RE
CHAP. V. GÉNÉRATION DES PLANTES. 67 couvertes d'une poussière ordinairement jaunâtre, qui s'en échappe; le stygmate , presque toujours placé dans l’atmosphère de cette poussière , «est enduit d’ure espèce. de mucus glutineux où elle se fixe s il est en outre hérissé de poils à sa surface, ce qui retient mieux les petits globüles, et il paraît percé de pertuis très-fins par où s'introduiraient, sinon ces globules entiers, du moins les principes plus subtils qui en émanent. Nous verrons dans la suite de ce chapitre ce qu'il faut penser de cette apparence. Il est remarquable que le stygmate est toujours placé le plus favorablement possible pour se trouver en contact avec le pollen des. étamines : il est d'ordinaire moins élevé que les anthères; s’il est plus haut qu’elles, il se récourbe pour redescendre à leur niveau ; ou même au-dessous ; et, dans les plantes monoïques, les fleurs femelles (où se trouve ce stygmate } sont presque: toujours placées dans le bas de la plante ;raudessous des fleurs mâles. On à aussi observé (Linné) que les fleurs dont le pistil est plus long que les étamines sont ordinairement ;tombantes ;: ayant leur ouverture vers la terre; tandis que ; si les étamines sont plus courtes, alors les fleurs ‘restent RESSique toujours droites, {10 -
Ces premiers faits que nous venons de relaterationtrent déjà les grands rapports existant entre les anthèrés et les stygmates , et ils auraient suffi pour mettre sur la voie de la génération sexuelle des plantes; mais les preuves positives qui l’établissent sont nombreuses. Lorsqwon coupe les anthères d’une fleur un peu avant qu’ellés soient devenues pulvérulentes , alors cette fleur reste stérile, ses graines avortent. Si l’on ob-
68 Liv. II. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES YIVANS. 7
serve une plante monoique, on voit d’un côté que les fleurs qui ne portent que des étamines n’ont jamais de graines ; tandis que les fleurs à pistils en sont pourvues. S'agit-il d'une plante dioïque ? si on la tient isolée de toute autre plante d’espèce analogue , elle reste inféconde. On a fait cette expérience pour le chanvre, pour les épinards , les palmiers, la mercuriale et d’autres. Les paysans agissent en conséquence de ce fait lorsqu'ils ont le soin de n’arracher le chanvre mâle. (qu'ils nomment femelle par inattention ; par routine } qu’au moment où les graines déjà fécondées du chanvre femelle (le mâle selon eux) dénotent qu'ils le peuvent faire sans danger. Disons cependant que les expériences de Spallanzani ne s’accordent pas avec tous ces faits. Il assure , dans un style toujonrs persuasif , qu'il a vu du Étyuvre femelle prendre
graines, quoiqu'il en eût séparé bien avant la floraison tous les pieds de chanvre mâle. Même Spallanzaninese borne pas à cette moitié d'expérience ; il l’achève avec sasagacité accoutumée : il a un fait à opposer à chaque objection prévüe. En vain dirait-on. que ces graines ne sont pas fécondes : il lès a semées et la plupart ont produit de:nouveau chanvre. C’est le vent, pourrait-on dire , ce sont des insectes qui ont voituré le pollen d’un chanvre éloigné sur le vôtre : non, car -Spallanzani avait ensemencé d'assez bonne heure pour avoir du chanvre en fleurs à une époque où celui des campagnes voisines de son château est encore en herbe et loin de fleurir. Enfin Spallanzani a prévu qu’on pouvait objecter que peut-être des fleuys mâles se trouvaient réunies sur le même pied avec dés fleurs femelles : il avoue que la chose est possible, qu'il l’a
CHAP. V. GÉNÉRATION DES PLANTES. 69 quelquefois observée ; mais que toujours il a eu soin d'examiner chaque fleur une à une, et d'enlever Îles fleurs rarement trouvées pourvues d’étamines. Cependant , et quoique cet observateur assure avoir obtenu des résultats semblables d’autres expériences tentées sur des végétaux différens, les botanistes n’en persistent pas moins à penser qu'il s’agit là d’une erreur. Il faut se souvenir que Spallanzani était en correspondance suivie avec Ch. Bonnet, son ami; qu’aussi bien que Bonnet, il croyait à la préexistence du germe dans l’ovule des femelles et au rôle très-secondaire du mâle : on se rappellera ensuite combien la préoccupation d’un système exerce d’ascendant sur les hommes mème les plus capables d'y résister.
