XIV. - l.'MSCIwWAOK
(HKMir, (Icpoiirvii d'aulrcs moyens pour se (-(ui^civri-, iii\(M|ii(' l(^ (lioil. (le iMMlniic (Ml (^s('l;iv;i;;;o le v.iiiicii.
Quant ;"i l.i (Icnxiènic liy|)(>llu>s(\ celle d'un penple lonl. enlier (lovonu serf d'nn .'Mil i-e peuple, elle a aussi nn loiidenieiil hislo i'i(|ne : r<'S('lava{;<^ eolhMlil peut (Mre él.aldi par hî fail (run(^ conveidion, toni coinnie reselava;;-e individuel dans le cas précT.- (lenl. I)(^ p«Miple à peuple, il peut venir uin^ soi'tc^ de c(MMrat(Mi vertu ducpiel, au lieu d'exIerniiiuM* enliènMnenl le pcMipie vaincu, on le laisse vivie, avec eliar;^-e poui- lui de cultiver la leri'e au service du vaiii(|ueui-. De t(ds oxcniphis se, nuiconti'eid. Iré(|uennnent dans l'histoire. i\'ir exenlpl<^ dans l'Iiistoire i;rec(pH\ les ilot(vs de» Spaite, et nu^uie dans riiistoiro d(î la (îaule les llèines (lleiins) avai(Md. pour esclaves les Tricanes (Troyes) (1). Le vaincu et le vainqueur dans ce cas peuvent être d'accord sur les termes d'un prétendu droit de conquête, lequel, il laul le reconnaître, n'a été répudié formellement par aucun peuple, excepté de nos jours. Sup[)osons ces idées coui-antes étal)li(*s, l'envahisseur maîtres du territoire peut se supposer en état de traiter de la paix et du désarmement avec le vaincu, auquel il accorde la vie, moyennant la servitude. Et c'est encore le droit de défense qui est invoqué.
Dans la troisième hypothèse, on suppose un territoire entièrerement occupé par une société et fermé à tout étranger comme à l'ennemi, par suite du droit de défense sociale transformé en droit de guerre. L'étranger survenant, dépourvu de ressources, peut lui-même se croire autorisé, sous peine de mourir de faim, à traiter avec l'occupant de son propre servage et de celui de ses descendants, ce qui serait encore une application du principe de la conservation personnelle.
7. Leur justification morale est nulle, car aucun contrat entre les personnes ne peut stipuler l'esclavage. — Examinons, après le fondement historique, la valeur morale de ces hypothèses. Dans la première, le pacte intervenu est vicié. Dans le contrat intervenu pour faire du prisonnier un esclave, on invoque le droit de la défense, mais elle n'est légitime que lorsqu'elle est bornée au strict nécessaire, et il suffirait au vainqueur que ses droits fussent stipulés et reconnus pour l'avenir par le vaincu, lequel est du reste en état d'impuissance, sans
(1) Rambaud. Histoire de la civilisation, \" vol. A Colin et C»".
qu'il fiH nécessaire de le réduire en esclavage. On peut objecter (jue roni2:a*;rmont pris par le vaincu de respecter le vaiiiqueui' ne serait ]>lus sincère en ce cas; cela est possii)le, mais il ne; dc;vient pas j)lus sincère de la part de l'esclave. En outre, les garanties prises sur le vaincu sont excessives et n'ont pas le mérite d'établii- la |)aix relative au lieu du conflit permanent, puisqu'elles maintiennent à l'état constant le droit de guerre. 11 n'y a donc ])as eu un véritable contrat entre personnes libres de part et d'autre, et la convention est immorale et sans valeur.
Les deux autres hypothèses, celle de l'ilotisme et celle de l'occupation fermée tombent sous la même objection. L'ilotisme dépasse les droits de la défense chez le vainqueur et l'esclavage domestique perpétue l'état de guerre en faisant du maître, accepté ])ar une nécessité extrême, un agresseur injuste et continuel qui nie le droit des personnes futures à s'affranchir, puisque l'esclavage est institué comme héréditaire. D'autre part, celui qui s'est cru en droit de s'engager personnellement à l'esclavage, outre les réserves à faire sur ce point au nom de la dignité, n'avait pas le droit d'engager ses descendants, lesquels peuvent préférer la mort à l'esclavage ou être en état d'aller chercher ailleurs des moyens de subsistance. Voilà donc les trois thèses justificatives de l'esclavage condamnées par l'antithèse du droit naturel ou rationnel.
