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CHAPITRE VIII

Comment se Reproduisent les Mollusques.

Nous sommes loin de connaître la génération des Mollusques aussi bien que celle des animaux vertébrés sil est difficile d'étudier des êtres vivant presque toujours dans les eaux, souvent entourés de tesis ou de coquilles épaisses, et dont l’histoire toute entière a d’ailleurs si peu d'années d’existence (1). |

Beaucoup de ces animaux réunissent sur un seul individu les organes sexuels mâles et femelles ; et parmi eux, les uns ont besoin d’un accouplement réciproque pour se reproduire; les organes des deux sexes qu'ils possèdent n'ont d'action que par le concours des mêmes organes d’un animal de la même

(1) T'oyez Bruguitres, Denis de Montfort,G.Cuvier, Poli, Lamarck, Blainville, Savigny, Péron, Quoy, Gaymard, Chaisso, etc.

CHAP. VIII. REPRODUCTION DES MOLLUSQUES. 89 espèce : ce sont par conséquent de véritables androoynes. D'autres s’engendrent d'eux-mêmes sans union double ou simple, sans accouplement : ce sont en d’autres mots de véritables hermaphrodites. Enfia , il est des mollusques ayant des sexes séparés, et quine se fécondent qu’en s’accouplant à la manière de la plupart des animaux. Pareillement leurs œufs diffèrent : tantôt ils sont couverts d'une croûte calcaire comme ceux des oiseaux , tantôt mous comme ceux de beaucoup de poissons : ensuite les uns éclosent après leur sortie, et les autres dans le corps même de l'animal, ce qui fait paraître ces derniers vivipares. On ne pense pas qu'il y ait de véritable copulation dans aucun de ces animaux, quoique plusieurs d’entre eux afent une espèce de pénis et même une prostate ; mais on croit que la fécondation des œufs se fait par une sorte d’arrosement séminal comme dans beaucoup de poissons; et la ponte des œufs est ordinairement précéaée, comme on le voit pour les grenouilles et les crapauds, par de longs embrassemens qui paraissent exciter les contractions de l’oviducte.

Les œufs des Sèches sont gros, et enchaïnés ensemble en forme de grappe, ce qui les fait nommer raisins de mer. Les limaçons et les mollusques des coquiiles univalves, ou pour mieux dire les gastéropodes, ont, presque tous, les organes de la génération placés sur le côté droit du corps, et souvent près de la tête. Leurs organes sont nombreux et compliqués: ils ont un ovaire, un oviducte, une matrice, et de plus, un testicule , un conduit déférent, une verge, une bourse commune des organes de la génération. Cela est encore plus compliqué dans les colimaçons :

ceux-ci ont des espèces de vésicales séminales; leur verge ressemble à un long fouet, et elle est percée en dessous : il faut même qu’elle se replie pour darder Ja semence. Chaque colimaçon a de plus une bourse à dard, laquelle pent se renverser sur elle-même à la manière de la bourse de la génération. Du fond de Ja première sort une espèce d’éminence tranchante à quatre pans , et à l’aide de laquelle ces animaux semblent chercher à se piquer réciproquement, au moment de la double copulation. «Ce n’est qu'après ces » cérémonies préliminaires, dit M. Cuvier, que le » véritable accouplement a lieu par l'insertion réci- » proque des verges. Mais ce dard, à quoi sert-il? » est-ce pour réveiller un peu par sa piqûre l'énergie » de ces animaux apathiques ? mais alors pourquoi » mançquerait-il à la limace et à tant d’autres mol- » lusques qui n’ont guère plus de vivacité (1)? »

11 y a une espèce de paludine surnommée vivipare, qui, en effet, produit des petits vivans : même Spallanzani a prétendu qu'il en était de cet animal comme des pucerons observés par Bonnet , c’est-à-dire qu'élevés séparément, quoiqu’assurément unisexuels, ils produisent plusieurs générations sans ‘accouplement. Cela est d'autant plus surprenant , ainsi que l’observe M. Cuvier, qu’on trouve parmi ces animaux autant de mâles que de femelles, et même des mâles dont le pénis est assez évident pour que l’examen le plus superficiel puisse toujours le faire distinguer de la femelle.

Les mollusques acéphales, dont les différentes

(1) Cuvier : Mémoires pour servir à l'Histoire des Mollusques.

CHAP, VIir REPRODUCTION DES MOLLUSQUES. O1

espètes d'huîtes font partie, sont tous hermaphrodite: : ils se f:condent sans accouplement, et même ils nont d'évidens que les organes du sexe femelle. Un jeul individu suffirait probablement pour perpétuer l'espèce entière. Les conduits des œufs communiqgent avec une espèce de vésicules glanduleuses qu peut-être sécrètent une humeur séminale par laquelle ces œufs sont fécondés. Tous ces mollusques achales font des petits vivans : ce ne sont pas des œus, ce sont de petits animaux réunis dans leurs cocuilles qui sortent de leurs corps. Voici, au reste, ce qu’on raconte de la production des huîtres propreument dites: « Les œufs sont rejetés sous la forme » de frai ou d’une sorte de fluide blanc assez sem- » blable à une goutte de suif : c’est au milieu de cette > liqueur qu’on aperçoit au microscope une quantité » innombrable de petites huîtres. Cette matière, dans » laquelle elles nagent, sert sans doute à les agglu- » tiner aux corps sous-marins et plus souvent aux » individus de la même espèce. Alors les jeunes hui- » tres, en se développant, étouffent pour ainsi dire » les anciennes, car elles empêchent l’eau d'arriver » jusqu'à elles et entravent même l'ouverture de leurs » coquilles. C’est ainsi que se forment ces énormes » bancs d’huîtres qui garnissent nos côtes, et qui » malgré l’immense consommation que lon fait de » ces animaux depuis plusieurs. siècles, semblent ne ». devoir jamais s’épuiser. » On dit qu'il en est de mème de plusieurs sortes de bivalves, dans les branchies desquels on trouve de petits mollusques vivans et pourvus de leurs coquilles. Mais il est des savans qui ont prétendu qu'il s'agissait là d'animaux parasites

et non de fœtus sortant des ovaires par les branchies de leurs mères : MM. Rathke, Jacobso, Blainvile, E. Home et Bauër, discutent maintenantsur cet objet à Londres, à Copenhague et à Paris.

Pour'prouver combien de choses restent à éclarcir relativement à la génération des mollusques, 11 sifüit de citer ce qu'on rapporte de la reproduction les Biphores. On dit que non-seulement leurs œufs snt adhérens, mais que les petits qui sortent de ces oufs restent enchaînés entr'eux et nagent ainsi par agjlomérations constantes et régulières jusqu’au parait accroissement de chaque individu. On ajoute que es petits ne ressemblent nullement à leurs parens, °t que ce n’est qu’au bout de deux générations qu’aprts s'être transformés , cette ressemblance a lieu.

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