‹ Principes de phonétique expérimentaleChapitre 213 sur 213 · I. La Parole y année 1899, P · texte numérisé non relu

I. La Parole y année 1899, P

MI-OCCLUSIVES

Il apporte lui aussi son témoignage^ et il y ajoute une remarque importante : « Les paysans d'Auvergne, dit-il, et en particulier de Vinzelles dont les patois possèdent les sons iy 5 (et les sonores douces correspondantes /, ^ répugnent à les transcrire par tchy ts,..; et si on les oblige à décomposer une émission, qui en réalité n'est pas complexe, ils se méprennent sur la correspondance de sonorité ou de sourdité des éléments, et rendent êy par exemple.

Fig. 409. (D)

Mi-occlusives en auvergnat comparées à des groupes de consonnes.

ÏJi partie ombrée représente la mi-occlusive : 1. i; — 2.1\ — 3. S» — 4* f •

L« ligne pointillée limite à partir des alvéoles : i. t€\ — >• ^; î — 3' ''> — 4* «'^

soit par dchy soit par //. Les sons /^, dj,., que leur transmet le français (ex. tsar y adjoint..,) ne sont jamais rendus par iy s... » Et en note : « Ainsi à Vinzelles, où la langue possède êy /, s y ^ on brise les groupes te y ts, . . du français par Tintercalation d'un ê (œ) et l'on dit tê:(ar ou tésar, adêjtvë. J'ai essayé de prononcer sar, afwl : on ne me comprenait pas. »

Les tracés recueillis par M. Dauzat (fig. 409) montrent en effet la dissemblance des articulations qu'il met en parallèle. Il est clair que ê n'équivaut pas à /^, ni / à djy ni i à ts. Entre ^ et </:(, la différence est moins grande, mais elle est pourtant réelle.

ANALYSE PHYSIOLOGIQjUE DE LA PAROLE

Je n'avais pas attendu ces expériences pour redresser ce que mes transcriptions de la Revue des Patois Gallo-Romans avaient d'erroné. C'est aux nombreux tracés que j*ai recueillis au cours de mon excursion de 1895 ^^ Bretagne que je dois mes convictions actuelles. Sous mes yeux, M. Bourdon a relevé, avec le soin exquis. dont il est capable, les tracés qu'impriment sur le palais artificiel (fig. 410) le ê (i) et le / (2) de Montmartin (Manche) et les composés

Fig. 410. (B)

Distinction de é / et de t4 dj en normand. L« partie ombrée représeate : i . ^ ; — > 2. f . Le pointillé limite ii.t€\ — i.ij, ht i et le j normands difiirent, on le voit, notablement de ceux de TAuvergne et se rapprochent beaucoup det groupes Uh, dj français.

français ts et dj. Les premiers se distinguent des seconds par une zone de contact plus étendue. Et cela se conçoit. En effet il suffit que la langue se détente légèrement et s'écarte un peu du palais^ pour que aussitôt apparaissent, non plus ê ou /, mais ^ et /. Les composés d'une dentale et de £ ou / doivent donc se reconnaître à une moindre palatalisation. D'autre part, la différence entre les tracés dans la zone centrale du palais ne peut être que minime, car c'est, non la partie transversale, mais la pointe de la langue qui exécute le mouvement essentiel. Du reste, la petite différence qui existe dans la palatalisation des deux sons comparés par M. Bourdon n'avait point échappé à mon

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oreille. J'avais, avant rexpérience, écrit par /^ et /^, ne pouvant pas toujours me décider entre les deux graphies.

J'ai recommencé ces recherches à mon retour de Bretagne avec M. l'abbé Sourice, d'Andrezé, c°" de Baupréau (Maine-et-Loire). J'étais mieux outillé pour observer le phénomène. M. l'abbé Sourice ne possédait dans sa langue ni ki ni ti[: il les a appris à l'école. Les consonnes ^ c, i^

Fig. 411. (So)

Comparaison àe j ^ avec dj t4 en angevin.

I. La partie ombrée représente î\ le pointillé iotériear limite /. a. |; poiniillé, t£,

)• d* partie ombrée, et ligne pointillée voisine ; f «st limité par la ligne pointillée la plus prés des alvéoles.

^ ont abouti chez lui à une seule paire d'articulations que j'ai représentée d'abord par ^ et ^\ qu'il distingue fort bien de U dj et de t d, quant à la position et au mouvement articulatoire. Pour ty il sent les dents avec le bout de la langue; pour t€, il ne sent que le bord des alvéoles et le palais; pour ^^ il ne sent presque plus le palais. Pour t€, la langue^ énergiquement appuyée sur le palais, se détache par un mouvement d'avant en arrière (c'est-à-dire qu'au t succède €); pour le ^, au contraire, la langue, faiblement appliquée contre le palais, semble glisser d'arrière en avant (c'est-à-dire que, dans l'articulation, la langue, s'appuyant

en arrière, c'est la pointe qui est la première à céder ; ainsi se produit pour l'oreille une sorte de t).

Les expériences viennent donner une expression objeaive et parfaitement nette à ces observations dictées par le sens musculaire. Nous avons (fig, 411, i) les tracés de/ et de / pris dans il éji « il est dit n et il i ji (syllabe qui se trouve dans ce parler). Pour j, le bord des alvéoles est à peine effleuré et ta partie centrale du palais est plus touchée que pour /. On sent que le moindre relâchement du / amènera /, qui est moins palatalisé, et finalement ;. Le i (issu d'un ancien i) dans il iit « U est ici » (etcu-hic) est analogue (2); il n'y a entre lui ctj que la différence de la torte à la douce. Donc je dois écrire i. De plus, la distinction de i et de te est très nette. Enlîn, pour la comparaison de i et de /, nous avons (j) le tracé de iit « petite » (la partie ombrée) qui se confond avec celui de iit « quitte » (pointillé) et celui de //( « Tlte », dont la limite se rapproche de l'arcade dentaire.

Mais bien plus expressifs sont tes tracés pris avec une ampoule sur la langue et une embouchure aux lèvres. L'ampoule a été placée successivement : au contact des dents, k î""", à 10""" en arrière, puis vers le milieu du palais dur, enfin sous le voile. Ainsi nous obtenons du même coup, avec la poussée de l'air, la hauteur de la langue considérée à cinq niveaux différents. L'expérience a poné sur les syllabes di, Ji, dji et ji prononcées les unes après les autres pendant une seule révolution du cylindre, les appareils inscrtpteurs étant maintenus durant ce temps de la même manière et dans la même position. Les figures 412 et 41] reproduisent l'ordre de l'inscription. Chacune des rangées horizontales offre donc des données parfaitement comparables entre elles, tant pour les mouvements organiques que

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