8. Application de cette doctrine au servage. — Exemple historique d'un emploi normal des moyens de réforme. —
Ce qui vient d'être dit s'applique au servage, car l'ilotisme de la société grecque est comparable moralement et même historiquement au servage du moyen âge. Les mêmes raisons pour et contre l'ilotisme se présentent au sujet du servage féodal sous toutes ses formes. On peut encore alléguer que le colon romain qui était libre s'est mis volontairement en servage, lui sa personne, ses descendants et ses biens, pour obtenir la protection d'un maître puissant. Nous répondons que tous ces contrats étaient injustes puisque le maître ainsi constitué n'avait pas même à invoquer un principe de défense personnelle, et que de plus il n'était pas nécessaire pour payer les services de protection rendus d'exiger comme paiement la servitude de la -personne protégée, et surtout celle de ses descendants (1).
(1) Eclaircissement III.
\IV. [/KSCL.WAr.K 2:11
Du rcsh', il l'.nil rcroiiii.illic (|iit', m I'^imiicc, les s^rfs oui suivi dans leurs déniarchcs |mmii- ohlcnir riilTr.'mcliisscinciil dos communes, les lè^lt's (|U(^ l:i jus! icc impose ;im\ rel'ornies (1). Ils n'oiil <'U recours à l.i violence, en cerl.iins cas, ♦|u'a|)rès l;i violation d(js conirals oMcnus c^l, pour répondre à la violences nn'^me. (](! dévoloppiMucni si inléressani cl si mor'al de la communt^ i\u xi" au Mil'" siècle pmiail cependani (mi lui même un ^<;iiued'imj)iiissanct\ en ce ([u'il laissait dans un onhii fAcheux les droits du pimvoii" ceni rai an hénélicedc^ l'espril municipal. Les communes frau(;aiscs étaient (^t stn-aiciit (Micon^ si clh^s étaient fortement or};anisées, la source et la };aianti(^ de l'esprit [)oliti(|ue. Klles se produisireni malInuireusennMit m)n pas troj) lût, mais plus U)l ((ue l'esprit national ne le comi)ortait (car l'idée de patrie française n'ap[)arut([u'après les Croisades) ; si elles se fussent manifestées avec toute hmr ardeur orij:;inale, à la fin du rèj^çne de Louis XIV par exemple, à cette époque où le roi lit un appel désespéré à la nation, si les municipes eussent réclamé pour prix de leur concours à la monarchie chancelante l'établissement de leurs libertés, la Révolution frauçaise eût peut-être été avancée d'un demi-siècle et eût perdu son caractère révolutionnaire pour prendre celui d'une évolution simplement rationnelle et juridique (2).
n. APPLICATION DU PRINCIPE DES RÉFORMES A L'ÉïAT D'ESCLAVAGE CONSIDÉRÉ COMME DROIT PROVISOIRE
9. En admettant la légalité provisoire de l'esclavage, dès que son immoralité est comprise, le conflit éclate entre la tradition et la raison. — Nous avons établi la thèse et l'antithèse sur la question de l'esclavage. Mais cet état de société injuste étant donné, quels sont les moyens les plus justes d'en sortir? Et y a-t-il un droit acceptable entre les personnes, dans l'esclavage ? Assurément, car le droit de défense perverti par les passions de la guerre en vient à fonder une sorte de droit positif sur les coutumes et les fatalités historiques, établissant ainsi entre les personnes une sorte de droit des gens, violent et injuste dans son origine, mais respectable même pour ceux qui en sont les victimes. En effet, dans la mesure où les contractants se sont crus obligés, ils le sont, car on applique la
(1) V. ch. XIX, IIP partie.
(2) Eclaircissement IV.
232 IMUNCIPFS DU DROIT
notion de la moralité selon qu'on a pu la foni prendre. Supposons donc le cas où vainriueur et vaincu croient l'esclavage légitime. Il arrive un moment où queUiues esi)rits .se posent la question de justice à i)ropos de cet état, car la justice, même dans les sociétés dégradées, peut toujours être comprise ])ar quelques hommes, et alors se présente une situation morale qu'il faut expliquer. Si l'idée d'une revision des institutions paraît à quelques-uns indispensable pour introduire une plus grande justice dans les rap])()rts sociaux, alors éclate un conllil entre le droit rationnel et le droit traditionnel, entre la liberté réclamant la disparition des institutions qui portent les traces de vieux crimes et la coutume, les longues fatalités historiques, en un mot l'ancien droit.
