CHAP. V. DÉPENDANCE MUTUELLE DES ORGANES
Cette organisation des corps vivans est soumise à de certaines régles qui par leur constance et leur généralité ont mérité le nom de lois. Nous venons d’exposer deux de ces lois, je veux dire a perfection et l'unité de tout corps vivant. Quant à l’unité, cépendant, ce principe n’est pas absolu. L’individualité n'existe véritablement que pour les animaux d’une structure déjà fort complexe : elle n’est parfaite ni pour les plantes, ni pour les animaux les plus inférieurs : je m'explique. Ilest bien vrai qüe, tant que les divers organes de ces êtres restent intacts, ils vivent d’une vie commune, et ne font qu'un tout parfait et concordant; mais il n’est pas impossible d’en distraire ou d’en élaguer quelques parties sans interrompre la vie dans le reste de l'être ainsi mutilé. On sait qu'on peut couper d’une plante ses fleurs, ses feuilles, ses branches, sans pour cela la faire mourir : ne restât-il qu’une racine elle-même divisée avec une tige tronquée, ce débris n’en jouit pas moins de la vie. Je dis-plus, c’est que plusieurs des parties détachées du tout ont souvent reproduit l’être complet, lorsqu’on les plaçait dans des circonstances favorables : il suffit quelquefois d’un rameau ou d'une feuille pour reproduire un végétal semblable à celui dont ces parties proviennent. C'est sur de pareils faits que repose la théorie des marcottes et des boutures. Il en est de même de quelques animaux : un polype nu, coupé en plusieurs parties, forme autant de nouveaux polypes parfaits qui continuent de vivre à la manière de leur souche commune : certains vers se comportent de la sorte. On a pu aussi détacher plusieurs rayons complets d'une astérie sans, Ja
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faire périr. Des limaces sarvivent sans affaiblissement notable ‘à leur détroncation : Voltaire, à l’exemplé de plusieurs‘naturalistes de son temps, s’est souvent amusé à de pareilles expériences. Mais ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que les animaux vertébrés ‘eux-mêmes ont souvent souffert des mutilations analogues sans perdre subitement la vie + des tortues, des salamandres, à qui la tête avait été enlevée, ont néanmoins continué de vivre un temps notable, L'empereur Commode se plaisait à couper la tête à des autruches courant dans le cirque de Rome; et cette cruelle opération, assure-t-on, n’interrompait point subitement leur course. Enfin il n’y a pas jusqu'aux mammifères nouveau-nés qui né puissent survivre quelques instans, fort courts à la vérité, à de pareilles blessures. Maïs nous devons nous hâter de dire que toute soustraction d'organes importans n’est pas pour long-temps compalible avec la vie des mammifères , des oiseaux , et même d'animaux moins com: plexes et moins élevés que ceux-là. La mort suit de près ordinairement de semblables opérations : il n'y à que l’extirpation d'un membre, d'un appendice, d'une glande, d'un organe d'une importance secondaire, des organes génitaux, d'une partie superficielle enfin, qui puisse être supportée san$ préjudice notable pour ces animaux. C’est qu'il existe chez tous les vertébrés une solidarité parfaite entre les organes : un de ces organes Ôté, bientôt le reste du corps cesse de vivre; et si l’un d’eux est malade ou blessé, la souffrance en rejaillit sur tous les autres. Mais il est cinq or: ganes- dont l'intégrité est indispensable à l'existence des êtres vivans qui en sont naturellement pourvus :