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CHAPITRE XVIIL

De la Liqueur Séminale des mâles et de la Fécondation des Fe

Tout être vivant, avons-nous dit, naît d’un œuf; mais les œufs ne deviennent féconds que par l’intervention du fluide séminal : toute femelle séparée des mâles de son espèce demeurerait stérile. À l'exception des hermaphrodites, qui ont les organes des deux sexes réunis dans chaque individu , les animaux isolés ne sauraient se reproduire. La génération nécessitait donc l’association des êtres par couples ou par des rassemblemens plus nombreux ; or c’est par l'attrait du plaisir que la nature a formé partout des familles : l’origine des sociétés , c’est’ l'amour.

Nous ävons montré en quoi les animaux femelles concourent à la génération, indiqué par quels organes, et d’après quel ordre , quelle succession : nous avons vu des vésicules de différentes grosseurs se former ou du moins s’accroître dans les ovaires, parcourir ensuite de longs conduits qui aboutissent , tantôt dans un cloaque où ils ne peuvent long-temps séjourner, tantôt dans une matrice extensible aux parois de laquelle ils adhèrent tout le temps nécessaire au développement de l'embryon, dont ils recèlent les rudimens; et celte matrice, nous avons dit qu'elle cemmunique au-dehors par un vagin que termine une vulve garnie de nymphes charnues et dun clitoris.

CHAP. XVIII. SPERME ET FÉCONDATION. 145 Mais, jusqu’à présent, nous ne nous sommes occupé ni des organes génitaux des mâles, ni du fluide que ces organes ont pour objet ou de produire où de projeter loin de sa source. Cela même va former la matière de ce chapitre ; mais nous éviterons tout détail étranger au but présent, qui est l’examen du mode selon lequel les œufs de la femelle sont Pré par la semence du mâle.

Les organes génitaux des mâles sont presque aussi compliqués que ceux des femelles. D'ordinaire , voici de quoi ils se composent : 1°. de deux Testicules par qui le sperme est sécrété ; tantôt ces organes restent fixés dans l'abdomen sans jamais en sortir, comme dans les oïseaux et les reptiles ; tantôt ils sortent audelà du ventre , et s’y revêtent de plusieurs enveloppes nommées Bourses , comme dans la plupart des mammifères; d’autres fois , ils séjournent habituellemént dans le corps, et ils n’en sortent qu'à l'époque du rut ou de l’amour, comme cela a lieu dans les rats : mais toutes ces choses ne changent nullement les fonctions de ces organes. 2°. Les testicules sont composés de petits vaisseaux très-déliés, et dont la réunion donne lieu à deux Conduits excréteurs ou déférens. 3°. Ces conduits déférens sefrendent quelquefois dans leurs réservoirs, nommés Vésicules séminales , et d’autres fois directement dans la cavité du cloaque ( chez les ovipares ), ou dans le canal de l’urèthre ( chez les mammifères ). 4°. Lorsque c'est dans le canal de l’urèthre qu’aboutissent finalement les conduits spermatiques , alors cet urèthre est garni et fortifié par des Corps caverneux très-vasculaires, trèsextensibles, et susceptibles d'érection : ce Lissu érectite