10. Difficultés des réformes . Le danger d'un changement social et le conflit des intérêts et des volontés. — D'une part, l'idée delà revision se heurte aux intérêts solidaires des traditions et forts de cette espèce d'autorité qui résulte des faits acquis et de l'antique possession. L'autorité de fait n'est jamais aussi dénuée de raison qu'on pourrait le croire et tout d'abord, l'utilité sociale semble liée à la conservation de la coutume. Pour savoir si le changement réclamé vaudrait mieux que l'éclat actuel, il faudrait recourir à l'expérience. Mais l'expérience, si ses résultats n'étaient pas ceux qu'on attend, serait irréparable, et il est toujours dangereux de faire des expériences sur un peuple en l'atteignant dans ses forces vives. La prudence commanderait donc de rester fidèle à la coutume.
Mais il y a d'autres raisons encore qui empêchent la réforme. D'abord, la crainte de déchaîner les passions de la guerre; puis, d'une part, l'indignité reprochée aux esclaves qui semblent ne pas mériter la liberté, et d'autre part l'indignité des maîtres. S'ils étaient dignes de cesser d'être maîtres, c'est-à-dire si leur conception de la moralité était plus élevée, ils trouveraient eux-mêmes le moyen de faire cesser l'esclavage. Enfin, lors même que certains d'entre eux auraient une bonne volonté incontestable, elle s'opposerait aux mauvaises volontés de ceux qui, approuvant peut-être la réforme, ont intérêt à ne pas avouer leur opinion et aussi aux volontés franchement contraires et convaincues que tout changement serait illégitime. Lors même qu'un petit nombre d'hommes de bonne volonté voudraient donner l'exemple en affranchissant leurs esclaves, cette démarche honnête étant
Xl\. I 1 sci.w \(;i: 233
piirlicll»' cl loc.ilc |M>iil .ivoir de ^imikIs (l;m;;«'i s poiii- cciiv (|iii en .'nir.'ii(Mil le iiirrilc, iniisciuVIIc les isolor.iil cl les iih'lir.iil (l;iiis iiii ctJil (i'iiifcriorilc li(i|i m.iiiifiîsh^ (l;ms Iciir milieu social. (MHiimciil ilowr faire j)()iir rcaliscr* l'idcai de jiislicc dans une socictc |MMvcrlic? La réponse es! dans la rè^le des icforincs (jui» nous oxposiM'ons dans le chapitre relatif an devoir des '^(nivornants (I).
11. La réforme de l'esclavage ne peut se faire moralement que par le progrès de la raison individuelle dans le maître et dans l'esclave. Si donc la raison |)rcscril certaines ici^lcs poni" le passaj^c à nn étal social moins injnste, il (!n résnitc; ((u'avanl même (jne la réforme soit accomplie, il y a des droits et dos devoirs entre niaîtreset esclaves sons ce ré«i;i me supposé dès lors et i>rovisoirement]é<;ilinie. Ainsi, ([nand le proj^rès s'est fait dans les consciences an poiiH (jne |H'es(|ne tout le nionch; reconnaît la moralité dn changement des institutions, il se passe deux phénomènes : 1'' ridée de la dette, du (frhit se présentant aux maîtres, leur fait de plus en |)lns nn devoii* d'alTranchir leurs esclaves; iî" la conscience de l'esclave s'éclairant, .son obéissance devient de plus en plus contestable et sou devoir est de chercher les moyens les plus elVicaces et les moins contraires à la dij^nité de sa cause, de reven(li([uer la liberté. \'oilà deux devoirs corrélatifs.
12. Le droit de défense autorise l'esclave à déclarer la guerre, mais la prudence l'engage à procéder par ruse. - • Le maître se croit aussi en état do défense. — L'esclave peutil aller de suite jusqu'à la révolte ? Assurément, s'il a conscience de l'injustice de son état, il est dans le cas de légitime défense, et il a le droit de déclarer la guerre immédiatement. Mais déclarer la guerre n'est pas toujours le plus sûr moyen d'obtenir ce qu'on veut; par conséquent, ce n'est pas le moyen le plus etïïcace. Il est donc de l'intérêt de l'esclave de n'y recourir qu'à la dernière extrémité et d'employer d'abord les moyens pacifiques et les ménagements que réclament ses liens antérieurs avec son maître, lesquels peuvent comporter une certaine bienveillance réciproque.
