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CHAPITRE VI

L'analyse physiologique de la parole définit les éléments du discours d'après le jeu organique qui leur a donné naissance.

On a mis en doute la valeur scientifique de ce procédé, par la raison qu'il n'existe pas un lien nécessaire entre les mouvements phonateurs et le son. Il est vrai que deux organismes très dissemblables par exemple, celui de l'homme et celui du perroquet, peuvent arriver à produire un même effet acoustique^; mais l'objection est ici sans valeur. Ce qu'il faudrait prouver, c'est, non que deux mouvements différents peuvent aboutir au même son, mais que deux sons différents peuvent résulter de deux mouvements identiques ; et cela, on ne le prouvera pas.

L'analyse physiologique n'est pas seulement légitime, elle est nécessaire. Sans elle, dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne saurions ni distinguer sûrement les diverses articulations dans les tracés mécaniques de la voix, ni les définir d'une façon intelligible, ni rendre compte de leurs transformations. C'est dire que, sans elle, non seulement la phonétique n'existerait pas, mais que l'analyse physique elle-même du son serait privée d'un complément indispensable.

r. Pipping, Ueber die Théorie der Vocale, p. 3-4.

3l6 ANALYSE PHYSIOLOGiaUE DE LA PAROLE

Comme moyen de définition, la méthode physiologique se recommande en particulier par sa clarté. En effet, quand nous lisons comment un son se produit, les mouvements décrits s'esquissent comme d'eux-mêmes dans notre pensée, et, grâce à leurs associations avec des sons connus, nous donnent du son proposé une image d'autant plus voisine de la réalité que notre éducation phonétique est plus complète.

Au reste, c'est à l'observation physiologique que se réfèrent la plupart des documents que nous possédons sur la prononciation aussi bien des langues anciennes que des langues modernes. Nous ne pourrons point en aborder ici la discussion; mais l'expérimentateur avisé n'aura garde de les ignorer, surtout ceux que nous devons à l'école phonétiste contemporaine; car il y trouvera ample matière à expériences et des faits bien observés*.

I. On n'attend pas de moi une liste complète des livres qui peuvent être consultés avec fruit. Tout au plus, puis-je fournir quelques indications sommaires destinées aux débutants.

Pour la philologie ancienne, recourir aux grammairiens et aux notes éparses dans les auteurs. On trouvera un certain nombre de citations, par exemple, dans : Rudiménta laiino'gàllicay Lutetiae, ex ofEcina Roberti Stéphani, 1585 ; J. Matthias, de Litteris, Basilea^, 1594, réimprimé dans la Zeitschrijt de Techmer, an. 1889, p. 90-132; Oskar Fochde, Die Anfangsgrûnde der rômischen Grammatïky Leipzig, 1892.

Pour le sanskrit : Rig-Veda Pràtiçàkya^ éd. MùUer ou Régnier; Atharva-Pratiçàkya, éd. Whitney, dans Journal of the American Oriental Society y t. Vil (an. 1862) et X (an.

UTIllTÉ DE L* ANALYSE PHYSIOLCXîiaUB 317

Nous traiterons successivement :

1° De deux questions préliminaires; 2* Des éléments simples de la parole ; 3° Des éléments groupés;

4° Des qualités des éléments de la parole (durée, hauteur musicale, intensité);

5° Des modifications phonétiques.

1872); Taittiriya Pràtiçakya, éd. Whitney, ibid.y t. IX (an. 1871).

Les études modernes de phonétique soit historique, soit descriptive seront facilement à la portée de l'expérimentateur. A signaler entre autres : William Holder, Eléments oj speech, London, 1669; De Kempelen, Le mécanisme de la parole, Vienne, 1791 (très intéressants pour leurs dates); Brûcke, Grund:(uge der Physiologie und Systematik der Sprachlaute, Vienne, 1855, 2* éd., 1876; Sievers, Grund:(uge der Phonetik, Leipzig, 1876, 4* éd., 1893 ; Vietor, Eletnente der Phonetik, Heilbronn, 1884, 3* éd., 1893; Trautmann, Die Sprachlaute,,,, Leipzig, 1886; Jesperson, The articulations of speech sounds ,., , Marburg, 1889; P^^l Passy, Étude sur les changements phonétiques, PmSy 1890.

M. Storm a fait une revue critique des ouvrages de phonétique dans le i*' volume de son Englische Philologie, Leipzig, 1892. M. Koschwitz rend compte de ceux qui ont paru entre 1892 et 1893 (dans Romanischer Jahresbericht, II, p. 29 et suiv.). Enfin, M. Breymann a donné une liste complète avec sommaires des livres parus dans toutes les branches de la phonétique, de 1876 à 1895 (^Die Phonetische Literatur, Leipzig, 1897, 170 pages).

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318 ANALYSE PHYSIOLOGiaUE DE LA P/^ttOLE

ARTICLE I Questions préliminaires.

Deux questions se posent avant toutes les autres, à savoir : Sur quels sujets Éiut-il étudier les éléments de la parole ? — Comment représenter les résultats des analyses ? Nous avons donc à nous occuper : 1° du choix des sujets à expériences; 2° de l'alphabet.

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