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CHAP. XVHI. SPERME ET FÉCONDATION

possible que des œufs avalés par quelques éspètes éprouvassent en cet endroit l'i im pression du fluide séiminal.

Quant à beaucoup de reptiles, nous savons qu'ils se fécondent sans coiït et sans'intromission véritable ; les grenouilles et les salamandres mâles projettent immédiatement leur semence sur les œufs expulsés des femelles. On dit même chose des abeilles et de plusieurs autres insectes. Mais il y a émission intérieure de sperme dans les femelles des olseaux, dans les serpens, les tortues, la-plupart des insectes, et dans les mammifères. Cependant , et quoique les pénis des mâles soient en général proportionnés aux organes des femelles, on n'est päs certain que le sperme soit projeté jusqu'à l'extrémité des trompes ou des: oviductes: il y a plus, Harvey et Haller ne l'ont presque jamais trouvé dans la matrice des mammifères. Voilà ce qui a porté quelques personnes à conjecturer que peut-être la seule vapeur de la semence-suffisait à la fécondation des œufs des femelles, car conçoit-on que ce fluide puisse être lancé par le pénis jusqu'aux ovaires, au delà des conduits si déliés qui séparent ces ovaires d’avec la matrice ! On a donc pensé qu'il s'élevait du sperme éjaculé dans la matrice, une vapeur, un-esprit essentiel , un aura , comme on dit. Mais les expériences de Spallanzani sont venues détruire ces pressentimens. Cet illustre observateur a plusieurs fois exposé les œufs de divers animaux à cette vapeur de semence encore récente, et jamais il n'a pu réussir à les féconder : au lieu que le sperme en substance , le sperme pur ou mitigé, déterminait toujours le développement des embryons.

Piusl’action de lasemence paraissait surprenante, et plus on mettait d'attention, plus on mettait. de zèle à l'étudier. Le microscope une fois trouvé, on en fit bieniôt usage pour examiner le sperme de plusieurs ani- maux; ce fut alors qu'on découvrit dans ce fluide d’innombrables petits corps mobiles, ayant une queue, portant une grosse tête, et présentant mille phénomènes singuliers (1). Cette découverte fut faite par un écolier nommé Louis Hamme, lequel s’empressa de la communiquer à Leeuwenhoek à qui finalement l'honneur en est resté; tant il est rare qu’une invention illustre le nom de son premier auteur. Toutefois Hartsoeker publia presque aussitôt que Leeuwenhoek des ouvrages sur les Animalcules spermatiques ; il lui disputa même la gloire de l’antériorité, et s'il en faut croire Fontenelle , ce fut à d'assez justes titres. Les observations se multipliant toujours nonobstant les diseussions de l'amour-propre, on grossit peu-à-peu l’histoire de ces corpuscules des détails les plus merveilleux. Comme on les voyait se mouvoir, on dit que c'était par une volonté délibérée : on ajouta qu'ils avaient dessexes, qu'ils s’accouplaient, qu’à leur tour ils répandaïent une sorte de sperme , apparemment aussi peuplé d’animaleules proportionnés à leur grosseur ; qu'enfin ils concevaient, engendraient , subissaient des métamor= phoses ; ; et tout cela dans l’espace de quelques heures qu’on assignait à leur durée !

On mesura leur volume, et l’on vit avéc -étonnement qu'il variait peu dans le sperme des différens

(à) Voyez Leeuwenhoek (i675), Hartsoeker , Lieberkuhn, Ledermuller, Needham , de Gleichen, Vallisneri, Verhey en, Buflon, PE 4 Prévost et Dumas, Spallanzahi, Maupertuis ; elc.

CHAP, XVIM: SPERMEYEM PÉCONDATION.. - 1953 aniwaux : car il faut dire qu'on trouva des animalcules dans la semence de toutes les espèces. Il fallait aussi étudier les circonstances propices à leur développement ; et l'on assura qu'il y avait peu ou point d’animalcules dans le sperme des animaux ou tout jeunes, ou très-vieux, malades ou éjeunés. On n’en vit point non plus dans la liqueur imparfaite des mulets , peu ou point dans les autres humeurs; et

. Fon a. assuré tout récemment que le fluide séminal des. oiseaux , à l'exception du coq et du pigeon, n'a d’animalcules qu’à l’époque des amours, une ou deux fois l'année. | Dans l’origine de cette découverte on mêla beaucoup de faits incroyables à ce que laissait voir de réel le foyer grossissant du microscope , et plusieurs aceréditèrent ces erreurs ; les uns par une crédulité excessive, d'autres dans le but de rendre ridicules des faits qu’ils regardaïient tous comme fabuleux ; d’autres “enfin, dans l'intérêt de quelque système déjà émis ou projeté ; carilest des personnes qui trouvent toujours les faits assez avérés, s'il doit en résulter un système. On prétendit donc qu'on avait vu des animalcules à longues oreilles dans la semence de l’âne, et un petit poulet déjà bien conformé dans le fluide séminal du coq; bien plus, on assura qu’un animalcule spermatique de l'homme s'étant par hasard dépouillé de son enveloppe , avait laissé voir une figure humaine, bien petite à la vérité, mais pourtant reconnaissable (1). Et ce qui mérite une sérieuse attention au milieu de

{a} C'est Haller qui raconte ces faits : voyez Elem. Physiologie. .

154 EIV. II. DR LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS. fables aussi ridicules, ce sont les conséquences qu'on crut pouvoir en déduire: on émit ce principe, par exemple, que toute femelle (sans excepter la femme) ayant reçu les approches du mâle, peut féconder une autre femelle, une femelle vierge, au moyen des petits animalçales se transportant dé l’une à Fautré.

Il est facile de pressentir quel rôle on a fait jouer aux animalcules spermatiques dans les phénomènes de la génération. Nous entrerons dans quelques détails à ce sujet, lorsque nous’ examinerons les principales hypothèses dont cette belle fonction a ététle motif. Nous avons déjà exposé, au chapitre des Générations spontances , les raisons qui nous font douter que ces prétendus animalcules soient des êtres animés. Il est certain, cependant, que tout est vivant dans un corps jouissant de la vie , le sang , la semence et toutes les humeuts, aussi bien que les organes euxmèues : il serait donc possible que ce mouvement de molécules , observé dans le fluide séminal ; fût une manifestation de cette vitalité dans une ‘des parties qui se la partagent. Mais il ne faut point oublier qu'il s’agit là de véritables atômes , dont le microscope’ a fait des géans ; et comme nous ne devons donner à chaque chose qu'une importance méritée, il est sage de ne tenir compte de ces corpuscules qu’à raison de la réalité , et non d’après une apparence mensongère. Ruth donc à l'observation.

On accordait beaucoup aux animalcules au temps où Spallanzani faisait ses expériences , et il tenta plusieurs essais pour s'assurer du fait : il avait observé que lorsqu'on projette du vinaigre sur la semence dé-

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