On peut supposer trois cas possibles : l'état de guerre ouverte,
(1) Ch. xix.
déclarée par resdavc, on l'al)(li('ati()iiderosclave,otdansces deux casextrôinos la (jiiestioii diichoix entreles inoyenslesplusnioraux cesse de se ])()ser: ou l)i('n un cas intermédiaire, celui d'une guerre sourde et dissimulée, cas qui est le ])lus fréquent. La dissimulation s'excuse chez l'esclave, parce qu'il ne lui est pas j)Ossiljle d'aji^ir franchement. D'autre part, le maître (|ui est coujiable est loin de comprendre toute l'horreur de son crime. Il peut s'imaginer que les vices de l'esclave sont le fait de sa nature et non ])as des vices ac(|uis dans l'esclavage, et il peut se croire ainsi dans le cas de légitime défense, imaginant que tout serait perdu pour lui par l'allranchissement.
13. La réforme ne peut être réclamée et accordée que socialement, et non individuellement. — Après l'excuse de la victime, on a donc Fexcuse du bourreau, et ces deux excuses se contredisent. On n'a donc pas 'd'autre moyen pour sortir de ce conflit que d'en appeler au devoir de chacun. Le devoir de l'esclave est de revendiquer la liberté; celui du maître est de la lui accorder. Mais il faut tenir compte de ce fait que le devoir n'est observable que dans le cas où l'individu n'est pas abandonné tout seul à l'accomplissement de ce devoir. Il n'est donc obligatoire, c'est-à-dire vraiment devoir, que s'il est compris et senti collectivement. Si Spartacus eût seul désiré la liberté, il eût compromis sa cause en entamant la lutte avant d'avoir tenté d'en faire approuver la justice et l'opportunité par ses frères esclaves, et d'autre part, avant d'avoir tenté de la faire sinon accepter, tout au moins comprendre aux Romains possesseurs d'esclaves. En résumé, le devoir social ne doit jamais être présenté comme devant être accompli par l'individu isolé.
14. Les plus grands obstacles aux réformes sociales viennent des conservateurs et des intransigeants. — Ainsi donc, le devoir des peisonnes est pajfaitemeut clair dès qu'on remonte aux principes qui doivent présider à toute réforme. Malheureusement, l'idée de devoir est obscurcie en chaque occasion dans l'esprit de ceux qu'on nomme conservateurs, parce que les faits acquis auxquels leurs intérêts sont liés leur font croire que les maux dont on réclame la suppression tiennent à la nature même des choses et qu'il faut en accepter tous les inconvénients en faveur des avantages dont ils sont,
\iv. i;i:s(:Iw\va(;k -'r.
il csl vi'Jii, les seuls à prolilcr. h'iiuli'cs, plus jilTi';iiicliis dr cclh; csprcc (rcscl.ivJi;;'»' iii(Mil;il(|iii csl h' nillc cxchisii de riiliN'd (le l;i li'Mdilioii, voyiiiil le iii.il des f:iils, le jiisl iliciil j);ii- (-rllc ;mli'«' coiisidciiil ion, (|iril t'sj un cliiilinicnl ri, ,i cr lilre, ir';^Mlini(5. C/csl iiinsi (pir s;iinl Tlioni.is ;i rive l;i (liiMiie dn s<'il cl de rcscl.'ivr ;in nom <hi pcclir orii^incl. hliilin, il ne l;inl pus onhlicr ([lie 1rs nicillcurcs rcloinics sont sonvcid. coniproniiscs p;ii' l't'spiil inl i;insi;;(';inl drs pins inh'M'cssés à leurs succès (I).
