‹ Principes de physiologie comparéeChapitre 60 sur 141 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Fécondations artificielles.

Spallanzani réfléchissant sur la manière dont beaucoup de poissons et de repliles fécondent les œufs de leurs femelles , il lui vint à la pensée d opérer artificiellement de ces fécondations. Il commença par faire des essais sur les œufs des salamandres: or, tant qu'il n'employa que la semence purée des mâles pour en arroser les œufs des femelles, il n’obtint aucun résultat ; les œufs ainsi imprégnés$ furent stériles,

196 LI. IE DE EA REPKODUETION DES ÊTRES IVANS. Mais le sperme délayé dans l’eau les fécondait con — tamment. Îl répéta cette expérience: sur des. œufs de grenouilles et de crapauds ; ce furent toujours mêmes résultats. Il mêla la semence avec différens liquides , avec du vinaigre , de l’urine, du sang, de la bile ou d’autres humeurs ; et la fécondation continua de même. Le sperme conserve encore cette proprièle fécondante plusieurs heures après la mort de l’animal qui le fournit , mais surtout dans un temps froid. Également les œufs de la femelle (je parle des reptiles de l’ordre des grenouilles ) sent susceptibles d’être fecondés dix à douze heures après la mort de l'animal. Mais ils demeurent stériles s'ils sont restés plongés dans l’eau plus de deuze minutes avant d'a voir reçu le contact du fluide séminal..

Spallanzani à voulu s’assnrer jusqu'où pouvait aller la puissance fécondante du sperme des reptiles+ il.a délayé trois grains de sperme dans douze onces d’eau ordinaire, et ce mélange spermatique a sufli pour féconder et amener à bien les œufs réunis de cinquante grenouilles. Peu importait même que ces œufs n’eussent été plongés que peu de temps ou un moment, qu'ils en fussent partout imprégnés ou touchés seulement par un point de leur surface. Il suffit, par exemple ; qu’une pointe d’aiguille trempée dans le fluide séminal soit appliquée sur un œuf pour féconder celui-ci, etmême la fécondation s’étendra à un deuxième œuf collé au premier et non touché par l'aiguille. On a calculé dans quelles proportions étaient la semence et la masse d'œufs fécondés par elle , et l’on est arrivé à des résultats étonnans. Il a souvent suffi qu'un instrument eût approché des testicules pour transmettre

CHAP. XIX. FÉCONDATIONS ARTIFICIELLES. 197 ‘une vertu fécondante à tout ce qu'il touchait ensuite, Spallanzani en cite un exemple: il avait plongé dans du sang des œufs non encore fécondés de crapauds ; il s attendait à à les voir rester stériles , maïs il fat trompé ; bientôtil vit paraître des têtards vivans et bien formés. Surpris de ce résultat, il finit par se rappeler que les œufs avaient été tirés de l’oviducte de la femelle avec des pinces qui avaient servi à disséquer les testicules d’un mâle de la même espèce. Ne dirait-on pas que nous faisons l’histoire de phénomènes électriques ou magnétiques !

On a varié ces opérations à l'infini; ôn a vu que l'eau spermatisée conserve plus long-temps sa vertu fécondante que le sperme pur; que la chaleur lui communique d’abord plus d'énergie, mais qu'ensuite elle la lui fait perdre par l'effet de la vaporisation; que lorsqu'on la filtre, elle perd sa vertu, tandis que le dépôt resté sur le filtre la conserve en entier ; que l’agitation à l'air lui est également nuisible; qu'egfin elle cesse bientôt d'être fécondante quand on l’expose à un froïd glacial ou à une chaleur de plus de trente-ciaq degrés, aussi bien que lorsqu'on la mêle à ‘de l’alcool ou à du sel marin. Ce dernier fail prouve, pour le dire en passant, que les poissons de mer ne peuvent féconder les œufs de leurs femelles qu’en répandant leur semence immédiatement sur eux. Mais les reptiles et les poissons d’eau douce peuvent opérer cette fécondation à distance ; l’eau sert de véhicule à leur semence, à-peu-près comme l'air sert d’intermédiaire au pollen des plantes dioiques. Les expériences de Spallanzani en sont la preuve. Ce judicieux et illustre physiologiste a été plus loin : il a mis des masses

158 Liv: II. DE LA REPRODUCTION DES ÈTRES VIVANÉS. d'œufs de grenouilles non fécondés dans une eau qui contenait d'autres œufs fécondés , et tous ont été productifs , ils ont tous donné le jour à des têtards. I suit de à que l'émission séminale d’une seule grenouille suffirait pour féconder tous les œufs de mème espèce contenus dans la même pièce d’eau: Admirable providence ! |