Toutefois, Spallanzani convient que pour ia plu-. part des plantes l'intervention des étamines est nécessaire à la fécondation : il avoue avec tous les botanistes, que, sans pollen, sans étamines , presque toujours les graines avortent ou se dessèchent avant la maturité, ou mürissent imparfaitement sans pouvoir reproduire de plantes nouvelles. À ce sujet, les voix sont unanimes : Spallanzani est le seul qui admette des exceptions à une règle universellement regardée comme absolue. Cet habile expérimentateur était porté à penser qu'outre le chanvre, les épinards et la courge à écu pouvaient, comme les pucerons, engendrer sans l'intervention des organes mâles. Il avait encore un autre pressentiment à ce sujet : il ne regardait pas comme impossible que ces plantes pussent engendrer sans anthères ; et voici pourquoi : il avait vu à l'extrémité des stygmates une poussière de même couleur que le pollen, mais étrangère à la dissémination de ce dernier ; ct
50. LIV. Il. DE LA REPROPUCTION DES ÊTRES VIVANS. il n’était pas éloigné de croire que cetie matièrene pro-" vint des stygmates eux-mêmes, et qu’elle n’eûtlamême efficacité que celle des anthères. Mais les expériences. que le célèbre Volta a tentées depuis Spallanzani sur le même sujet, ont prouvé que celui-ci était dans l’erreur, et que, s’il avait obtenu des graines fécondes des fleurs femelles isolées de plusieurs plantes, cela venait de ce qu'il n'en avait point séparé avec assez de soin les étamines qui s'y trouvent jointes. La généralité de la règle ne souffre donc plus aujourd’hui d’exceptions. Tout le monde connaît l'exemple des palmiers femelles, lesquels restent toujours stériles lorsque aucun palmier mâle ou à fleurs pourvues d’étamines n’est dans leur voisinage. On cite ce palmier femelle de Berlin, ne produisant jamais rien, restant infécond parce qu'il était isolé : on fit venir de Leipsick, par la poste, du pollen d’un palmier mâle situé dans cette ville ; ce pollen, on le répandit sur les fleurs du palmier femelle jusques-là stérile, et pour la première fois on le vit produire. L’intermédiaire des vents fut remplacé dans cette circonstance par l'entremise. industrieuse des hommes.
Nous disons donc que sans pollen il n’est pas de fécondation possible , pas de fruit, pas de graines, pas de reproduction. Lorsqu'on à coupé toutes les étamines chargées de pollen d’une plante hermaphrodite, elle n’est cependant pas toujours stérile pour cela : du pollen peut parvenir aux stygmates de ses fleurs châtrées, par des fleurs analogues du voisinage. Plusieurs fois des expériences ont été tentées à ce sujet, et toujours avec succès. Il sufiit pour qu’elles réussissent , que ie rollen dont on saupoudre les styg-
CHAP. V. GÉNÉRATION DES PEANTES. + mates étrangers provienne de fleurs analogues aux leurs ; il faut, pour que la fécondation soit parfaite, que les graines des unes et des autres emploient le même temps à se développer, à mürir. Par ce moyen, on remplace les étamines excisées par le pollen pris sur d’autres étamines; et les plantes qui proviennent de ces unions adultérines sont hybrides , c'est-à-dire qu'elles réunissent les caractères de l’une et de l’autre.
Il est facile de pressentir par ce qui précède, de combien de causes peut provenir la stérilité des plantes, des plantes même qui ont des fleurs. 1°. L’excision des étamines est l’une des plus sûres. Mais il faut que cette opération précède la dissémination du pollen : il faut que de nouveau pollen ne puisse être transporté sur les stygmates isolés, ni par les vents, ni par des insectes, ni par l'homme. Il faut que cette castration soit opérée de bonne heure ; car il est des fleurs dont la fécondation est déjà commencée avant l'épanouissement de la corolle.
2°. Les pluies abondantes, qui enlèvent subitement le pollen, peuvent amener l'avortement des graines et la stérilité. C’est ainsi que les temps pluvieux, à l'époque de la floraison des graminées, du pommier ou de la vigne, produisent souvent une diselte de blés, de cidre ou de vins; c’est pour la même raison , et par la prévoyance de la nature, que les fleurs des plantes aquatiques s'élèvent au-dessus des caux au moment de la floraison pour s'y replonger lorsque la fécondation est opérée (1). Toutefois il est des fleurs qui s'ouvrent dans l’eau et qui s’y fc-
(1) Voyez Théophrasle, iv. iv, chap. x.
