à elle-même se croit autorisée à prouver l'amour par la contrainte. — « La famille est la sphère où se meut cette ciiarité spéciale qui s'appelle l'amour paternel et maternel. Cette charité désire, veut que l'enfant veuille le bien ; elle veut qu'il ne veuille pas le mal. Que faitelle pour arriver à ce résultat ? Elle s'applique à susciter en son cœur des mobiles qui le poussent au bien et qui l'éloignent du mal ; elle limite sa liberté physique, ses relations avec les membres des autres familles ; elle le sépare complètement ou en partie du milieu général et lui en fait un particulier, favorable à l'éclosion et à la croissance des bons sentiments et où les mauvais tendent à s'affaiblir et à s'éteindre ; elle s'efforce de lui faire contracter de bonnes habitudes et de l'empêcher d'en prendre de mauvaises ; elle fait jouer tour à tour le ressort de l'espérance et celui de la crainte ; elle unit sans cesse, dans l'action méthodique qu'elle exerce, la contrainte à la persuasion. »
Qui donc ignore la réaction des actes extérieurs sur les dispositions intérieures ? Qui n'a observé les conséquences bonnes et mauvaises de la tendance que nous avons à nous imiter nousmêmes et à imiter les autres ? Est-ce que l'œuvre entière de l'éducation ne consiste pas à tenir compte et à tirer parti de ces liens de solidarité ? Qui donc peut nier que la contrainte n'y ait une place importante et n'y soit d'un usage efficace pour augmenter la solidarité du bien et diminuer la solidarité du mal ?
L'amour paternel et maternel est le type sur lequel s'est toujours modelée la charité générale, la charité des religions et des Eglises. Saint-Augustin, qui avait pour les donatistes une charité ardente, qui voulait énergiquement qu'ils voulussent le bien, avait d'abord repoussé l'idée d'employer la force à le leur
(1) M. Pilloi). Critique Philosophique.
Mil IIISTICI'; KT CIIAHIII 22S
f.iirc vouloir, pciisaiil, (|in' la forc»^ iiiipiiissaiih' sur la voloulc^., n'clait boiiiK^ (lu'à « ('haii^(W' v,n ('allioli(|ii('s (lissiiiiiilcs rcMX ({iraiiparavaiil. ou savait oiivfrtciiKMit lirn';!i(((i(;s *. Mais il nv tarda pas à ahaiuloiiiicr (■clic opinion. Des (^X(Miipl(;s lui (léiiioii lr(>r(Mil (pi(> la ('.oiitraintc pcnt avoir sur la voNnih* iinc action indiiMM'Uî cl anxiliairt^ Ires rcclliu»,!, très avantageuses 11 couclut (ju'il faut, « faire luaiclicr cnscinhie le hou cnsci;;ncineiif et la crainte utile, di^ façon (|ue non scnleinent. la luinièic d(î la vérité chasse los téuèhrtis do l'erreur, niaiscpu^ la charité hriscîles liens de la mauvaise coutume, et (|iic l'on ait alors à se réjoui r du salut (h' plusieurs ».
20. Conclusion. Rapports de la justice et de la charité. — Le droit a besoin d'être proté}j;é contre la (îharité, parce que la charité ne saurait trouver dans son principe, (jnelffue définition (pfon en donne, ni dans son expérience, l'oMi^^ation de respecter le droit, (^'est de la morale rationnelle ([u'elle doit accepter cette obligation. Qu'on l'éclairé tant qu'on voudra, si elle ne veut chercher de loi qu'en elle-même, elle sera toujours assez mal avisée pour songer, à l'occasion, à briser par la contrainte < les liens delà mauvaise coutume ». C'est une tentation naturelle à laquelle elle ne résistera pas.
Il ne peut donc se trouver qu'une circonstance où soit possible la réduction de la charité à la justice : c'est celle où la justice est entendue au sens de perfection morale impliquant aussi bien les devoirs de dette que ceux de bonté (1). Assurément, comme on a pu dire que le plus sur moyen d'obtenir le plus grand bonheur possible dans la société des hommes, serait d'y généraliser la vertu, on peut dire aussi que l'avènement de la charité dans les relations humaines sera contemporain de l'achèvement de la justice. Mais jusqu'alors la différence restera profonde entre ces deux notions.
Une société qui n'aurait d'autre prin(:ii)e que la justice impliquerait la bonté.
Si l'empire suprême de la justice nous paraît dur, c'est que nous ne (1) V. Eclaircissement 1.
