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CHOIX DES SUJETS A EXPÉRIENCES

est toujours problématique. La pureté auditive du son n*est même pas une garantie suffisante, car des sons identiques peuvent être dus à des jeux organiques différents. Nous en rencontrerons plusieurs exemples, et Ton en cite qui tiennent du prodige : une jeune fille des environs de Nantes qui avait perdu la langue par suite de la petite vérole et qui serait arrivée à demander du pain et à parler * ; un homme, présenté à une réunion de médecins, à qui on avait enlevé le larynx et supprimé toute communication de la trachée avec la bouche, et qui, en emmagasinant de l'air dans une petite poche au-dessus de la trachée, était arrivé à parler et à se faire comprendre '. Ces suppléances merveilleuses, qui ne peuvent évidemment pas entrer ici en ligne de compte, montrent du moins de quelles ressources dispose la nature, et avec quelle prudence il faut procéder à la localisation des mouvements articulatoires si l'on ne tient compte que de leurs effets acoustiques.

On ne peut donc approuver la méthode suivie par certains observateurs pour l'étude des prononciations étrangères à la leur. Ils s'efforcent de les reproduire en se guidant par l'oreille et les yeux ; puis, quand ils y ont réussi au gré des indigènes, ils décrivent les mouvements exécutés par eux, tels qu'ils les sentent, et les enseignent comme le mécanisme normal du son étudié. Il est difficile de faire autrement, quand on pose le sens musculaire comme critérium dernier en phonétique. Mais on avouera que cette

1 . Traité de la formation mécanique des langues (édition de l'an IX), I, p. io8.

2. Rèime internationale de laryngologie, an. 1894, P* ^^^ (Société de laryngologie, New- York, 22-24 mai).

méthode ne peut donner qu'une sécurité bien relative. L'expérimentateur, lui, ne doit pas s'en contenter; il observera les faits directement là où ils se produisent, et il choisira autant de sujets pour ses expériences que l'exigera la variété de ses recherches.

Les sujets que l'on proposera comme représentant des types purs du parler d'un lieu quelconque, seront triés avec le plus grand soin. On les prendra non seulement indigènes, mais encore issus de parents indigènes, et l'on s'assurera qu'aucune influence étrangère d'une certaine importance n'a pu altérer la pureté native de leur prononciation.

Quand on possédera ainsi des types tout à fait purs, on pourra tirer parti des expériences faites sur des sujets dont le langage offrira une plus grande complexité.

Chaque feuille d'expérience doit donc être accompagnée de tous les renseignements géographiques, généalogiques, sociaux, chronologiques, nécessaires pour placer les résultats obtenus dans leur vraie catégorie et en apprécier la juste valeur.

C'est faute d'avoir fait des observations suffisantes sur des sujets compétents, que la plupart des grammairiens modernes identifient 1'/ mouillée, inconnue aujourd'hui de la plupart des Français du Nord, avec /y; que plusieurs phonéticiens se sont refusés à reconnaître l'existence d'un / mouillé, d'un d mouillé, d'un k mouillé, etc., distincts du /y, dy, ky...y etc. On a jugé, semble-t-il, pour / mouillée, d'après de vagues prescriptions recommandant encore de faire entendre une / et non pas seulement un .y. C'était insuffisant pour retrouver un son perdu. On aurait pu, au besoin, se renseigner auprès des grammairiens des siècles derniers qui, n'ayant qu'à s'observer eux-mêmes pour

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