72, LIV. Il. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS. condent sans en sorlir; mais voici par quelle voie: admirable se propage le pollen : il se développe une bulle d'air au milieu de la fleur épanouie et submergce, et par ce moyen le pollen se dissémine (1). Lesgelées et les coups de soleil brülans ont quelquefois l'effet des pluies ; mais ils agissent différemment , je veux dire, en mortifiant ou desséchant le stygmate des fleurs à-demi épanouies. Toute atteinte profonde aux pislils ou aux ovaires a des effets analogues à la destruction des étamines ou à la disparition du pollen. 3° L’isolement des pistils ou l’isolement des étamines produit toujours la stérilité. Il est en conséquence indispensable qu'une plante dioïique ait dans son voisinage une plante de son espèce et d’un sexe différent du sien : et s’il existe de grandes distances entre les. deux êtres, il faut la main de l’homme ou l'intervention des vents pour les rapprocher. | 4°. Ce n’est pas assez qu'une plante ait des fleurs mâles et des fleurs femelles, qu'une même fleur ait des étamines et des pistils , ou que les deux sexes des. plantes dioïques soient voisins l’un de l’autre ; il faut, de plus, que les étamines et les pistils, les fleurs mâles et les fleurs femelles croissent au même degré, et soient pour ainsi dire du même âge, arrivant en même temps à la maturité : mais celte concordance, ordinaire pour la plupart des plantes , n’est pas toujours assez parfaite. Si, par exemple, les fleurs femelles sont plus hâtives que les mâles, si déjà elles sont flétries quand les fleurs mâles sont disposées à donner leur pollen, alors la fécondation est impos-
(1) Voyez Ramond, Bastard, A. Saint-Hilaire.
CHAP. V. GÉNÉRATION DES PLANTES. m
# sible. Linné cite des cas de ce genre. Lorsque ce sont les fleurs mâles qui s’'épanouissent d’abord, la chose n'est pas aussi embarrassante ; car le pollen pouvant se conserver plusieurs jours et même des semaines entières sans dommage, on le recueille d'avance, et on a sein ensuite de le projeter sur les premières fleurs femelles qui viennent à s'ouvrir. Le même et illustre Linné a fait de ces expériences sur le jatropa.
5°: Il est bien vrai qu'on n’a jamais vu d'espèce de plante qui eût exclusivement des fleurs femelles ou exclusivement des fleurs mâles. Mais les deux sexes ne se développent pas toujours également; et cela produit encore la stérilité. Linné avait dans son jardin d'Upsal du Chanvre de Crète qu'il était forcé de multiplier par racines, par la raison que cette plante n’ayant jamais eu que des fleurs femelles, il n’en pouvait obtenir aucune graine : désespérant d’en récolter chez lui, il en fit venir de Paris , et les sema; mais les plantes qu’elles lui donnèrent portaient toutes des fleurs femelles comme celles d’Upsal. Enfin, de nouvelles graines lui fournirent d’autres plantes , et parmi elles il se trouva un mâle. Comme celui-ci était éloigné des femelles, Linné prit le soin d'en recueillir le polien, de le répandre sur une ou deux plantes portant des fleurs femelles à pistils, et pour la première fois celles-là, et elles seules, furent fécondes et donnèrent des graines.
Les plantes monoïques.et dioïques, ayant une fécondation plus incertaine , à raison de l’isolement des organessexuels sur des fleurs ou sur des pieds différens,; c’est probablement à cause de cela que leur pollen est extrêmement abondant et que la terre environnante
mA Liv. Il. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS.
en est quelquefois jonchée. C’est comme les œufs des, poissons, dont le nombre est prodigieux. Toujours attentive à la conservation des êtres vivans ,. la nature semble avoir multiplié les moyens propices à la propagation des espèces, à mesure que cette propagation rencontrait plus d'obstacles et courait plus de dangers.
On ne peut douter, d’après ces différens faits, que le pollen des anthères ne joue un rôle fort important à l'égard de la fécondation du fruit et des graines ; on ne peut douter non plus que le pistil ne serve d’intermédiaire entre le pollen et les graines rudimentaires que l'ovaire renferme. Mais comment toutes ces choses se font-elles, et quelle est la part d’influence de l'organe mâle et de l'organe de l’autre sexe ?
