CHAPITRE VIE
1 y a moins d'analogie entre les organes des corps vivans qu'entre les , fonctions de ces organes.
Dans les quatre premières grandes lois que nous venons d'exposer , nous n'avons vu que des analogies
CHAP, VII. ANALOGIE DES ÊTRES VIVANS.. 20 assez parfaites entre tous les corps vivans des deux règnes. Nous avons vu chez tous Unité et Perfection dans l’ensemble, Dépendance mutuelle de parties. et Symétrie dans les formes. Nous voyons aussi la plus grande Analogie dans les fonctions essentielles de .ces êtres : analogie pour la reproduction, analogie pour la nutrition, pour la température propre à chacun, pour la nécessité que chacun d’eux éprouve d'être en contact immédiat avec un air renouvelé, etc: Les résultats sont'les mêmes pour tous; il n’y a que les moyens qui diffèrent. Ainsi tous ont besoin d’alimens pour se nourrir; mais les animaux sont les ‘seuls qui recoivent ces alimens dans une cavité , et: seuls ils les digèrent. Tous également ont. besoin d'air, tous l’absorbent et le respirent;.mais rien n'est:plus variable que les instrumens de la respiration dans tous les êtres. L'homme , les mammifères, les oiseaux et les reptiles respirent par des poumons; les poissons, les crustacés et-les mollusques par des ouies ou branchies; les insectes par des trachées ou pertuis dont. leur. surface est perforée ; plusieurs vers et les polypes paraissent n’absorber l'air que par la peau dont est formée leur enveloppe. Les végétaux le respirent parleurs feuilles, et même plusieurs plantes étant privées de ces feuilles, il ne reste. plus que leur écorce par qui, la respiration de l'air puisse avoir lieu.
J'en dirais autant de la reproduction, qui a iemême terme chez tous, mais qui suit des voies extrêmement: variées pour y tendre. Quelles différences ne voyons : nous pas entre les mammifères, dont les petits naissent vivans et déjà parfaits, et la classe nombreuse
des ovipares ! Quelles différences, enfin , éntre tous ces animaux à sexe visible, et les polypes, qui n’ont ni sexes , ni véritables germes, et qui se reproduisent par des bourgeons ; et les plantes, qui se reproduisent par des fleurs à sexes distincts, fleurs dont plusieurs même sont privées |
Nous retrouvons pour toutes les fonctions cette analogie dans le but , cette diversité dans les instrumens. Nous levoyons bien plus manifestement encore pour les fonctions particulières aux animaux. Tous paraissent sentir, et cependant plusieurs sont réduits à la peau seule pour unique crgane du sentiment; le cerveau manque chez un très-grand nombre , et plusieurs n’offrent pas le moindre vestige de nerfs. Tous se meuvent spontanément, cela est notoire ; et beaucoup n’ont aucun muscle visible. Nous ne finirions jamais si nous voulions montrer toutes les disparités que présentent les corps vivans entre leurs organes et leurs phénomènes.
Il vaut mieux nous attacher à montrer l’éxtrème analogie de certains êtres. Or cette analogie n’est nulle part aussi manifeste que dans les animaux qu'on nomme avec raison vertébrés. Tous ont une colonne osseuse, composée de vertèbres empilées. Cette colonne solide loge dans son cänal une moelle épinière , et elle supporte , chez tous , une boîte esseuse qui renferme un cerveau. On trouve dans tous ces êtres un cœut, du sang rouge, des poumons ou des ouïes; dans tous, les organes plus ou moins parfaits des cinq sens, des nerfs, des musclés, un canal digestif plus ou moins compliqué , toujours un foie et un pancréas, toujours des organes génitaux manifestes. À la seule exceptien
GHAP. VII. ANALOGIE DES ÊTRES VIVANS. 29 d’une espèce peut-être , tous ont la bouche dirigée horizontalement ; et lorsqu'ils ont des membres , ils n’en ont Jamais plus de quatre. Ils ont la plus grande analogie pour la charpente et pour les fonctions. Il est bien vrai que leurs surfaces varient prodigieusement selon leurs diverses destinations : leurs organes du mouvement diffèrent beaucoup selen qu'ils sont destinés à nager, à voler, à seulement marcher, etc. Les organes de la respiration ne’sont pas non plus les mêmes dans ceux qui vivent dans l’eau et dans ceux qui vivent dans l’air, Mais cela n'empêche pas la plus exacte ressemblance de régner dans l’ensemble : il n'y a que leur extérieur qui diffère. Si nous voulions comparer un quadrupède avec un poisson, le premier coup-d'œil n’embrassant que les surfaces de ces animaux, ne nous laisserait voir entre eux que des différences. Mais si nous prenions chaque organe un à un, nous verrions d'exacts équivalens dans les deux êtres ; l’analogie serait constamment pour les choses essentielles , Ja différence pour les détails et les accessoires. Le poisson, à la première vue, paraît n’avoir ni cou ni poitrine ; mais en y regardant de plus près et plus profondément , on voit qu’il possède toutes les séries de vertèbres, et que les différentes pièces de sa poitrine sont venues se concentrer lout près du crâne, avec lequel elles se confondent. M. Geoffroy a fait de ce point curieux d'organisation une étude vraiment philosophique. Maïs une différence bien essenlielle qui sépare les animaux vertébrés - aériens d'avec les vertébrés - aquatiques, c’est que ces derniers ne respirant point d'air pur, sont privés et de la voix et des organes qui servent à la produire.
L’analogie des animaux vertébrés est si exacte, que l'étude assidue qu'on en a faite a dans tous les temps porté préjudice à la connaissance complète du règne animal. On est presque toujours parti de ce qu’on voyait manifestement chez les vertébrés pour l’admettre dans tous les animaux. Toujours plein de l’idée de leur structure et de leurs fonctions, on n’a dès lors pu concevoir rien de vivant sans circulation , sans cœur, ni sang, ni vaisseaux ; On a supposé des nerfs dans tout ce qu'on voyait sensible , des muscles partout où l’on voyait des mouvemens; Tournefort allait même jusqu’à admettre des muscles dans les plantes, et, qui plus est, jusqu'à les décrire. Mais de nos jours de pareilles erreurs ne sont plus à craindre. Encore que nous voyions la plus grande analogie dans les fonctions de tous les animaux, nous ne les regardons plus comme identiques pour la structure.