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CHAP. IX, CIAINE UNIVERSELLE DES ÊTRES

se nourrir et de s’accroître : nous aurions alors un être semblable au végétal, lequel possède deux ordres de fonctions, les unes essentielles à la conservalion de l'individu, les autres indispensables à la perpétuité de l'espèce. À ces deux ordres subordonnés, et néanmoins bien distincts, ajoutons la propriété de se mouvoir spontanément et la propriété de sentir, ajoutons aussi une cavité centrale qui dirige les alimens ; et nous verrons naître un animal des plus simples qu’on puisse observer. À cette masse mobile, sensible et digérante , joignons des nerfs nombreux et de toutes parts enchaïînés , des sens spéciaux d'une structure complexe , un-cerveau central, servant d’instrument à la perception et au vouloir ; ajoutons-y des muscles pour obéir, un squelette que l’action de ces muscles puisse déplacer, et nous verrons paraître les animaux de l’ordre le plus élevé , de la structure la plus compliquée. Au sommet de cette série d'êtres supérieurs, on trouve l’homme , être remarquable par la situation verticale de son corps, par le volume de son cerveau, par l'accord parfait de ses sens , par sa prudence , sa curiosité et sa sagesse , par la puissance de sa volonté , par les lumières de sa raison et la sublimité de son génie.

Plusieurs philosophes, mais surtout Donati et Ch. Bonnet, avaient eu l’ingénieuse pensée de subordonner les corps de la nature les uns aux autres, d’après l’analogie progressive qu'ils offriraient à l’observateur, Îls voulaient que l’on passât par degrés d'une production à une autre production voisine , àpeu-près comme dans le spectre solaire on passe presque insensiblement de nuance en nuance, du

violet au bleu, du bleu à l’indigo, de celui-ci au vert, au jaune , à l'orangé, et enfin au rouge, et du rouge , par un nouveau cercle, au violet, etc. Les savans que je viens de nommer pensaient donc que tous les corps de la nature forment une longue chaîne sans interruption; et voici comment Bonnet concevait cette chaîne naturelle.

Il croyait voir dans les talcs, dans les ardoises, dans les schistes, mais surtout dans l’amyanthe, un passage assez direct des minéraux vers les végétaux. La sensitive ensuite, ainsi que plusieurs algues et plusieurs fucus, forment (toujours d’après l'illustre Charles Bonnet) un lien fort naturel entre les plantes et les animaux Les plus simples. Après cela mille différentes Su Vi s’observent dans le règne animal etses nombreux embranchemens : si quelques espèces de simples polypes forment le moyen d'union des deux règnes de corps organisés, elles servent en même temps d'intermédiaires entre les animaux infusoires, les orties de mer et les méduses ; puis ces derniers animaux conduisent aux vers et aux mollusques d’un côté, aux insectes, aux arachnides et aux crustacés d'un autre côté et pour dautres motifs. Ensuite, les vers aquatiques s'unissent aux mollusques par les sangsues , et les mollusques aux reptiles par les limaces. Les reptiles, à leur tour , tiennent aux poissons par les tétards des grenouilles, comme les insectes, par une autre,division, liennent successivement aux vers, aux mollusques et aux reptiles par leurs larves et leurs chenilles. Les serpens d'eau ressemblent beaucoup aux anguilles; les poissons s’unissent à la classe des oiseaux par les poissons volans,

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les trygles et les ‘exocæts; les oiseaux tiennent aux mammifères par les ornithorynques dans un sens , et par les chauve-souris et les écureuils volans dans un autre sens. A

Bonnet admet encore beaucoup d'autres analogies : ainsi les oiseaux palmipèdes, selon lui, conduisent aux poissons, comme les manchots et les aütruches conduisent aux mammifères. On va des mammifères aux poissons par les loutres et les baleines; des mammifères aux reptiles par les phoques , aux oiseaux par les chauve-souris et les échidnés, à l’homme par les singes, et à la divinité par l’homme. Toutefois le sage Vonhet ajoute avec son,éloquence ordinaire : « Un » seul être est placé hors de la chaîne, et c’est celui » qui l'a créée. »

Je me serais bien gardé d’insister ainsi sur une idée toute systématique, si je n’étois persuadé que ces analogies et ces comparaisons même grossières, sont d’une grände utilité pour donner une première idée des êtres vivans aux personnes qui ignorent la zoologie. Rien n’attache comme les SR ne Mais nous devons dire que cette chaîne universelle des êtres est loin d’être aussi parfaite que Bonnet et ses partisans ont paru le penser. Dans plusieurs endroits cetté chaîne semble se ramifier et perdre ainsi de son unité. Elle présente, en outre, des lacunes trop évidentes pour rester inaperçues. Il existe un vide immense entre les mollusques, les insectes et les poissons : si l'on place les mollusques avant les insectes, il n'y a pas moyen de passer brusquement d’une mouche à une anguille; et si l’on place les mollusques après les insectes, voyez quel choquant disparate il y auraentre

une huître, par exemple, et une carpe ou tout autre poisson. Nous devons donc absolument renoncer à cette chaîne de Bonnet comme moyen de classer les êtres vivans, et nous borner, afin de soulager la mémoire, à diviser ces êtres par groupes ou familles d'espèces analogues; mais une pareille classification

a des règles que nous devons dire.

LS

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