D'abord, si l’on examine une fleur encore en bouton, et par conséquent non ‘encore fécondée, on trouve dans l'ovaire, au-dessous des étamines et des pétales recoquillés, les rudimens très - petits et imparfaits des graines futures. Si l’on ouvre avec soin ces graines rudimentaires, on les trouve entièrement composées d'une humeur pulpeuse et homogène qui disparait toujours avant la maturilé (1), et qui ressemble à une gelée un peu consistante. Ces pelits grains se trouvent dans beaucoup de fleurs plus de vingt jours avant qu’elles soient ouvertes , long-temps donc avant que le pollen ait pu les féconder. Ces graines naissantes sont massives ; leur centre n'offre aucune cavité, ni rien qu'on puisse prendre pour le germe ou l’embryon de la nouvelle plante qui en aurait dû naître.
(3) Voyez Malpighi, Grew, Spallanzani, Mirbel,
CHAP. V. GÉNÉRATION DES PLANTES. 75 Mais les choses prennent bientôt un autre aspect lorsque la fécondation est opérée, c'est-à-dire après que le pollen, devenu pulvérulent, a été mis en contact avec le stygmate correspondant aux jeunes graines. Alors ces graines se creusent vers leur centre; ces cavités sont remplies par une humeur vitrée que Malpighi a nommée amnios , par amalogie à ce qu'on observe dans l’ovule de quelques animaux : et l’on croit que ce liquide sert de nourriture à l'embryon , lequel paraît bientôt suspendu au milieu du fluide. Cet embryon, qui n’existe que dans les graines fécondes , n’offre pas d’abord de caractères bien distincts ; mais bientôt on y aperçoit toutes les parties d’une plante en miniature : il est composé d’une radicule, d’une plumule ( rudiment de la tige future }, et d’un corps de cotylédons , qui sont les premières feuilles que cette graine aurait produites.
Nous voyons donc Fembryon paraitre après que la fécondation des ovules ou jeunes graines a été opérée par la poussière des anthères , mais sans pouvoir assurer qu'il ne préexistât point à cette fécondation. Puisqu'on ne peut l’apercevoir que quelque temps après cette fécondation , et que lébullition nous le fait voir dans des graines où il paraissait invisible à froid , nous ne pouvous pas savoir de quelle époque date précisément sa première existence. Mais voici, ce qu'on sait être sûr, malgré les dénégations du judicieux Spallanzani : c'est que, soit que l’embryon résulte de la fécondation ou qu’il lui préexiste, certainement du moins il ne se développe et ne devient productif qu’alors que la fécondation de Fovule a eu lieu. Nous verrons cette question si délicate se reproduire à l’occasion des animaux.
Une chose porterait à penser que l'embryon, l'embryon inerte, préexiste invisible à la fécondation ; ce sont les liens, ce sont les rapports qu'on lui voit dès sa première apparition dans l’ovule. Nous avons déjà dit qu’il nage dans un liquide qui lui est contemporain ; mais, outre cela, on le voit presque toujours lié par deux de ses points, souvent opposés l’un à l’autre, à l’ensemble de la graine, L’amnios, qui le baigne, est entourée ordinairement d’une membrane; souvent audelà de celle-ci est un autre liquide bientôt épaissi et qu'on nomme albumen, tant qu'il est à l’état fluide, et périsperme, lorsqu'il est solidifié autour de l'embryon. Autour de cet ensemble est ure nouvelle membrane protectrice. Or, les deux ligamens de l'embryon correspondent aux deux endroits de l’amande où ces membranes sont ou adhérentes ou perforées ,savoir : à l'ombilic et au sommet de la graine. Celui de cesligamens qui est tourné vers l’ombilic ne va pas ostensiblement jusqu’à lui; il s'attache en dedans de l’amnios à un point qui correspond à la chalaze , et qui fait l'office comme d'un placenta interne; ensuite, ce placenta, cette chalaze reçoit des vaisseaux de l’ombilic; et c’est par l'ombilic que la graine adhère à l’ovaire et reçoit des vaisseaux de la plante-mère, vaisseaux qui pour cette raison sont appelés ombilicaux. De cette manière l'embryon tient à la graine comme cette graine lent à la plante, et par les mêmes vaisseaux.