1/6 LIV. I: DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS. a pour effet de tendre:le canal, d'en augmenter là longueur et en, même temps de le rétrécir par des courbures, Moutes circonstances propres à donner plus: de rapidité aux jets de la semence chassée de ses réservoirs : l’urèthre, ainsi compliqué, porte le nom de Verge ou de Pénis. La forme en est trèsvariée selon l'espèce d'animal : il est tantôt simple et effilé, tantôt surmonté par une espèce de gland ou par des renflemens en forme de bourrelets, quelquefois même il est en partie osseux. Mais la verge est surtout fort différente chez les animaux ovipares, dans lesquels elle est séparée de tout urèthre.et rarement perforée ; presque toujours alors elle offre simplement à sa surface des sillons plus ou moins profonds, destinés à recevoir la semence et à la répandre. Le pénis a pour principal usage de projeter le fluide séminal dans les organes de la femelle, ou seulement sur les œufs qu'elle rend, le plus loin et le plus rapidement possible : le contact réitéré de ce corps est d’ailleurs un moyen de titillation et un élément de jouissances, d La Semence provient done des testicules: Ce fluide est blanchâtre dans tous les animaux ; il ést composé de deux parties , dont l’une est plus pesante que l’eau, tandis que l’autre, dit Haller , reste attachée à lasurface. du liquide sous la figure de toiles d'araignées, Cette liqueur porte une odeur singulière extrèmement pénétrante; les chairs et les humeurs. des ani+ maux s'en imprègnent désagréablement à l'époque.du rut. Le pollen de beaucoup de végétaux a une odeur en tout semblable, et ceci est d'autant plus digne d'attention, que le pollen est pour les plantes ee

CHAP, XVIII. SPERME ET FÉCONDATION. 147 qu'est la semence pour les animaux. il serait curieux de comparer chimiquement ces deux liquides , mais ce n’est poirit notre objet:

La sécrétion de la semence ñe date que dé l’é Avesnes de la puberté, et d'ordinaire elle tarit dans la vieillesse ; mais la durée du fluide prolifique.est bien difficile à fixer chez l’homme , à cause de ses passions , qui devancent quelquefois les besoins réels et souvent leur survivent, Pour les animaux , ils n’ont guère de semence au-delà de l’époque de leurs amours : leurs testicules se rapetissent et semblent s’atrophier le resté.de l’année. Il en est iñême qui n’ont de. semence qu'une fois dans leur vie, et qui meurent après l'avoir répandue; à-peu-près comme on voit les étamines se flétrir après la dissémination du pollen : je veux parler des insectes, lesquels périssent. après qu'ils ont engendré. La chaleur du élimat, l’abondance de la nourriture , le bon état de la santé , le repos, un sommeil tranquille et prolongé , toutes ces choses ont beaucoup d'action sur la semence pour en accroître la puissance et la quantité : les animaux à qui l'homme fait partager les commodités dela vie domestique et les précieuses acquisitions dues à son industrie et à sa prévoyance, sont plus enclins à l'amour, sinon plus aptes à la propagation, que les, animaux des mêmes espèces vivant à l'élat sauvage. Rien n’agit sur le sperme autant queles longues privations ,; les maladies et surtout les chagrins; ce fluide alors perd sa consistance et son odeur en, même temps que la quantité én est moindre; pour être propre. à féconder, le fluide séminal.des grands animaux doit être consistant et comme granuleux.

1/48 Liv. IT. DE LA REPRODUCTIONDES ÀTRES VIVANS. Mais d'où provient et en quoi consiste la propriété fécondante du sperme? voilà ce qu'il nous importe d'examiner. Il est vrai de dire qu’on voit s’accroître les œufs de beaucoup d'animaux ovipares sans que la semence y soit intervenue ; mais on ne voil jamais d’embryon se développer sans cette intervention du fluide séminal. Les œufs même de grenouilles et de sälamandres, dans lesquels on croit voir des embryons ébauchés avant toute approche des sexes, ces œufs ‘ ne produisent jamais rien s’ils ne reçoivent le contact de quelques particules de sperme : Spallanzani en a fait plusieurs fois l'essai. L'action intime de ce fluide sur les œufs n’est pas connue, mais elle se manifeste à tous les yeux par des phénomènes qu’on ne saurait récuser. Lorsqu'il s’est répandu sur dés œufs de vers à soie un peu de la semence du mâle de cette espèce, de jaunes qu'ils étaient ces œufs deviennent violets ; ceux des poissons se troublent légèrement par un pareil contact; ceux des grenouilles, des crapauds ct des salamandres, déjà à moitié noirs dès qu’ilssortent, noircissent bien davantage aussitôt qu'on les a arrosés du fluide séminal; en même temps on remarque qu'ils se sillonnent de rides nombreuses ,‘se creusant de plus en plus. L'œuf d'oiseau a déjà une cicatricule à l’un des pôles de son vitellus avant l’imprégnation spermatique ; mais après l’imprégnation cette cicatricule devient plus large et plus épaisse, de manière qu'il est impossible qu'une personne habituée à ce genre de recherches confonde jamais un œuf coché avec celui qui ne l’a pas été; mais l'effet du contact de la semence est encore plus marqué sûr l’ovule des vivipares. Les œufs des autres animaux peuvent du

