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CHAP. IV. CONDITIONS DE LA VIE

racine l'opèrent. C’est en se divisant que de pareils corps se multiplient. Mais comment peut vivre un animal , ver ou polype, dont un simple estomac compose tout l'être ? Comme cette poche nourricière est à l'intérieur, il est clair que les alimens y doivent être portés ; il est clair, par conséquent , qu'il faut que cet être se meuve vers ses alimens ou qu'il attire par des mouvemens partiels sa nourriture à lui; il faut pour la chercher qu'il la sente, qu'il l’apprécie ; il lui faut même une espèce d'instinct pour proportionner de pareils mouvemens à ses besoins. Voyez combien cet être si simple, mais proies nous paraît déjà compliqué !

Je dis que cet être est infiniment simple, car il n’a pour tout organe qu'un estomac. Encore qu'il se meuve et quil doive sentir , on ne lui voit ni muscles, ni cerveau, ni nerfs : il a des actioniitdont les instrumens restent cachés. Je dis aussi que malgré cette simplicité le polype forme un être parfait, car il possède en lui tout ce qui le fait exister : il est donc aussi parfait qu’un oiseau, qu’un mamumifère. Il n’a ni cœur, ni poumons, ni vaisseaux intermédiaires, ni glandes, cela est vrai ; mais il n’en a pas besoin. Lorsque l'estomac occupe tout le corps d’un animal, et que ce corps est parfaitement simple et partout homogène , il est évident qu'il n’est besoin pour une pareille structure, ni de poumons, ni d’un cœur, ni de vaisseaux diversifiés; une telle économie d'organes peut se passer de circulation et d’une respiration circonscrite. Chaque partie de l’animal peut isolément puiser dans le canal commun la portion d’alimens dont elle a besoin ; elle peut la respirer, l'éla-

borer à sa manière. Mais dès que le tout animé n’a plus cette homogénéité parfaite en tous ses points, il Jui faut dès-lors un estomac pour préparer la nourriture commune, il lui faut un cœur pour la distribuer, elle et le sang, entre les organes; et comme ce sang revient au cœur privé de ses principes , comme il y revient fort différent selon les organes qu'il a pénétrés et nourris, il faut bien qu'une espèce de poumon le purifie par son mélange à l’air et à de nouveau chyle, x qu'il le rende identique et homogène avant que le cœur ne le fasse de nouveau circuler par tout le corps. / L'unité est le premier principe de la vie : or, dans ces organisations compliquées, c'est le cœur et le poumon qui produisent cette unité pour la nutrition, comme le cerveau la produit pour les sensations.

Il résulte de ce que nous venons de dire, que le corps vivant deflfapparence la plus simple et la plus chétive ne laisse pas de former un tout aussi parfait que l'être le plus complexe , puisqu'il possède en lui tout ce qui est nécessaire à son existence.

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