Le même expérimentateur a voulu voir si les tes= ticules avaient la même propriété que le sperme dont ils sont la source, et voici ce qu'il est résulté de ses essais 2 lorsque les testicules sont demeurés entiers , jetés dans de l’eau avec des œufs non fécondés, ils né leur font rien produire; mais ils les fécondent toujours quand on a eu soin de les couper par morceaux, à re bn TC |

Ces expériences de Spallanzani sur des grenouilles

et des salamandres ont été répétées pour les poissons, et elles ont donné les mêmes résultats. On peut repeuplerdes étangs et les viviers en y jetant les œufs artificiellement fécondés des poissons qu'on détruit. On s'est autorisé de ces faits remarquables pour conclure que même les mammifères peuvent se féconder : à distance, leur semence ayant un liquide pour véhicule et pour intermédiaire : on a été jusqu’à assurer qu'une fille avait conçu (à la manière de quelques poissons et reptiles) pour avoir pris le bain spermatisé de, son amant ! Cependant les faits que l'abbé Spallanzani raconte sont assez merveilleux sans y joindre des fables aussi ridicules : il est vrai qu'ils ont le tort d’êire d’une extrême exactitude, et que l'auteur en fait l'histoire dans un siyle simple comme la vérité.

Spallanzani ne borna pas ses expériences sur les fé-

LA

GHAP. XIX. FÉCONDATIONS ARTIFICIELLES. 199 tondations artificielles , aux seuls reptiles. Malpighi avait essayé sans succès, de féconder les œufs du papillon du ver-à-soie avec la semence du mâle ; Spallanzani .échoua aussi déhs. sé premières tentatives , mais il réussit à une seconde & épreuve.

Des insectes el des reptiles, Spallanzani passa aux mamuwifères ; car, pourquoi des êtres si analogues à tant, d'égards vivraient-ils sous.des lois différentes ? Comment n'engendreraient-ils pas de la même manière ?, Il injecta donc dans l'utérus d’une chienne en chaleur environ vingt grains de sperme pur éjaculé spontanément par un chien de sa race ; ce fluide ut maintenu avec soin à la température de 50° K., naturelle à à l'animal : au bout de soixante-deux jours, durant squels onla séquestra absolument de la sociélé de ses par eils, la chienne mit bas trois petits, qui ressemblaient au père encore plus qu'à la mère. Cette expérience fit du bruit ; on la répéta, et chaque fois elle eut de semblables résultat$ (1).

Il restait à savoir si la semence d’une espèce pourrait féconder les œufs d’une espèce différente. Linné

avait fait des expériences à ce sujet pour le pollen des végétaux; Koelreuter et Gærtner en ont depuis tenté de nouvelles : ce fut Spallanzani qui résolut la queslion pour les animaux. Il répandit du sperme de crapaud sur des œufs de grenouilles ; il injecta aussi de lassemence de son même chien barbet dans l'utérus d’une chatte en chaleur , et jamais il n’y eut de fécon-

datien par de semblables moyens.

(1) Un physiologiste de nos jours a proposé de féconder des femelles en injectant du sperme dans leurs veines.

160 Liv. 11. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVARS.

Spallanzani s’assura également que la semence d’une espèce de grenouilles ne saurait servir à féconder les œufs d’une autre espèce ; mais que le mélange des deux sortes de sperme "fouit de la prapriété de féconder les deux sortes d'œufs. D’où vient celle inaclion du aide séminal passant .d'une race à l'autre ? Est-ce l'effet du volume ou de l’arrangement des molécules? Est-ce l'effetdes élémens chimiques ou d’une affinité cachée? Nous ne savons rien sur,ces choses; mais nous en voyons les conséquences, et elles nous semblent dignes d’admiration. “id he Card

Dans un univers rempli d'êtres aussi variés ; ayant chacun sa deslination , son but, son lieu, ‘ses besoins : L ses usages, il fallait bien que la confusion ne püût s'introduire parmi tant de créatures diverses gear leur donner les moyens d’assimiler leur nature c’eût été changer leurs rapports, compromettre leur existence et détruire le grand système dont ils font partie: L'’harmonie de l ALES dans un monde comme le nôtre, résulte de la diversité constante des élémens ; l'identité de deux rouages originairement différens eût entravé le sublime jeu de la machine. Je dis donc qu’il était nécessaire que tant d’êtres divers, de toutes parts unis comme individus , demeurassent éternellement séparés comme espèces : il fallait qu'ils pussent vivre ensemble , s’entre-aider , s’entre-détruire , sans pouvoir jamais s'engendrer les uns les autres en confondant leurs grandes familles : il fallait assigner pour toujours des limites à chaque espèce, et nous venons ce voir que la nature a posé ces limites à la source mème des généralions.

Page 1