TH. — l'ksci. A V A (; i: au cm. ni di: n l !•: i^co.nomi (j l i;
15. La science sociale et la science morale sont d'accord pour condamner l'esclavage. — l\)Ui' linii' i'cxaiiieu de c(;ll(; (picstiou de reselavaj^ti, il l'audiail ajouter que réeoiioniie [lolili(pie condainue le travail esclave et par le fait intMncî l'illusiou d'Arislote à ce sujet. Vax elïet, il est faux ([u'uiie société ue puisse se livrer à la science ou à l'art ([ue si elle contient des esclaves, car en fait il y a des sociétés sans esclaves, ni serfs, où cependant fleurissent les sciences, les arts et les lettres sans que le travail manuel en soufïre. De plus, le travail des esclaves, bien loin d'enrichir les nations, est incomparablement inférieur, au point de vue de la main-d'œuvre, au travail des hommes libres. Kn elïet, l'esclave, ne travaillant pas pour son compte, n'est nullement intéressé au succès de la production et ne s'ingénie pas à perfectionner ou les outils ou les méthodes, puisqu'il n'en peut rien résulter de bon pour sa personne ; il n'y a pas même de chance pour que son habileté pratique augmente, puisqu'il n'en sera ni plus ni moins esclave quelle que soit la nature de son travail ; et de plus, il n'est poussé par aucune raison à travailler au delà d'une certaine limite de temps et d'énergie, puisqu'il est toujours sûr d'être nourri et entretenu tant bien que mal par son maître, avantage qu'il ne serait pas sûr de retrouver dans le cas où il devrait pourvoir lui-même à sa subsistance. Il y a beaucoup d'ouvriers libres qui meurent de misère ; il n'y a pas de chance pour que l'esclave soit dans le même cas, le maître a trop d'intérêt à ne pas le laisser dépérir. Ainsi donc, le travail de l'esclave comporte le minimum de productivité. Il en est de même du travail du serf et l'on peut
(1) Nous avons essayé de résumer cette discussion d'après la Science de la Morale, eh. lxxi.
236 IM'.INCIPKS lU IU{(»IT
(lire (lo l'ouvrier inrorporr dans une assoeiation rommecellesde raiieien ré^-inie. i.à, en elïet, rouvricr ne pouvant jiasser maître que dans des circonstances rares et dilliciles, se luniiait à faire la tache coin mandée par Ui patron sans s'inquiéter des résultats. Il n'avait ancnii motif de cljercher à se perfectionner dans sa j)rofession. pnis(|ue son meilleur travail devail piofiterà un autie et il avait jx'U à s'iiHjuiéter de son sort ou du clioniaî^e possible, ])uisque la corporation était i)0ur lui, au moins en droit, une société de secours, sui* laquelle il pouvait compter. L'ouvrier, dans la corporation, soumis à la maîtrise, incapable d'instituer ])ar son mérite une concurrence, ne se distinfçue donc pas, économiquement parlant, de l'esclave antique (1).
11 n'y a donc de tiavail profitable (jue le travail libre et exposé à la concurrence. C'est là un point d'accord entre la science de l'utile et celle de riionnôteoù il est fort heureux que se rencontrent la morale et l'économie politique.
On ])eut regretter parfois que la réforme anti-esclavagiste ait eu lieu tropbi'usquementet sans que les propriétaires d'esclaves (|ui pouvaient compter sur les droits acquis, aient pu prendre d'autres mesures i)our s'assurer des moyens de subsistance : on peut regretter qu'elle ait eu lieu à l'aide de moyens violents, mais, à tout prendre, le service qu'elle a rendu à la civilisation est immense.
Justificafion directe de l'esclava.fïe par Aristote.
« La propriété est une partie intégrante delà famille : sans les choses de première nécessité les hommes ne sauraient vivre ni vivre heureux ; or, pour accomplir son œuvre, la propriété a besoin d'instruments spéciaux parmi lesquels les uns, comme le gouvernail d'un navire par exemple, sont inanimés, et les autres, comme le matelot, sont vivants : les instruments sont eux-mêmes l'objet de la propriété : l'esclave est aussi une propriété vivante. Si chaque outil pouvait, sur un ordre reçu ou même deviné, travailler de lui-même, si les navettes tissaient toutes seules, si Tarchet jouait tout seul de la cithare, les entrepreneurs se passeraient d'ouvriers, et les maîtres d'esclaves. » Pour comprendre
(1) V. Laveleye, Le Socialisme contemporain, 1885. Alcan, Introduction.
