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CHAPITRE XX

Remarques d’Aristote sur les Sexes et l'Accouplement des animaux.

L'histoire des sexes et de l’accouplement des animaux est une des choses que les naturalistes de l’antiquité ont le mieux connues : c’est effectivement un sujet plein d'intérêt et d’une observation facile; if ne demande ni recherches pénibles, ni longues expériences, ni dissections. Aussi Aristote s'y est-il particulièrement complu. Son immortel ouvrage sur les animaux renferme un grand nombre de détails intéressans sur cetle matière; et quoiqu'il s’y mêle souvent quelques préjugés des vieux âges, nous croyons faire une chose utile en empruntant quelques passages à cet ouvrage, sans modèle à sa naissance , sans pareil encore aujourd'hui; toujours original après lant de copies, toujours jeune après deux mille ans ; simple et fécond comme la nature, sublime et vrai commé le génie. Si nous citons ce grand homme, c’est pour la vérité, non pour sa gloire , car cette gloire est telle, qu’un suffrage de plus ne saurait l’accroître, On a raison d'admirer Aristote sur parole; mais que l’on gagne à le méditer!

« .. La plupart des animaux ont des sexes, mais tous n'en ont point; et ce n’est que par métaphore qu'on dit de ces animaux qu'ils portent des petits et qu'ils les mettent bas. Chez ceux qui restent attachés

à une place fixe , il n’y a point de mâle et de femelle, Ï. 11

162 Liv. II. DB LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS.

Mais cette différence de sexe a lieu chez les animaux qui se meuvent avec des pieds, bipèdes comme quadrupèdes, et généralement chez tous ceux dont l’accouplement est suivi de la production d’un animal, d’un œuf ou d’un ver. En général , à l'égard des animaux qui ne sont n1 poissons ni insectes, on peut nier ou affirmer d'eux l'existence du sexe d’une manière absolue. Par exemple, dans tous iles quadrupèdes, chaque individu est mâle ou femelle; dans lestestaoés, au contraire , il n’y a ni mâle ni femelle (hermaph"odites); ils ressemblent aux plantes, dort les unes sont fécondes et les autres stériles (Aristote ignorait, comme on voit, que les plantes eussent des sexes). On ne saurait avancer rien de général pour les sexes des insectes et des poissons : il y a des espèces où la distinction des sexes n'a aucunement lieu ; par exemple, il n’y a ni femelle ni mâle parmi les anguilles : l’'anguille ne produit rien de soi. On prétend, il est vrai, avoir vu des espèces de vers adhérens à l’anguie ; mais les conséquences qu'on veut tirer de cette observation ne sont pas rigoureuses , faute d’avoir fait attention au lieu du corps où ces vers se trouvaient. Premièrement, aucun animal du genre de l’anguille ne produit de petits vivans qu'après avoir eu des œufs, et jamais on n’a trouvé d'œufs dans l'anguille ( cela est encore vrai aujourd'hui) ; d'autre part, les animaux vivipares portent leurs petits dans la matrice où ils sont attachés : és ne les ont pas dans de ventre, car les petits seraient digéres tout comme les alimens. Quant à la différence qu’on dit être entre les anguilles mâles , qui ont, à ce qu'on prétend, la tête plus grosse et plus allongée, et les anguiiles femelles,

CIIAP. XX. REMARQUES D'ARISTOTE. 103 qui l'ont plus aplatie, ectte diversité de forme n’est pas relative à la différence de sexes; elle indique seulement différentes espèces d’anguiiles.

» Îl'y a de certains poissons qu'on nomme bréhuns, qui n’ont ni œufs ni laite. 11 s’en trouve de tels parmi les poissons des fleuves, parmi les cyprins et les £apvoc. Quelques poissons ont des individus qui conçcoivent et produisent, comme les testacés et les plantes, sans avoir de mâles qui les fécondent : tels sont les plies, les rougets, les serrans. On ne trouve que des œufs dans les individus de ces espèces.