224 l'HINCIPES DU DHOIT
remarquons pas assez combien il est nécessaire, combien la règle de la conduite liumaine, la raison, est indispensable à la garantie, à la durée et à la bonne administration de nos biens, et que nous ne savons ])as nous rendre compte des désordres qu'enlraine partout et toujours le sentiment pris pour mobile exclusif des actes ; c'est aussi que nous ne sentons i)as la beauté du juste, et (|ue nous lui reprochons d'exclure les afl'oclions qu'il ne fait que régler, nous laissant tromper l)eut-être par l'hypocrisie de ceux qui couvrent leur insensibilité sous le manteau d'une froide et fausse raison. Si enfin l'empire de la justice nous semble insuffisant pour le bonheur des hommes, c'est que nous sommes malheureusement privés de ce spectacle que la terre n'a jamais contemplé. Jamais les hommes n'ont })u se rendre compte, et même de bien loin, de ce qui arriverait dans un monde où chacun ferait son devoir, je dis seulement à peu près, et en supposant qu'il ne le ferait que par devoir, tous sentiments exclus, si c'est possible. Mais ce n'est pas possible ; en réalité, ce monde où la raison commanderait serait un monde où la boute, libre enfin des chaînes dont l'iniquité la charge de toutes parts, nous paraîtrait régner toute seule. La justice ne serait pas plutôt étabhe, si véritablement elle \'(\. lil. (|u'on verrait le mérite éclater de toutes parts dans les relations humaines.
Renouvier. Science de la morale, chap. xxvi, p. 1(34.
Accord de l'amour et de la justice quand celle-ci est la règle suprême.
Seul le formalisme a droit d'affirmer qu'il existe une nature morale, créée par notre liberté dont nous pouvons écouter les conseils sans défiance, et qui est la nature aimante. La morale kantienne, descendue des froides hauteurs de l'abstraction, retrouve les principes proclamés par le genre humain : elle justifie et sacre de l'auréole morale la pitié et la miséricorde, la bonté « qui est comme la marque de la nature divine dont nous sortons » ; elle reprend et édicté par elle-même le précepte de la sublime religion de charité dont les hommes de foi savent la lettre et dont les hommes de cœur savent l'esprit : Aimez-vous les uns les autres. Destinée à régner sur l'humanité, elle admet, elle réclame la vertu qui porte le nom même de l'humanité; et ses règles sont devinées par le cœur avant d'être promulguées par la raison. Elle permet à notre âme d'aller tout entière, suivant lemot de Platon, à la vérité et au bien ; elle ne veut pas la vertu farouche et le devoir sans émotions ; elle nous laisse le droit aux larmes de la compassion, au sourire de la reconnaissance, aux regards qui enveloppent une âme de tendresse, et portent un cœur à un autre cœur. Il n'y a point de déduction morale qui condamne les élans et les pleurs de l'âme charitable ; et si la logique avait paru exiger un tel sacrifice, une voix mystérieuse nous avertirait, au nom du devoir même, de le lui refuser. Nous sommes faits pour le devoir, mais par le devoir, pour l'affection : lui seul même larendpossible en lui promettant la durée, en l'affranchissant des calculs destruc-
Mil. — .IIISTICI': \:\ CIIMIIIK l'-J.)
leurs (l(^ {'(''^oïsmc, ou des cliMincs (iissolvaiilcs de i.i V()liij)lr, des cori voilises (jui i.i l'oul l'oii/^ii' (rdli' iiiriiic, sv. drcouragc!!* (;l hv. proiidrn en inôpris ; scnd il peut pi-oiioiiccr le inul Umjoui'H sans Inquel l'amour ko in()(jU(^ (\v luiiii(>iii(' cl (jue la nature arr(Mo sur nos lèvres, Iransforinaiil notre sourii'e de tendrcisse en un sourire d'ironie;; il donne à nos dévouements la pureté inaltérable, leur épar^'nc la tcTreur de l'inconstance; il en met le trésor au-d(;ssus même de nos défaillances, et tresse des cîiaines ipii sont légères parci; qu'cdies sont indissolubles. Défendue })ar r(\spérance seule d'un bonliiun* fragile et imprudemment attendu du caprice de la nature, l'alVection aurait perdu ses titres à notre conlijuice : le devoir les a retrouvés. Aimer, c'est renoncera soimômc sans le savoir ; vouloir librement, c'est renoncer à soi-même en le sachant. La moralité est la forme réfléchie de l'amour; l'amour est la forme inconsciente de la moralité.