CHAPITRE VY
Reproduction sexuelle des plantes.
Il résulte du chapitre précédent que tout être vivant ne provient pas d’un œuf, comme l’ont avancé des esprits systématiques qui ne tenaient compte que des faits favorables à leurs idées favorites : nous avons également vu qu'il est des reproductions possibles sans le concours d'organes sexuels. Mais dans la multilude d'êtres dont il nous reste à parler, nous verrons partout des espèces d'œufs où sont contenus leurs premiers linéamens, leurs embryons, el partout l’in-
G4 Liv. 11. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS. tervention d'organes sexuels. C’est par les plantes que nous commençons l'histoire de cette génération véritable (1).
À l'exception des Cryptogames , lesquels, comme le nom l'indique , ont des mariages cachés ou des sexes invisibles, tous les végétaux sont évidemment pourvus d'organes sexuels. Les Pistils , les Stygmates, les Ovaires, sont les organes du sexe Femelle; les Étamines, les Anthères , les organes du sexe Mâle. Les ovaires sont occupés par les rudimensdes graines, par les Embryons; les anthères sont remplies d’une matière fécondante , c’est le Pollen ; ensuite des organes accessoires, les Pétales de la Corolle , les divisions du Calice entourent, protègent ou décorent ces organes essentiels dont la durée n’est pas égale. Il faut remarquer qu’il existe une assez parfaite analogie entre les organes sexuels des plantes et les mêmes organes des animaux : les anthères sont l'équivalent destesticules; le stygmate et l'ovaire représentent et la vulve , et la matrice, et l'ovaire des animaux femelles ; s'il existe un conduit entre le stygmate et l'ovaire, il fait l'office et est l’analogue du vagin, ou plutôt des trompes : ensuite le Pollen est une espèce de sperme, et l'embryon des graines est l’image de l’ovule des animaux. Mais comme les plantes n’ont ni instinct ni locomotion , il était essentiel que le principe fécondant fût à l'extérieur, contigu avec l'organe femelle qui l’absorbe et en est fécondé, ou accessible aux
Qi) WoyezMalpighi (1675); Camerarius, de Seæu plantarum (1694) ; Linné (1760) ; Ch. Bonnet ; Spallanzani (1777); Adanson: Kælreuter; Gœrtner : Volta; Mirbel (1810-11); Turpin; Decandole; A. Saint-Hilaire ; Dutrochet; Amici; Rob. Brown (1826); Ad. Prongniart (1827).
GHAP. V. GÉNÉRATION DES PLANTES. 65 vents qui le lui transportent ; aussi est-ce là ce qu’on observe. Par la même raison la matière fécondante des anthères ne devait pas être liquide comme celle des testicules; aussi est-elle pulvérulente et renfermée dans de petites outres qui se rompent pour la transmettre au stygmate, au lieu d'être à nu comme le sperme des animaux.
Dans le plus grand nombre des plantes les organes des deux sexes sont réunis dans la même fleur, et non séparés sur deux êtres différens, comme dans la plupart des animaux : au lieu d’être unisexuelles, elles sont donc presque toutes hermaphrodites. C’est encore une conséquence de leur immobilité et de leur apathie : il est clair que pour des êtres qui ne peuvent ni se pressentir ni se chercher, le contact des organes par qui s'opèrent la génération et la perpétuité de l'espèce était une condition nécessaire. Toutefois les plantes ne sont pas à beaucoup près toutes hermaphrodites : il en est dont les organes mâles et les organes femelles sont placés en des fleurs isolées sur la même tige; d’autres, dont les sexes sont séparés sur des tiges différentes. Il y a même des combinaisons.de sexes encore plus compliquées. Chaque fois donc que nous dirons Hermaphrodites, cela indi-quera des fleurs renfermant les organes réunis des deux sexes; nous nommerons Monoïiques, les plantes où les sexes sont isolés en des fleurs supportées sur la même tige; et Dioiques, celles dont chaque tige ne contient que les organes isolés d’un sexe.
Ainsi les plantes sont pourvues d'organes sexuels comme les animaux. C’est une chose qui fut ignorée des anciens et qui n’a même été bien démontrée,
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bien avérée et connue que dans des temps assez rapprochés de nous. L'illustre Tournefort lui-même , lui cependant qui fit des fleurs une étude si profonde, paraît n'avoir eu sur ce fait important de physique que des idées fort confuses. Il lui arrive de nommer femelles , avec le vulgaire , des plantes supportant des fleurs mâles : il va même jusqu’à prétendre assi- -gner pour usage aux anthères de purger les fleurs de tous les principes nuisibles.
Millington ; à ce que dit Grew, mais surtout Camerarius, ont émis les premières idées justes sur cette matière : mais il est impossible de douter que l’existence du sexe des plantes ne fût une tradition routinière des peuples avant de devenir une découverte scientifique. En 1759,'Linné adressa à l’Académie de Pétersbourg une dissertation fort instructive sur ce sujet; et malgré les expériences aussi équivoques qu'ingénieuses dont l'abbé Spallanzani embarrassa quelques années après ce beau fait de physiologie, trop d'expériences aujourd’hui le confirment , trop de témoignages l’attestent, pour quil ne s'empare pas des croyances de tous les hommes éclairés.
Voici donc ce qu'on observe au moment de la fécondation des plantes : les anthères , qui sont divisées en deux espèces de bourses à la manière des testicules, ordinairement ne paraissent contenir de pollen fécondant qu’à l’époque de l'épanouissement des fleurs. Toutefois cette règle n’est pas sans quelques exceptions : ainsi les fleurs de l’ordre des œillets (les Caryophyllées ) et celles de l’ordre des Solanées sont déjà à demi-fécondées quand la fleur vient à s'ouvrir. A l'instant de cette fécondation, les anthères sont