CHAR. VIII. DIVERS DEGRÉS D'ORGANISATION
En parcourant la longue chaîne des corps organisés, nous les voyons se compliquer par degrés presque insensibles el sans disparates subits. Les premiers, de ces êtres n'ontuniquement qu'une racine : les plus, complexes ont un cerveau d’une organisation luimême fort compliquée. Si nous allons d’un .extrème à l’autre, nous trouvons des plantes imparfaites, Je veux dire d'une grande simplicité, qui ne sont composées, les unes, que d’une tige à parasol ajoutée à la racine , organe essentiel de tout végétal; les autres n’ont que des feuilles pour parties apparentes ; d’autres que des fleurs pédiculées sans feuilles. Enfin nous trouvons des plantes composées à-la-fois d’une racine, de feuilles, d’une tige, de fleurs ; et ces fleurs elles-mêmes présentent, ou seulement un oôvaire, des étamines et des pistils, organes essentiels de la reproduction; ou, avec ces pistils, ces étamines et ces ovaires, des pétales et un calice plus ou moins compliqués.
Dans le règne animal, la complication des organes a des degrés beaucoup plus nombreux : à l’estomac, que nous savons composer à lui seul les plus simples des animaux, nous voyons s'ajouter successivement des appendices, des tentacules mobiles, puis quelques vesliges de vaisseaux remplis d’un fluide blanc, quelques.filets nerveux épars, quelques fibres musculeuses incolores, et dès-lors le canal digestif se complique ; au lieu d’une ouverture , on Jui en voit deux ; l'intestin se contourne et s’allonge : ensuite on trouve des espèces de poumons, des trachées, des branchies, des muscles compliqués, occupés à mouvoir des pièces de plus en plus nettement séparées ;
puis un ou plusieurs cœurs imparfaits , des sens évidens , des organes de la génération compliqués, des nerfs noueux , une moelle renflée à son extrémité; et enfin un squelette vertébré, des sens parfaits , du sang rouge ; un cœur unique , une moelle épinière renfermée dans un étui osseux, un crâne, un cerveau. Du reste, cette chaîne progressive est fort difiicile à suivre dans les animaux inférieurs, depuis les vers jusqu'aux vertébrés, pour la raison que les organes de la nutrition et les organes du sentiment ont des progrès de complication qui discordent en plusieurs endroits de la chaîne. Les organes des sens et ceux des mouvemens sont déjà arrivés à une grande complication chez des êtres qui n'ont encore ni cœur , ni circulation évidente , ni respiration notable. Ou bien, chez d’autres êtres, le cœur est déjà manifeste , les vaisseaux déjà évidens , les organes respiratoires déjà compliqués, sans qu'on voie les organes des sens et du mouvement faire parallèlement des progrès. Ceci même est une grande objection à opposer aux faiseurs de chaînes universelles.