Je dis que ces adhérences de l'embryon avec son ovule, au moyen des ligamens dont nous venons de parler, semblent indiquer une coïncidence dans l’origine de ces deux corps. En effet, comment le principe fécondant du pollen pourrait-il exercer efficacement son action au milieu d’un fluide sans conduits inter-
CHAP. V. GÉNÉRATION DES PLANTES. na médiaires? Je vais plus loin : en supposant la formation spontanée de l'embryon au milieu du fluide, comment se trouverait-il subitement en commerce de vaisseaux avec l’ovule, et par celui-ci avec la plante entière? Ne semble-t-il pas plus raisonnable, je le demande, de regarder toutes les parties de la fleur et l'embryon lui-même comme étant d’une origine simultanée et contemporaine? Mais il faut convenir que les expériences qu'on a tentées pour découvrir l'existence de l'embryon dans des ovules non fécondés ont toujours été vaines. Ce n’est même que plusieurs jours après la fécondation qu'on parvient à le trouver : encore même n'est-ce qu'à l’aide de la chaleur ou de l'esprit-de-vin , lesquels le coagulent.
Ainsi donc , il est certain que l'embryon n'apparaît et ne se développe que du moment où se fait l'émission du pollen. Mais comment cette poussière est-elle transmise de l’anthère jusqu'à l'ovaire ? quelle voie suit-elle pour y parvenir? quelle est sa structure, et est-ce par le stygmate qu'elle s’introduit?
On a beaucoup examiné le Pollen dans ces derniers temps : on a donné la plus grande attention à sa forme, à son volume , à l’arrangement des petits grains qui le forment (1). On a vu que les corpuscules dont il est composé étaient contenus dans l’intérieur des anthères, disposés par compartimens, par cellules, et renfermés dans autant de membranes particulières. Lorsque les fleurs Slépanouissent et que le pollen arrive à l’état de maturité, les anthères éclatent tout-à-coup , et les
(1) Voyez de Gleichen , Amici, Rob. Brown, Guillemin, Ad. Bronguiart, Raspail.
78 Liv. IN. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS. srains de poilen en sortent avec vélocité , à-peu-près comme des grains de poudre enflammés sortent par la lumière d'une fusée. Après cela, si ces grains de pollen sont exposés à l'humidité, on les voit éclater de nouveau; alors on s'aperçoit qu'il est sorti de leur intérieur un nombre infini de corpuscules excessivement déliés, formant une sorte de traînée; et de plus, on en voit tout-à-coup saillir un long tuyau membraneux qui semble n'être qu'un débris de l'enveloppe interne de ces petits corps. Lorsque les grains du pollen tombent sur le stygmate des fleurs, l'humidité qu’ils y rencontrent les fait éclater comme nous venons de le dire; et l'on croit que l'espèce de canal qui s'échappe de leur intérieur avec les grains de poussière, s’introduit dans la substance même du stygmate. Il suit de là que les petits grains de pollen sont directement projetés dans le pistil, et que le stygmate n’a pas besoin de les absorber. Aussi bien ne convenait-on pas que le pistil eût des ouvertures et des vaisseaux conducteurs; et cela causait beaucoup d’incertitudes et sollicitait sans cesse de nouvelles hypothèses, la plupart vraisemblables ,ilest vrai, mais peu dignes de confiance comme imaginaires. En supposant donc l'introduction immédiate des grains de pollen au moyen des tuyaux membraneux dont il s’agit, il reste toujours de grandes diflicultés pour expliquer comment ces corpuscules vont du pistil jusqu’à l’ovule. S'il ne s'agissait que d'hypothèses à faire, voici ce qu’on pourrait sup
poser : 1°. le pistil est composé de petits globules unis et SE par du tissu cellulaire ; le pollen ne peut-il pas pénétrer jusqu'à l’ovule par ces intervalles celluleux ? Comme le stygmate ordinairement paraît avoir autant
CHAP. V. GÉNÉRATION DES PLANTES. 79 de compartimens, autant de divisions que l'ovaire a de cellules, on avait cru que le pistil était percé d'autant de petits conduits : mais ces conduits, leur existence est mise en doute. Linné, qui les admettait comme certains, croyait que la fécondation d’un stygmate n'avait d'effet que pour l’ovule correspondant ; mais on sait aujourd'hui qu’il suffit d’un seul stygmate pour féconder tout un ovaire. 2°. Toutes les parties de la plante absorbent apparemment par des vaisseaux exprès ; pourquoi donc le pistil, qui a sans doute les mêmes vaisseaux, n'exercerait-il pas la même absorption? 5°, À l'instant de la fécondation , le stygmate et le pistil sont enduits et imprégnés de sucs ; mais dès que le pollen est disséminé , toutes les parties de la fleur se dessèchent et se flétrissent : or, n’est-il pas probable qu’une partie de l'humidité dont le stygmate était inondé se trouve attirée vers l'ovaire, lequel s’humecte à son tour et se dilate de plus en plus? 4°. A l'instant de la fécondation, il se développe beaucoup de chaleur dans les organes sexuels de la plante ; or cela dilate les sucs dont ces organes sont imprégnés ; et comme le reste de la plante se trouve à une température plus basse, et que le calorique tend toujours à se mettre en équilibre, cela même n'est-il pas une des causes qui font affluer les liquides du stygmate vers l'ovule, et avec ces liquides les émanations du pollen?