» Chez les animaux qui se meuvent avec. des pieds et qui ont du sang, le plus ordinaire , quand ils ne sont point ovipares, est que le mâle est plus gros que la femelle , et qu'il vit plus long-temps. Il faut excepter le mulet, par rapport auquel on observe le contraire. A l'égard des animaux qui se reproduisent au moyen d’un œuf ou d’un ver, les poissons, par exemple, ct les insectes , la femelle est plus grande chez eux que le mâle. Voyez les serpens, les stellions , les batraciens ( grenouilles } , Îles ;sélaques , les poissons qui vivent par troupes, et tous ceux qu'on nomme saxatiles. La preuve que parimi les poissons la femelle vit plus long-temps que le mâle, c’est qu'on pêche des femelles plus vieilles qu'aucun mâle de même espèce.

» Voici une autre différence qui distingue les deux sexes dans quelque genre d'animaux que ce soit : les parties les plus grosses et les plus vigoureuses sont, dans le mâle, les parties antérieures et supérieures ; dans la femelle, ce sont les parties postérieures et inférieures. La même observation est vrate peur

104 LIV. Il. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS. :

l'homme aussi bien que pour tous les animaux vivipares qui se meuvent avec des pieds. La femelle est moins nerveuse (musculeuse ) ; ses traits sont moins prononcés; son poil, lorsqu'elle en‘a, ou ce qui répond au poil lorsqu'elle n’en a point, est plus fin; sa chair est plus humide, ses genoux sujets à craquer , ses jambes plus grèles, et si la nature de l’animal est d’avoir des pieds, ceux de la femelle sont mieux faits. Parmi les animaux qui ont de la voix, celle de la femeile est plus claire et plus aiguë que celle du mâle : il n'y a d'exception que pour l'espèce du bœuf, où la voix de la femelle est plus grave. Dans certaines espèces , les armes que la nature a données à l’animal pour se défendre, telles que les dents, les crocs , les cornes, les ergots et autres parties semblables, manquent absolument à la femelle : le mâle les a seul. Ainsi la biche n’a point de bois, et dans le nombre des oiseaux à ergot, il y a des espèces où les femelles n’en ont point du tout. De même la femelle du sanglier n’a point de crocs saillans. Dans d’autres espèces le mâle et la femelle ont les mêmes armes; seulement celles du mâle sont plus fortes. Les cornes du taureau, par exemple, sont plus fortes que les cornes'de la vache (1).

» .... L’accouplement à lieu dans les espèces qui out des individus de l’un et de l’autre sexe , mais il n’est pas partout le même; il ne se fait pas toujours de la même manière. Les mâies de tous les animaux qui sont vivipares et qui se meuvent sur la surface de ja terre avec des pieds, ces animaux ont tous un or-

{a) Aristote, Fist. des Animaux, Liv. rv.

CHAP. XX. REMARQUES D ARISTOTE. 165 gane destiné à l’œuvre de la génération; mais les approches des sexes ne sont pas pour cela semblables : ceux qui jettent leur urine en arrière, comme les lions, les lynx, les dasypodes, s'approchent à reculons et s’accouplent en arrière (e’est-à-dire que c’est dans cetle position que le coit finit de s’accomplir, comme chez plusieurs autres quadrupèdes dépourvus de vésicules séminales}. Entre les dasypodes, c'est souvent la femelle qui saute la première sur le mâle: c'est l'inverse chez la plupart des autres animaux , chez les quadrupèdes , les oiseaux, les batraciens, etc. Quelquefois la femelle fléchit les pattes pour faciliter l’accouplement. Malgré l'élévation de ses jambes, la grue reste debout ; le mâle saute sur elle, et l’accouplement est aussi prompt que chez le passereau.