«l.'iiis l()iil(^ s;i porirc le l'.'iisoiiiiciiicnl (|iii ])i'(''('c(|r, il l.iiil le nii'(l.|-(t en l'.ippoi'l .ivcc un pl'iMciiic (lu'Ai'islolc iir loiiinilc p.is cm Irail.iiil de, l'cs- »l;iv;if;(\ l)ii'ii (pi'il t'iil li'ouvé là sa place, iialiircllc, mais (|u'il cxjirimc, souvciil dans le coui's (le sou (Hivra^^c (v. IJv. Il, cliap. vi, î:; :2, /*(t/ih'tfUf), savoir, (pie dans un Mial bien consliliu', les ciloycuis ik; doivent point avoir à s'occupei- i\r> pr(Mnier(\s nécessit(''s ih^ la \'n'.. {'.WUnl une; i(UH> l'orl ivpan(lu(> die/, les ^(Mis (pi'iin citoyen doil ('Ire ini iionnne de loisir, el celle id('M> ('lail la cons(''(pi(Miciî n(''cessaii'e d'unt! oi'^anisalion sociaU^ et })olili(pie où, coinpIettMnent absorbés pai* le scrvi(3C de l'étal, par l'c^xorcice de leurs di-oils el racconiplissenient d(! leurs devoirs civii[uos, les individus n'avaient pas un inslani à consaenM' aux travaux indispiMisables pour })oui'V()ir aux b(\soins de la vie ; i\i\ jdus, ces travaux i^rossiers, di^ l'avis des (Irecs, (Mili-clenaient l'ignorance et inspiraient des sentiments inl'éricMU's ((ui rendaient riioninu; incajjable de s'occuper des arrair(\s pul)li([ues. Ainsi donc, aux yeux d'Aristote, comme aux yeux de toute ranli([uilé. il y a dans la société des fondions d'un ordre inférieur ([ui doivent être remi)lies, mais aux([U(»lles un citoyen n'a pas le temps de s'adonner, et ([ui d'ailleurs, indignes d'un homme libre, doivent être réservées à une classe dégradée, aux esclaves.
Il faut voir mainlenant s'il (^st des hommes ainsi faits ])ar la nature ; si, pour qui que ce soit, il est juste et ulile d'être esclave, ou bien si tout esclavage est un fait contre nature. La raison et les faits peuvent résoudre aisément ces ((uestions. L'aulorité et robéissancc ne sont ])as seulement choses nécessaires ; elles sont encore choses éminemment utiles. Quelques êtres, du moment qu'ils naissent, sont destinés, les uns à obéir, les autres à connnander, bien qu'avec des degrés et des nuances bien diverses. Ces deux éléments d'obéissance et deconnnandement se retrouvent partout comme une condition que la nature impose à tous les êtres animés.
Quand on est inférieur à ses semblables autant que le corps l'est à l'âme, la brute à l'homme (et c'est la condition de tous ceux chez qui l'emploi des forces corporelles est le seul et le meilleur parti à tirer de leur être), on est esclave par nature. Pour ces hommes-là, ainsi que pour les autres êtres dont nous venons de parler, le mieux est de se soumettre à l'autorité du maître ; car il est esclave par nature, celui qui peut se donner à un autre ; et ce qui précisément le donne à un autre, c'est ne pouvoir aller jusqu'à ce point de comprendre la raison quand un autre la lui montre, sans la posséder par lui-même. Les autres animaux ne peuvent pas même comprendre la raison et ils obéissent aveuglément à leurs impressions.
E. Van der Rest. Platon et Aristote, p. 373. Alcan, 1876.
Réserves et embarras de IMalon sur la (juestion de l'esclavage.
Il n'est personne qui ne dise qu'il faut des esclaves fidèles et affectionnés, et qu'il s'en est trouvé beaucoup qui ont montré plus de dévoue-
238 PRINCIPES Dl) DHOlT
ment que des frères ou des fils, el cjui oui sMuvé In vie, les biens et toute la famille de leurs maîtres.
On dit aussi d'un nuire côté qu'il n'y a aucun fond n fnire sur un esclave, (jue son âme n'est capable d'aucun sentiment vertueux, et qu'un bomme sensé ne s'y fiera jamais. C'est ce que le plus sage des poètes nous donne n entendre, lorsqu'il dit (]ue .Iuj)iter prive de In moitié de huir intelligence ceux (]ui sont réduits en esclavage. Suivant que les bommes partagent l'un ou l'autre de ces sentiments contraires, les uns, ne se fiant nullement n leurs esclnves, les Imitent comme des bêtes féroces, et, à force de coups de fouet et d'élrivières, rendent leur âme non seulement trois fois, mais vingt fois plus esclave ; les autres tiennent une conduite toute opposée.