Quel que soit le mode d'introduclion du pollen dans lovule , toujours est-il qu'il communique jusqu'à lui, et l'on croit que cette communication a lieu parles vaisseaux déliés et presqu’imperceptibles qu’on trouve vers le mamelon ou le sommet de l’amande : c'est aussi vers ce point de la graine que s'attache l’un
des ligamens de l'embryon dont il a été question plus haut; c’est en ce lieu pareillement que les tuniques de l’amande sont perforées , ainsi que l’a prouvé M. R. Brown. Mais on ignore si ce sont les globules du pollen lui-même ou des fluides subtils émanés de lui qui s’introduisent dans l’ovule pour former ou animer l'embryon. Koelreuter, Adanson, Ad. Brongniart et d’autres ont émis différentes opinions à ce sujet.
Comme on a cru voir remuer les globules du pollen, on a pensé que ce pouvaient être des animalcules, et que peut-être ils’en introduisait dans la jeune graine pour former l'embryon. Mais il est évident que toutes ces choses sont hypothétiques, et que c'en serait fait de la physiologie si on lui donnait de pareilles bases.
Toujours est-il que l'embryon n'apparaît que plusieurs jours après la dissémination du pollen, et lorsque déjà les différentes parties de la fleur sont fanées. C’est qu’en effet il est évident que n’importe comment les granules des anthères pénètrent jusqu’à l'ovaire , leur passage ne saurait être instantané ni leur action aussitôt manifeste. Le moment où le pollen s'introduit dans le stygmate est toujours marqué par la flétrissure de la fleur entière: on a remarqué que les fleurs châtrées et les fleurs femelles et veuves des plantes dioïiques conservaient plus long-temps leur fraicheur que les fleurs hermaphrodites dont les anthères sont restées intactes. [Il en est de même desfleurs doubles et stériles , et pour la même raison (1).
En récapitulant toutes les parties de la fleur ,servant à la généralion sexuelle des plantes, nous trou-
(1) Voyez Linné et Mirbel.
CHAP. V. GÉNÉRATION DÉS PLANTES. 81 vons : les divisions vertes ou colorées du Calice ou de Ja Corolle, lesquelles entourent et protègent les vrais organes sexuels; les Étamines, ou organes mâles, terminées par des anthères; celles-ci , recélant dans leurs cellules de petits sacs formés de la matière séminale nommée Pollen; le Pistil, ou organe femelle, dont l’évasement terminal prend le nom de Stygmate, et le support, le nom de Style;.les vaisseaux très-fins et très-délicats du sommet de l’amande, que l’on croit être le conduit de la matière fécondante émanée du pollen ; l'Ovaire ou fruit, réunion des semences et de leurs enveloppes ; la Graine, qui est formée de l’embryon et du périsperme ; l’'Embryon lui-même, lequel date ostensiblement de l’époque de la fécondation, est entouré d’un fluide nommé amnios, et communique par des vaisseaux, d'un côté avec le pistil, et par lui avec le pollen des anthères, et d’un autre côté avec l’ombilic du fruit, et par lui avec le reste de la plante; enfin la Plantule, ou l'embryon grandi, of. frant les différentes parties d’une plante nouvelle : la Radicule , la Plumule ou jeune tige, le Collet, ou partie intermédiaire, et les Cotylédons ou feuilles sé.minales.
