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La statistique phonologique dans le vocabulaire

Grâce aux développements ci-dessus il apparaît clairement que les recherches statistiques sur des textes ne suffisent pas à elles seules pour donner une idée convenable de l'utilisation relative des différents éléments phonologiques. Ces recherches doivent être complétées par d'autres statistiques sur le vocabulaire. En outre ces recherches doivent toujours prendre en considération le rapport entre les chiffres réels et les chiffres théoriquement possibles. V. Mathesius et B. Trnka ont déjà fait à ce point de vue d'importantes tentatives. Les

travaux de \'. Mathesius en particulier montrent nettement la valeur de ces recherches pour caractériser les langues du point de vue phonoloLnque. Il est facile de s'en convaincre si 1 on compare dans différentes langues les mots composés de deux phonèmes. En allemand il peut y avoir à l'initiale 18 consonnes (b, p, m, cl, i, n, I:, g, c, z, s, f, u, p, h, r, l, j) et en finale 14 consonnes fp, m, i, n, k, o, x, c, s, p, /, s, r, l), tandis que tous les phonèmes vocaliques accentués (c'est-àdire 10 si l'on ne distingue pas à de e) peuvent se trouver aussi bien à l'initiale qu'en finale ; ne sont pas admis les groupes y-f-i, au+r, aii-~to, eû-~-r, eû—îD, ai-~r, ai^K), o-rto, o+o. En allemand sont donc théoriquement possibles (18x10) — 1 = 179 mots du type «consonne -^voyelle » et (14x10) — 8 = 132 mots du type « voyelle— consonne » (sans tenir compte des différences de coupe de syllabe). En réalité le type « consonne— voyelle » est représenté en allemand par 57 mots : du c toi, tu », Kuh « vache », zu « à », Schuh « chaussure », iro « où », loli « flamboyant », roh « cru, brut », Bau " construction », Tau « grosse corde », kau « mâche », Gau '< région », Pjau « paon », Vau « v », Sau « cochon », schau (C vois, regarde », hau « bats », lau « tiède », rauh « rude, âpre », die « la, les », nie « jamais », Vieh « bétail », wie « comme », zieh « tire », sie <( elle, ils », hie « ici », lieh « (il) prêta », màh « bêle », Tee « thé », nàh « couds », Weh « cri douloureux », Zeh « orteil », See « mer, lac », je exclamation, geli « va », bei « auprès de », weih « consacre », zeih « accuse de mensonge », sei « sois », reih « range (toi) », leih « prête », Kiïli' « vaches », HÔh' « hauteur », neu « nouveau ^n scheu '< peureux, timide », Heu « foin », Leu « lion », Reuh' « repentir », da « là », nah « proche », sah « (il) vit », ja « oui » ainsi que les noms des lettres Be, Ce, Pe, De, Ha, Ka. Le type «voyelleconsonne » est représenté par 37 mots : Uhr « heure », Ohr « oreille », ob « si », Aug' « œil », auch « aussi », aus « hors de », auf " sur », ihr « sa, leur », im « dans le », in « dans », ich « moi, je », iss « mange », er « il », El « 1 », Em « m », En « n », eng « étroit », Eck « coin », âlz « corrode », es « il (neutre) », Escli « frêne », Eid « serment », ein « un », eil « presse-toi », Eich' « chêne », Eis « glace », Eui « hibou », euch « vous (dat., ace.)», Aar «aigle», Aal «anguille», am «près du», an « près de », ach « ha !, hélas ! », ass « (il) mangea », Aff' « singe », ab « vers le bas », Asch\ « cendre »^ En français sont

(1) -Yofe du traducleur : Ajouter le nom de la lettre » Ef ».

