L'intolérance est la conséquence de l'absolutisme
La pensée moderne a dû lutter longtemps avant d'acquérir lindépendance. Les divisions de la scolastique sont prises d'après les diverses situations occupées par la philosophie naissante à l'égard de la théologie qui. pendant des siècles, a gardé une juridiction décisive sur toutes les sciences. Après avoir subi longtemps ce servage intellectuel, les sciences positives ne se sont constituées à part qu'au xvn*^ siècle ; mais les sciences morales ont été réservées à la théologie, du consentement de tous les penseurs, depuis Descartes jusqu'à Malebranche. C'est le xvm"- siècle qui a affranchi la philosophie morale, de deux façons : 1° empiriquement avec les utilitaires, et 2'' rationnellement avec Smith, Rousseau, Kant. L'institution d'autorité qui, dans le moyen âge et jusqu'à la dernière limite des temps contemporains, prétendait tenir en
(l)Les faits cités par Fustel de Coulanges (v. ch. xj, Eclaircissement II) ne sont pas en opposition avec nos observations, restreintes à la liberté philosopirK]ue.
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liilollo aussi hicii le sj»iiMlu(!l (|U(' le Icniijorcl. aijfissnit pni- (hîiniiHMil, à son i)()iiil dv, vik;, étant donnée la tendance de riioninie à passcn- de l'idée libre à l'aetion libre. Mais, à s'en lenii" an droit bnniain et ratiomn;!, la lilieilé pbilosopbicinc; doit être accordée; dans la |)his larj^^c; mesure possible: et même on mt voit pas pounjuoi une limite quelconque serait imposée à celles d'entre ces manifestations de la conscience cultivée qui s'adressent à un public naturellement instruit et capable en cela de juj^^er la poiléc et la valeur (W^ oi)inions émises.
6. La tolérance devrait être complète pour les opinions d'ordre purement scientifiques — Plus la sphère dans laquelle on exerce cette liberté est étroite, c'est-à-dire plus est restreint le nombre des personnes qui peuvent en recevoir les ciïets, plus ces personnessont supposées mûres et sages, et plus la liberté de conscience doit être complète. Par exemple, on ne voit pas ce qui peut s'opposer à la propagation d'hypothèses comme celle de l'éther, de la théorie mécanique de la chaleur, de la formation des couches géologiques, du mouvement de la terre autour du soleil (I). Qui peut en être juge sinon un petit nombre d'esprits que leur culture antérieure met en état de comprendre les théories émises, ensuite de les apprécier? Il n'y a là aucun danger social et aucune raison d'apporter une limite au droit de spéculer. D'abord par qui serait-elle apportée? Par l'Etat? Mais il n'est point compétent en ces matières. Par un corps constitué cliargé spécialement de l'inquisition des opinions scientifiques? Mais ce corps constitué serait compétent ou non. S'il ne l'est pas, son autorité est nulle ; s'il l'est, il ne peut être composé que de ces personnes compétentes elles-mêmes, auxquelles il est juste de ne pas donner un droit de juridiction sur les inventions et productions des autres membres de cette élite.