Les ofganes de la fructification varient rarement pour les plantes de la même famille, ou plutôt c’est surtout d’après l'examen de ces organes qu’on Juge de l’affinité ou de l'éloignement des espèces et des senres. Les végétaux qui se ressemblent par la disposition des fleurs et du fruit diffèrent rarement pour le reste de la stracture : aussi les principaux botanistes ont-ils pris les organes de la ileur ou les différentes parties du fruit pour bases de leurs systèmes
S2 LiV. Il. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS.:
de classification (1). Tournefort, envisageant avant tout l'apparence extérieure des fleurs, distinguait les plantes en campaniformes, infundibuliformes, cruciformes , rosacées, personnées, flosculeuses , radiées, anomales, ‘etc. B. et À. de Jussieu ont fondé leur méthode, surnommée nätureile malgré ses grandes difficultés , sur l’existence ou l’absence , sur le nombre et la disposition des eotylédons de la plantule renfermée dans la grai 2, I est sûr, en-effet, que les plantes qui se ressemblent en ce premier point sont analogues de toute manière. Linné , qui ne se dissimulait point la paresse des hommes, s’efforca .de créer un système d'une étude plus expéditive, d’une conception plus facile : ilaima mieux, en conséquence, fonder ses distributions sur le nombre , sur l’arran- gement visible des organes sexuels, mâles et femelles, étamines et pistils. Nous croyons devoir donner, ici une idée de sa classification,
D'abord, Linné considérait si les organes sexuels étaient visibles, s'ils étaient réunis dans la mênrte fleur, libres etnon adhérens entr'eux ; et, lorsque les élamines étaient égales entr'eiles, il les comptait, de manière à ce que ses dix premières classes reposassent uniquement sur ce nombre des étamines®, variant d'une à dix ; puis, unissant le nom de nombre grec avec un autre mot grec signifiant mari, il désignait ces dix premières classes par les noms suivans : Monandrie, Diandrie, Triandrie, Tétrandrie, Pentandrie, Sexandrie, Heplandrie, Octandrie, Eunéan-
(1) Voyez les ouvrages de Tournefort , Linné , Adanson , Jussieu,
Lamarck et D'ecandole.
CHAP. V. GÉNÉRATION DES PLANTES. 83 drie, Décandrie ; et il rangeait dans la Dodécandrie les plantes dont les fleurs ont moins de vingt étamines, mais plus de dix.
(Quant aux plantes ayant au moins vingt étamines, elles étaient de l’Icosandrie lorsque les étamines adhéraient au calice, et de la Polyandrie quand'elles tenaient à l'ovaire ou réceptacle. Side quatre étamines renfermées dans la mème fleur deux se trouvaient plus longues, c’était la Didynamnie ; si sur six étamines il y en avait deux courtes et quatre longues, alors c'était la Tétradynamie,
À l'égard des plantes dont les étamines adhéraïent entr’elles par leurs filets, il les rangeait dans la Monadelphie , la Diadelphie ou la Polyadelphie, selon qu’elles formaient un, deux ou plusieurs faisceaux ; et lorsque cette adhérence des étamines se faisait par les anthères, il en faisait une dix - neuvième classe sous le nom de Syngénésie. Était-ce avec le pistil que ‘les étamines adhéraient , ou se trouvaient-elles posées sur lui, alors c'était là Gynandrie,
Après cela venaient les fleurs ne renfermant chacune qu’une partie des organes sexuels: dans ce cas, lorsque les fleurs mâles et les fleurs femelles naissaient sur la même tige , la plante était classée dans la Monæcie ; dans la Diœcie, au contraire; lorsque les fleurs mâles étaient toutes sur un pied et toutes les fleurs femelles sur un autre ; enfin la Polygamie renfermait les plantes ayant des fleurs mâles, des fleurs femelles et des hermaphrodites , isolées les unes des autres, mais réunies sur la même tige, ou bien séparées sur deux ou sur trois individus différens. Einné formait sa vinot-
quatrième et dernière classe avec des plantes n ayant point de fleurs visibles : c'était la Cryptogamie.
Si cette méthode de classification des plantes n'est ni la plus profonde ni la plus philosophique , il faut avouer du moins qu'elle est la plus facile et la plus générale. : 11 n'existe aucune plante qui n’y ait sa place marquée. Elle est d’ailleurs la plus utile à connaître, puisque la plupart des grands ouvrages de botanique sont distribués d’après les Prigçipes de Linné, d’après le Système sexuel.