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admises à l'initiale 15 consonnes (b, p, i, d, g, k, v, /, s, s, z, m, n, r, l), en finale 18 consonnes (b, p, d, i, g, k, y, /, z, s, z, s, m, n, n, r, /, y) ; parmi les phonèmes vocaliques sont admis dans les syllabes fermées (u, o, o, a, e, o, i, ii, ô, à, è, ô^ et dans les syllabes ouvertes 13 (les mêmes +e). Ne sont pas tolérés les groupes « voyelle nasale (à, ô, è, o) -rm, n, n, r, /, y ». Sont donc théoriquement possibles ici 15 xl3 = 195 mots du type « consonne +voyelle et (12 X 18) — (4x6) = 192 mots du type « voyelle +consonne ». En réalité le type « consonnesvoyelle » est représenté en français par 142 mots et le type « voyelle +consonne » par 50 mots. En autres termes en allemand dans le type « consonne +voyelle » sont réalisées seulement 31, 8 % des possibilités théoriques, en français par contre 73 %. Dans le type « voyelle +consonne » la réalisation des possibilités théoriques atteint dans les deux langues à peu près le même pourcentage : en allemand 28 %, en français 26 %. Mais tandis qu'en allemand les mots de ce type forment 40 % de tous les monosyllabes constitués par deux phonèmes, en français ils ne forment que 26 % des mêmes monosyllabes. On voit donc comment, même à l'intérieur d'un cadre si étroit l'individualité des langues ressort clairement. V. Mathesius, qui dans TCLP 1 compare le tchèque à l'allemand au point de vue de l'utilisation des procédés phonologiques, établit notamment que parmi les mots qui consistent en 2 ou 3 phonèmes, ceux qui commencent par une voyelle forment en allemand 25,2, mais en tchèque 8,2 % de ces mots. En outre les groupes de consonnes sont employés en allemand plutôt en finale, mais en tchèque plutôt à l'initiale. Toutes ces particularités qui donnent à chaque langue sa physionomie particulière peuvent s'exprimer en chiffres. De même le degré d'utilisation distinctive (le « rendement fonctionnel ») des diverses oppositions phonologiques et le rendement moyen des phonèmes se laisse en général établir en chiffres pour chaque langue par cette méthode d'étude du vocabulaire. On reconnaît en outre qu'à ce point de vue il y a. des langues « économes » et des langues « prodigues ». Dans les langues économes les mots qui ne se distinguent entre eux que, par un seul phonème sont très nombreux et le pourcentage de réalisation des combinaisons de phonèmes théoriquement possibles est très élevé. Dans les langues « prodigues » existe la tendance à distinguer les mots les uns des autres par plusieurs procédés phonologiques et à ne réaliser qu'une petite partie des combinaisons de phonèmes théoriquement possibles.

Une fois faite l'étude phonologico-statistique du vocabulaire, celle des textes suivis prend un nouveau sens. Les chiffres de fréquence ont pour ainsi dire une double signification : il s'agit de savoir à quel degré sont exploitées dans le discours suivi les possibilités théoriques indiquées par les règles de combinaison et réalisées dans le vocabulaire. Plus grand est le nombre des phonèmes dans un type de mots, plus élevé est le chiffre des mots de ce type théoriquement possibles. L'étude statistique du vocabulaire montre quel pourcentage de ces possibilités théoriques est réalisé, c'est-à-dire quel nombre de combinaisons phonématiques du type en question possède une signification de mot déterminée. ^Nlais elle ne dit rien sur la fréquence réelle avec laquelle les mots de ce type apparaissent dans le discours suivi normal. Seule l'étude statistique des textes peut donner des indications sur ce point. En outre, on peut découvrir que des types de mots dont le pourcentage de réalisation des possibilités théoriques est élevé ont une fréquence moindre que certains types de mots dont le pourcentage de réalisation est faible. Existe-t-il à ce point de vue des règles de valeur générale ou bien les langues diffèrent-elles les unes des autres à cet égard? On ne peut encore rien dire là-dessus pour le moment, car la statistique phonologique a été encore beaucoup trop peu utilisée. En tout cas on doit se mettre formellement en garde contre des théories et des conclusions prématurées en ce domaine.

Pour finir indiquons encore à ce propos que la statistique lexicale a souvent à lutter contre les mêmes difficultés que la statistique des textes. Toutes les parties du vocabulaire ne sont pas semblables ni comparables. 11 y a des expressions techniques qui ne sont familières qu'à un cercle étroite de spécialistes, quoiqu'elles ne soient nullement des termes étrangers dans le sens habituel. De telles expressions doivent-elles être comprises dans les statistiques ? 11 y a des mots qui sous leur forme écrite n'existent que dans les dictionnaires, mais qui en fait ne vivent que sous un aspect phonique dialectal, puisque par leur sens même elles appartiennent au domaine du dialecte (expressions techniques de la vie paysanne, etc.). Sous quel aspect phonique doivent-ils être utilisas au point de vue statistique ? De tels problèmes surgissent dans la statistique lexicale de presque chaque langue. Mais pour certaines langues écrites orientales de telles questions sont tout à fait primordiales. En tout cas on ne doit pas se représenter les choses comme trop faciles.

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ORISTIQUÉ

Étude de la fonction phonique délimitative ^

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