CHAP. XYUT. SPERME ET FÉCONDATION. : 140) moins s’accroître et sortir avant d’avoir éprouvé ce contact , tandis que chez les mammifères ces petites vésicules ne rompent leur membrane, ne parcourent les trompes et ne parviennent dans la matrice: pour s’y accroître qu'après l'émission séminale du mâle. On croit même que le sperme en obscurcit un peu

Ja transparence, el macule légèrement l’une des extré-

mités ; mais comme ces corps sont excessivement petits , il faut se tenir sur ses gardes quant aux obseryations dont ils sont:le sujet.

La semence du mâle , en quelque animal qu'on l'observe : a donc pour usage de féconder par son contact les œufs contenus dans la femelle où déjà expulsés de son corps ; mais cet arrosement spermatique se fait très-diversement selon les espèces d’animaux : dans les hermaphrodites, par exemple , il y a communication directe entre les conduits séminifères el les réservoirs des œufs , de sorte que la fécondation est opérée sans accouplement et par tes organes unis du mème animal; c'est ce qui arrive chez les huîtres et la plupart des mollusques. Cette fécondation est

aussi simple que celles des fleurs réunissant däns la

même corolle des étamines et des pistils. D'autres animaux portent aussi dans le même individu les organes des deux sexes , mais trop séparés , trop éloignés pour se suffire. Les animaux ainsi conformés sont obligés à un double accouplement avec d’autres êtres de la mème espèce, ayant à-la-fois des organes mâles el femelles : cela se voit pour les limaces , les sangsues , pour plusieurs vers et plusieurs iollusques: ce sont ces êtres-là que nous avons nommés androgynes.

190 Liv. II. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS.

On ne trouve rien d’analogue dans les plantes: Ensuite , depuis les insectes jusqu’à l’homme , tous les animaux sont à sexe simple, et la plupart s’accouplent. Il y a bien dans quelques espèces des êtres neutres ou Mulets n'ayant les organes d’aucun sexe, comme on le voit pour les abeilles et les fourmis ; mais il existe toujours parmi ces animaux assez d’individus à sexes distincts pour perpétuer la famille. L'accouplement des sexes n'est pas toujours visible ni même constant pour tous les animaux unisexuels : on doute, par exemple, que beaucoup de poissons s'accouplent jamais ; et comme on ne sait par quelle influence le mâle peut être attiré vers les œufs frayés par la femelle, on a douté qu'il les fécondât : on a vu des poissons femelles avaler la laite répandue des mâles, des mâles manger les œufs des femelles, et l'on a prêté à cela un but ét des motifs fort bizarres. Si Linné (1) avait tenu compte de la voracité dés poissons , s’il avait remarqué que les individus des deux sexes mangent également des œufs, souvent même dès qu'ils les ont frayés, et surtout s’il avait fait attention que les intestins où ces œufs s’introduisent n’ont guère de communication avec les organes formateurs du sperme ; alors sans’ doute Linné aurait moins vite partagé un préjugé antérieur à Aristote. Toutefois, comme beaucoup de ces animaux ont un cloaque, c'est-à-dire une cavité terminale servant d’aboutissant commun aux intestins , à la vessie et aux organes génitaux, peut-être ne serait-il pas lu:

(1) Woyez l'ouvrage d'Artédi, publié par Linné , son ami,

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