11 est évident que l'bomme, animal difficile à manier, ne consent qu'avec une peine infinie à se prêter à cette distinction d'homme libre el d'esclave, de maître et de serviteur, introduite par la nécessité. Par conséquent, l'esclave est une possession bien embarrassante. L'expérience l'a fait voir plus d'une fois ; et les fréquentes révoltes arrivées chez les Messéniens, les maux auxquels sont sujets les Etats où il y a beaucoup d'esclaves parlant la même langue, et encore ce qui se passe en Italie, où des esclaves vagabonds exercent toutes sortes de brigandages, tout cela ne le prouve que trop. A la vue de tous ces désordres, il n'est pas surprenant qu'on soit incertain du parti qu'on doit prendre ; je ne vois que deux expédients : le premier de ne point avoir d'esclaves d'une seule et même nation, mais, autant qu'il est possible, des esclaves qui parlent entre eux différentes langues, si Ton veut qu'ils portent plus aisément le poids de leur servitude ; le second, de les bien traiter, non seulement pour eux-mêmes, mais encore plus pour ses intérêts. Ce bon traitement consiste à ne point se permettre d'outrages envers eux, et à être, s'il se peut, plus équitable vis-à-vis d'eux qu'à l'égard de nos égaux. En effet, c'est surtout dans la manière dont on en use avec ceux qu'on peut maltraiter impunément que l'on fait voir si on aime naturellement et sincèrement la justice et si on déteste véritablement l'injustice. Celui donc qui n'aura rien à se reprocher de criminel ou d'injuste dans ses relations avec ses esclaves sera aussi pour eux le plus capable de déterminer en eux la naissance et le progrès de la vertu. On peut porter le même jugement avec autant de raison sur la conduite que tient tout maître, tout tyran, en général tout supérieur, envers ceux qui lui sont soumis. Quand un esclave a manqué, il faut le punir, et ne pas s'en tenir à de simples réprimandes, comme on ferait à l'égard d'une personne libre ; ce qui le rendrait plus indiscipliné. Quelque chose qu'on ait à lui dire, il faut toujours prendre un ton de maître, et ne jamais se familiariser avec ses esclaves soit hommes, soit femmes. Les maîtres qui tombent dans ce défaut affaiblissent leur aulorilé, et rendent à leurs esclaves l'obéissance plus pénible,
Platon. Lois^ livre VI, éd. H. Etienne, p. 77(3, trad. Saisset.
Mv. — i;ks(;i.ava(;|': 2'Mi
Ii*os(*lavi' dans la raiiiillr aiilii|iii'.
\a\ besoin r(M*ij)i'()(|ii(* (jiic le p.uivn^ a du imcIk; cl Ir l'iclic a du |),uivro lit dos sorvil(Mirs. Mais dans le réf^iiiK; })nlriarcal, sci-vitcuii's ou esclaves, e'esl ton! un. Ou coucoil, enen'el, que le jjriucijje d'un Hcrvice libre, volonlaii'e, pouvaiil cesser au /^ré du scM'vileur, ne peut f::uère s'aeeoi'dcr avec uu clal social où la fauiilb' vil isol(''(^ i)'ailleui's, la reliiiion douiestitjuc^ \\v pernicl pas (radiiicllrc dans la fauiille un élratii^er. 11 faut doiu* (jue pai- (pichpu^ moyen \c. serviteur devienrn^ un nuMubre et uiu^ partie inté^rant(> de. cvMr. lauiille. (i'esl, à cpioi l'on arrive par une sorte d'initiation du nouv(\ui venu au cultes domestique.
Un curieux usai^e, qui subsista lon^t(Mni)s dans les maisons athéniennes, nous montre couunenl l'esclave entrait d;uis la famille. On le faisait approcher du foyer, on le mettait en présence de la divinité domestique ; on lui versait sur la tète», de l'eau lustrale et il partageait avec la famille quelques gâteaux et quelques fruits. (,!elt(^ cérémonie avait de l'analogie avec celle du mariage et celle de Tadoption. Elle signifiait sans doute que le nouvel arrivant, étranger la veille, serait désormais un membre de la famille et en aurait la religion. Aussi assistait-il aux prières et partageait-il les fêtes. Le foyer le protégeait; la religion des dieux lares lui appartenait aussi bien qu'à son maitre, c'est pour cela que l'esclave devait être enseveli dans le lieu de sépulture de la famille.
Mais par cela même que le serviteur acquérait le culte et le droit de prier, il perdait sa liberté. La religion était une chaîne qui le retenait. Il était attaché à la famille pour toute sa vie et même pour le temps qui suivait la mort.
Son maître pouvait le faire sortir de la basse servitude et le traiter en homme libre. Mais le serviteur ne quittait pas pour cela la famille. Comme il y était lié par le culte, il ne pouvait pas sans impiété se séparer d'elle. Sous le nom d'affranchi ou sous celui de client, il continuait à reconnaître l'autorité du chef ou patron et ne cessait pas d'avoir des obligations envers lui. Il ne se mariait qu'avec l'autorisation du maître, et les enfants qui naissaient de lui continuaient à obéir.
