XIV. i/i<:s(:i,av\(;k
(lin* r.irl, (!«' dcliiiirc un .mlrn peuple. D.iiis un \r\ rl;it, il est îjrrivé deux choses : I" (|ue. ;iu lien de ineltic .1 inoil le prisonnier, on r.'i laissé vivre en e\i;;eanl de lui de liavailler pour le vain(|ueur; ^' ((u'nne nalion enlière, envahies, a été réduite à l'étal d'eselave on d'ilole. On peul ajouter e(^t te troisième hypothèse : un homme is(de, se trouvant dénué de tout moyen de, vivre, au lieu de se les procurer par vol ou violence^ (Mif^age sa lil)crlé et celle de ses desceiidanis pour ohtfiiiir sa subsistance.
3. Trois hypothèses pour justifier moralement l'esclavage ; prétendue amélioration du sort de l'esclave par la Traite. N'oilà trois exi)licalions possrhiessur l'oii^in*' de Tesclavaj;e. 11 faut ou éliminer trois autres ((ui n'ont aucun fonde;ment hislori(|ue ni juri(li(|ue : on dit d'abord que la condition deresclaveest rendue meilleure ([ue son état de liberté antérieure parce que son maître le fait vivre dans un certain bien-être et qu'ainsi il peut être permis de forcer des hommes à travailler pour d'anlres, et de les traiter comme marchandise, moyennant la garantie (rnii bien-être relatif. C'est là justifier un moyen odieux par une lin en apparence charitable, alors que la lin peut être obtenue j)ar des moyens meilleurs, en tout cas n'ayant rien de criminel.
4. Le consentement de l'esclave. — Une deuxième justification est également insupportable. Elle consiste à dire que l'esclave ne réclamant pas son affranchissement et se trouvant bien dans sa condition, c'est être trop soucieux de la liberté d'autrui que de le contraindre à en jouir. Cela prouve seulement que non seulement l'on a asservi le corps, mais ([u'on a fait des âmes d'esclaves en y tuant le ressort même de la dignité personnelle. Reste enfin à éliminer l'hypothèse soutenue par Aristote de l'esclavage naturel (J).
5. L'esclavage naturel d'après Aristote. — Aristote suppose (jue le citoyen ne peut se livrer aux fondions publicjues, intellectuelles et artistiques, qu'à la condition d'avoir du loisir, et pour cela d'être affranchi des nécessités du travail manuel, lequel doit être exécuté cependant, et ne peut l'être que par
{[) Eclaircissement 1. ».
228 l'UlNCIl'ES DU DHOIT
(les esclaves. De là cette consériuence que le travail manuel est déshonorant pour les personnes de condition libre. Socrale avait déjà émis à ce sujet une protestation indin'cte que nous trouvons dans les souvenirs rapportés par Xénoi»hon. Mais il n'aborda jamais de front la question de l'esclavage pour le condamner, pas plus qu'aucun philosophe de l'antiquité ou même du moyen âge chrétien. On trouve bien quelques penseurs ([ui ont ])laidé la cause de l'indulgence ou de la pitié en faveur de l'esclave, l^laton par exemple (i), mais personne et en particulier aucun père de l'Eglise n'a reconnu le droit violé dans la personne de l'esclave. Seule la Révolution française a aboli sur son territoire au nom d'un principe de droit naturel l'asservissement de certaines races d'hommes à d'autres races, en 1780 pour la métropole, eu 1848 pour les colonies, et seul le philosophe Aristote, préoccupé de justifier tous les faits par leur raison suflisante, a eu le courage de présenter une apologie de l'esclavage fondée sur ce fait qu'il est des hommes que la nature même a faits esclaves. Il suffit pour lui répondre de remarquer que la prétendue différence des races humaines, dont les unes seraient naturellement bonnes pour obéir et les autres pour commander, est au-dessous de toute discussion. Tout homme qui possède les attributs humains, c'est-à-dire raison et volonté, a une dignité qui l'égale à toutes les autres personnes. Nous verrons plus loin que sur ce point la science de l'utile est d'accord avec la science du juste.
6 Les trois hypothèses historiques se fondent sur le droit de défense sociale et personnelle garantie par l'esclavage — Restent donc les trois premières hypothèses que nous avons présentées pour justifier l'esclavage. D'abord, celle de la vie laissée au vaincu en échange de sa liberté semble impliquer un droit de vie et de mort sur l'ennemi désarmé. En effet, selon l'hypothèse, le vainqueur ne peut, pourvoir à sa conservation qu'en assujetissant son ennemi et en comptant sinon sur sa parole, du moins sur les idées courantes en fait de droit de la guerre. D'autre part, le vaincu peut se croire obligé en vertu des mêmes opinions courantes. De là un contrat consenti entre eux et stipulant l'esclavage. Voilà une justification de la première hypothèse. C'est donc au nom du droit de défense que le vain-
(1) Eclaircissement IIo