CHAPITRE IV
Reproduction sans le concours d'organes sexuels.
Tout le monde sait avec quelle facilité les plantes vasculaires ou pourvues de cotylédons se reproduisent à l’aide de boutures, de drageons, de jets, de caïeux, de coulans, etc. Je dis les plantes vasculaires, car celles qui ne sont composées que de tissu cellulaire sans vaisseaux, autrement les acotylédones, ne sont pas susceptibles de cette espèce de reproduction. Pour favoriser la végétation des boutures, on a souvent recours à des ligatures ou à des incisions , afin de faire gonfler l'écorce en forme de bourrelet ; car c’est de ce dernier point que naissent les nouvelles racines. Quelquefois aussi on place une semence de graminée dans une fente pratiquée à l'extrémité de ces boutures ; comme cette graine ne tarde pas à se gonfler et à germer, elle appelle vers le nouveau végétal l'humidité dont elle a besoin, outre que la chaleur développée dans la semence qui germe, favorise la végétation de la tige nouvelle.
Nous devons dire que les végétaux provenant de boutures perdent à la longue la faculté de produire des graines. Mais il est remarquable que ce soient précisément les plantes pourvues de fleurs ou d’or-
6O iv, Il. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS, ganes sexuels qui jouissent de la propriété de se reproduire par des fragmens détachés. Elles ont ainsi un double moyen de multiplication.
Les plantes acotylédones ou vasculaires ne se reproduisent ni par boutures, avons-nous dit, ni ordinairement par le concours d'organes sexuels: elles n’ont ni fleurs, ni étamines, ni pistils appréciables. Muis ces espèces de végétaux se perpétuent par des germes ou rudimens dont la forme varie pour chacun, et auxquels on a donné les différens noms de propagines (dans les mousses), de conides(dans les lichens), de gondyles ( dans les algues), de bulbes ou bwlbiles , etc. Beaucoup de botanistes regardent ces rudimens comme de véritables graines : mais l’absence d'organes sexuels dans les végétaux d'où ils proviennent ne permet guère de partager celte opinion, Ces petits corps occupent ordinairement des espèces de cavités ou urnes d’une forme remarquable : leur stratification perpendiculaire dans les champignons mérite toute l'attention des observateurs : l'ouvrage d'Hedwig en offre de merveilleuses images. Ces espè- ‘ces de germes, ces bulbes ressemblent plutôt quelquefois à des plantesen miniature qu'à des graines comme en produisent les fleurs. C'est à ce point, qu'on a reyardé ceux des végétaux qui les produisent comme une sorte de vivipares : on voyait il y a quelques années au Jardin du Roi, un Agavé aui s’éleva à fa hauteur de vingt-sept pieds dans l’espace de six semaines; on s'attendait qu'il finirait par donner des fleurs, mais point : il en sortit des espèces de bulbes qui, tombés à terre , au lieu d’y germer à la manière des graines, y prirent aussitôt racines. Si cette manière de se re-
ÜHAP. IV. SANS ORGANES SEXUELS. O1 produire ne ressemble pas à ce qu'on voit dans les animaux vivipares, assurément du moins elle a plus d’analogie avec les gemmes des polypes qu'avec = graines 52 végétaux à fleurs.
Au reste, ce genre de reproduction n'est pas par- .ticulier aux plantes ; on le voit aussi chez plusieurs animaux , dont les uns ont des sexes et dont les autres n’ont d'organes sexuels d'aucune espèce. Par exemple, les polypes dont je parlais à l'instant , se reproduisent, sans sexes , de deux manières différentes : d’abord ils ont des gemmes , espèces de germes qui, développés dans l'épaisseur de leurs membranes, font saillie au-dehors et au-dedans de leur corps ; et lorsque ces gemmes sont parvenus à une certaine grosseur, ils se détachent de l’animal pour former autant de nouveaux polypes. L'autre manière dont ces êtres se reproduisent, c’est par boutures , par divisions spontanées ou artificiellement . opérées. Il pousse de la surface de leur corps des espèces de bourgeons, qui quelquefois s’en détachent pour donner lieu à de nouveaux animaux semblables au polype principal; et il suffit de quelques jours ou même de quelques heures dans les mers équatoriales, pour que des jeunes polypes détachés de la souche commune proviennent successivement plusieurs générations nouvelles. Mème chose arrive lorsqu'on les coupe par fragmens petits ou gros ; chaque tronçon devient un animal entier , et bientôt il naît de nouveaux animaux de chacun des bourgeons, de chacune des cloches dont il se recouvre. Il faut remarquer que le polype n’a point d'individualité , précisément parce qu'il est partout homogène : chaque troscon
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contient un estomac pour exister et des gemmes peur se reproduire , c'est-à-dire tout ce qui est nécessaire à l'être et à l'espèce. Il en est de même chez toutes les espèces de polypes, mais ces phénomènes de régénération artificielle ou spontanée ne sont dans aucun autre plus curieux et plus variés que dans l'Hydre d'eau, sujet célèbre des belles expériences de Trembley. Non-seulement chaque fragment détaché de cet être devient un nouvel animal, mais ces fragmens se greffent les uns sur les autres à la manière des arbres d'espèces analogues ; la tête de l'un peut être substituée à celle de l’autre et s'attacher aussitôt et durablement au corps mutilé. On multiplie de cette sorte, par sections ou par greffes, les queues et les têtes du même polype ; il se forme des bouches nouvelles, des bras nouveaux : et après avoir assisté à de semblables expériences, l'histoire d’un des travaux d'Hercule , en perdant tout son merveilleux, acquiert ainsi plus de vraisemblance.
Ces phénomènes de reproductions non sexuelles ne se bornent pas à la seule et vaste famille des polypes: on les retrouve en d’autres êtres, en ceux même qui ont des sexes et qui portent des œufs. Il est plusieurs vers, plusieurs radiaires qu'on multiple ou qui engendrent ainsi d'eux-mêmes, par division. Beaucoup de vers peuvent être divisés par fragmens, chacun desquels redevient un vers parfait, parce qu'il jouit de la faculté de réintégrer toutes les parties de l'animal dont on l'a séparé. Ch. Bonnet a vu des vers aquatiques dont seulement la vingt-sixièine partie suflisait pour reproduire un animal parfait ayant au bout de quelques mois plusieurs pouces de lon-