Philosophical Transactions, 1890, p
2. Onodi, Les centres cérébraux de la phonation (Congrès de Vienne, 25 septembre 1895), dans la Revue internationale de laryngologie, etc., an. 1895, p. 269.
quadrijumeaux un espace de 8"" à la partie supérieure du quatrième ventricule (fig. m, Qa, Qp, FJ.
Depuis longtemps, on a sectionné les nerfs périphériques, et Ton sait que les animaux, privés du spinal, ne peuvent retenir leur souffle et n'émettent que des sons brefs et saccadés; qu'un chien, à qui le grand hypoglosse a été coupé, laisse pendre sa langue entre les dents, impuissant à la retirer en arrière; que l'arrachement des laryngés paralyse les cordes vocales.
Mais toutes ces expériences sont grossières. La maladie en fait elle-même de bien plus délicates. Tantôt elle se cantonne dans un nerf isolé, comme la paralysie du facial, celle du trijumeau ; tantôt elle se généralise peu à peu, comme la paralysie diphtérique qui, survenant après la guérison de l'angine, débute presque toujours par le voile du palais et gagne souvent les muscles du larynx et de la respiration. Tantôt elle frappe d'une manière brusque et soudaine; tantôt elle progresse lentement et par étapes régulières, réalisant le tableau complet des évolutions phonétiques dues à un affaiblissement graduel de l'eôort vocal. J'ai nommé la paralysie labio-glosso-laryngée de Duchenne (de Boulogne). Cette affection, sous sa forme vraie, détruit peu à peu les cellules des nerfs bulbaires; et les muscles s'atrophient en conséquence. On voit la langue diminuer progressivement de volume, s'engourdir et se coller sur le plancher de la bouche, les lèvres refuser de s'arrondir, le voile du palais et les constricteurs du pharynx s'immobiliser, les élévateurs des mâchoires perdre leur force, les cordes vocales s'amincir, devenir inertes et demeurer écartées. Le son s'altère en raison de l'affaiblissement des muscles phonateurs. Les consonnes qui demandent une élévation considérable de la langue sont les premières à disparaître, remplacées par un
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bruit de souffle ; des résonances nasales infectent toute la prononciation ; les sons laryngés ou se prolongent trop, ou s'établissent difficilement. (Voir Y Appendice).
Des phénomènes analogues se présentent, avec l'atrophie en moins, lorsque les lésions portent sur les neurones corticaux.
L'examen anatomique, après la mort, vient donner leur explication aux phénomènes observés sur le vivant. C'est ainsi que Ton a pu reconnaître qu'une lésion limitée à la région rolandique coïncidait avec l'abolition complète de la parole, que Ton a pu suivre, grâce à la dégénérescence des fibres consécutive à la lésion, le trajet du faisceau articulatoire ; que l'on a constaté, dans les cas de paralysie incomplète, une destruction des cellules proportionnée à la diminution des muscles. Ce dernier fait, surtout, qui se produit dans tous les cas d'atrophie d'origine nerveuse, est de la plus haute importance, car il suggère une hypothèse sur la cause vraisemblable de certaines évolutions phonétiques. Au lieu d'une destruction relativement rapide des centres phonateurs, supposons une modification plus lente et également progressive de ces mêmes centres, se produisant, non plus dans l'individu, mais au cours de générations successives, de telle sorte que le nombre des neurones diminue ou croisse régulièrement: il se produira, dans chaque génération nouvelle venant à la vie, un amoindrissement ou une augmentation de la puissance musculaire qui se manifestera, suivant les noyaux modifiés, par des transformations proportionnelles dans le jeu des lèvres, de la langue, du voile du palais ou du larynx. Ces modifications seront ou trop légères pour frapper l'attention, ou trop tenaces pour céder à des efforts incompétents. Alors, comme aucune gymnastique appropriée ne viendra rendre
sa vigueur normale à Torgane affaibli, si une restauration ne se fait pas par les seules forces de la nature dans la génération suivante, les changements demeureront acquis et l'évolution phonétique aura progressé d'un pas. Que la diminution du nombre des neurones s'accélère, ou se ralentisse, ou s'arrête; l'efficacité de l'influ volontaire sera modifiée en conséquence, et l'évolution ou se précipitera, ou subira un retard, ou se fixera à l'une de ces étapes qu'elle peut conserver pendant des siècles.
Le mécanisme phonateur ne se meut pas de lui-même; il est sous la dépendance d'un organisme plus complexe qui constitue la faculté du langage. La pensée, en eflfet, a besoin, pour pouvoir être exprimée par la parole, de revêtir une forme spéciale que nous nommons le langage intérieur, c'est-à-dire de s'identifier avec un groupe d'images, les unes sensorielles, les autres motrices, qui lui donnent un corps et permettent de la transformer en mouvements. Or, les centres où s'accomplissent toutes ces opérations sont avant tout des centres de souvçnir, en relation étroite entre eux et .avec les centres sensibles et moteurs. Si, en eflfet, dans les premiers débuts de la vie, nous ne possédons des choses que des images réelles perçues par les centres généraux, nous ne tardons pas à associer à ces images : d'abord les images des mots entendus, ou images auditives
I . A consulter Mirallié, De l'aphasie sensorielle (thèse), Paris, Steinheil, 1896, on y trouvera une bibliographie
des mots y puis, à la suite d'efforts épellatoires essayés pour reproduire les mots entendus, les images commémoratives des mouvements phonateurs, ou images motrices d'articulation-y plus tard, enfin, les images des syllabes et des mots lus et écrits, ou images visuelles des lettres et des mots.
Les centres où s'emmagasinent ces différentes images, avec leurs faisceaux d'association, forment la zone du langage. Ils occupent sur le cerveau l'hémisphère gauche chez les droitiers, l'hémisphère droit chez les gauchers, et se groupent le long de la scissure de Sylvius, sur les confins des territoires moteur et sensoriel.
Le centre des images motrices d'articulation, ou centre de BrocaS siège dans le pied de la y circonvolution frontale (fig. io8, OpF^y en contact immédiat avec les origines corticales des nerfs phonateurs; le centre des images auditives des mots, ou centre de Wernicke^, dans la I''*' temporale (T,), à l'extrémité supérieure du lobe temporal, zone attribuée à l'audition et à proximité du centre de Broca ; enfin le centre des images visuelles des
générale de l'aphasie, à laquelle je renvoie le lecteur; — Thomas et Roux, Comptes rendus de la Société de biologie, 1895-96 ; — Thomas, De V aphasie motrice corticale ou aphasie de Broca, article fort intéressant qui paraîtra bientôt, et que l'auteur a bien voulu me communiquer en manuscrit. Ces travaux sont remarquables par la méthode et la rigueur d'observation que M. Dejerine a su inculquer à ses élèves pour l'étude de l'aphasie.
1. Bulletin de la Société anatomiquCy 1861, août, p. 330; novembre, p. 398.