FUSTEL DE COULANGES. Cité ttJltique, p. 130.
Le serf, au moyen âge, en France a su se relever lui-même de la servitude par son esprit municipal.
L'évêque Adalbéron, dans un poème latin adressé au roi Robert, ne reconnaissait que deux classes dans la société : les clercs qui prient, les nobles qui combattent. Au-dessous, bien loin, senties serfs et manants qui travaillent, mais ne comptent pas dans l'Etat. Ces hommes
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que révèqiu! A(iall)i'roii ne coiii])tail ])a.s relVrayaioiil i)()iirlanL 11 pressciilail avec douleur une révolution })rocliaine. « Les ni<eurs changent, s'écric-t-il, l'ordre social est ébi'anlé ». C'est le cri de tous les heureux du siècle à chaque réclanialion j)arlie d'en bas. Il ne se trompait point ; une révolution coniniencail (|ui allait tirer les manants de servitude ])0ur les élever au niveau de ceux qui étaient alors les maîtres du pays. Mais il lui a fallu, à cette révolution, sejjt cents ans })our réussir (i).
Au xi'" siècle, les manants ne trouvant nulle part de protecteur cl de tous côtés roj)pression, s'étaient associés pour se défendre. Ils avaient arraché aux soljunieurs le droit de s'administrer eux-mômes, ils avaient bâti des umrailles et des tours, organisé une milice, élu des magistrats. Ils vécurent de la sorte un siècle et demi, dans une lièrc indépendance, mais aussi dans risolcment et sur le quivive ; non moins ennemis de l'ancien seigneur qui n'avait })as oublié ses droits, que de la cité voisine qui faisait concurrence. La royauté, arrivant au pouvoir absolu, s'inquiéta de ces foyers de libre discussion et d'indé- ])endance. Les habitants eux-mêmes, dégoûtés bien souvent de leurs institutions républicaines par les dépenses qu'elles exigeaient et par les périls où l'isolement les jetait, laissèrent dès le milieu du treizième siècle, la royauté inlorvenir dans leurs affaires et veiller à la gestion de leurs finances. Cette intervention deviendra, de jour en jour, plus grande, et les communes i)eu à i)eu disparaîtront. Alors, au lieu d'être citoyen de sa ville, on sera bourgeois du roi. Notre pays échappa ainsi au danger d'avoir, comme l'Italie, mille républiques et d'être comme elle livrée en proie, pendant des siècles, à l'anarchie municipale et à l'étranger. Mais aussi, à un autre point de vue, ce fut une transfonnation mauvaise, parce qu'on alla trop loin dans ce sens jusqu'à sup- ])rimer ces libertés urbaines par lesquelles la nation aurait eu la forte éducation politique qui lui a toujours manqué (:2).
Au douzième siècle, les serfs avaient déjà été admis à témoigner en justice ; et des papes, Adrien IV, surtout Alexandre III, dont il reste une bulle célèbre, avaient demandé leur hberté. Au treizième, les affranchissements furent très nombreux ; car les seigneurs commençaient à comprendre qu'ils gagneraient à avoir sur leurs terres des hommes libres, laborieux, plutôt que d'y garder des serfs paresseux « qui négligent de travailler, en disant qu'ils travaillent pour autruy ».
Ainsi, au sein de la population roturière, un double mouvement avait eu lieu, qui, étant aux uns des droits exclusifs, et tirant les autres de servitude, tendait à former de tous les non-nobles une classe dont les membres seraient solidaires. Tous les pays ont eu des communes et des serfs, la France seule a eu le tiers état.
V. DuRUY. Histoire de France^ t. I, p, 27ti. (Hachette et C'^)
(1) Le premier soulèvement des serfs en faveur de l'établissement de la Commune eut lieu en ^'orma^die au x* siècle sous le roi Hoberl, en 997. Le poète normand, Uoljerl ^Va^e, chantre de Bayeux, mort en Angleterre en 1184, a célébré ce soulèvement dans le Roman de Hou (Kollon).
(2) Ecrit sous le second Empire.
CIIAIMTI{K \V MORALE SOCIALE (suite)
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HKSrKCT DK LA l'KHSONNK DANS SKS CROYANCES Kï SES OPINIONS. — LIBEHTÉ HKLICIEUSE ET PHILOSOPHIQUE. — PRINCIPES ET LIMITES DE LA TOLÉRANCE.