» Pour revenir aux quadrupèdes, l’ourse se couche par terre, et elle recoit le mâle tout comme les autres femelles, qui demeurent sur leurs pieds pendant cette action, c’est-à-dire que le dessous du corps du mâle est sur le dos de la femelle, Les hérissons se tiennent droits, le devant du corps de l’un contre le devant du corps de l’autre. Les femelles des animaux vivipares ayant une certaine grandeur, la biche, la vache, par exemple, ne souffrent le cerf et le taureau que rarement, à cause de la roideur de la verge. Elles ne reçoivent la liqueur prolifique qu’en cherchant à se soustraire aux eflorts du mâle : on en a fait l’expéricnce sur des cerfs privés. Le loup s’accouple comme le chien. Les Chats ne s’accouplent pas à reculons, mais le mâle se dresse et la femelle se place sous lui. La chatte est naturellement ardente ; elle excite: le mâle à la satisfaire ; elle crie pendant l’accouplement

166 Liv. IE DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANXS.

(le pénis du mâle disposé en croissant et comme hérissé d’épines la blesse). Dans Paccouplement du Chameau, la femelle fléchitles jambes de derrière, le mâle la couvre , et les croupes ne sont pas opposées : la situation du mâle est telle que dans les autres quadrupèdes. Ils demeurent dans cet état des jours entiers, mais ils se retirent alors dans les lieux écartés où ils ne se laissent approcher que du pâtre. La verge du chameau est si nerveuse, quon entire des hélas pour les arcs. Les tons ne s’accouplent non plus que dans les lieux solitaires ? ils choisissent le voisinage des rivières et les lieux où ils ont coutume de se retirer. La femelle s'abaisse et écarte les jambes, tandis que le mâle monte sur elle. L’accouplement des Phoques est le nême ae celui des animaux dont le canal urinaire est en arrière 3; 1ls restent attachés long-temps croupe

croupe comme les chiens.

» ...... L'union des serpens est si intime durant V Le cipiiient .qu ‘ils semblent ne plus for mér qu'un corps et un seul serpent à deux têtes. Les Lézards aussi s’entrelacent. L'accouplement de tous les Poissons, si l’on excepte les Sélaques, dont le corps est large, consiste à se glisser le ventre l’an contre l’autre. Les stlaques larges et qui ont une queue, la raie, par exemple, et autres de ce genre, ne se glissent pas seulement ainsi l’un contre l’autre : le mâle applique son ventre sur le dos de la femelle, à moins que l'épaisseur de la queue n’y mette obstacle. Ceux qui ont la queue fort grosse, tels que la lime, ne font que se frotter le ventre l’un contre l’autre. On prétend avoir vu des séliques liés l’un à l’autre comme des chiens. Dans toute la classe des sélaques, la femelle

CHAP, XX. REMARQUES D’ARISTOTE. 165 est plus grosse que le mâle : il en est assez généralement de mème de tous les poissons. La dénomination de Sélaques comprend les chiens marins , là torpille , la raie , ete. Leur accouplement a été plus facile à observer : on a pu voir qu'il se faisait de la manière que je viens de décrire , par£e qu'en général les animaux vivipares demeurent plus long-temps accouplés que les animaux ovipares. Le dauphin ét tous les Cétacés s’accouplent de même ; le mâle se frotte contre la femelle. La durée de cet accouplement n'est ni fort: longue ni fortæourte. Il y a des sélaques chez lesquels on reconnaît le mâle à deux appendices qui lui pendent auprès de Forilice par lequel sortent les excrémens , appendices que les femelles n’ont point. Il est aisé d'étudier ces appendices dans les chiens de mer, car tous les ont.

» .... [l est difficile de bien voir la manière dont s'accouplent les Poissons ovipares, et c’est ce qui a fait. croire à plusieurs personnes que les femelles des pois-. sons se fécondaient en avalant la liqueur que jette le mâle. I] faut convenir d’un fait dont on est assez souvent témoin : lorsque le temps de l’accouplement est: venu, la femelle suit le mâle, elle avale la liqueur qu'il jette , et en lui frappant sous le ventre avec la bouche elle. rend la sortie de cette liqueur plus prompte et plus abondante ; mais après le fraë, les mâles suivent les femelles à leur tour et avalent leurs œufs : les poissons ne naissent que de ce qui échappe à cette voracité. De ]à est venu, surles côtes de Phénicie, l’idée de se servir réciproquement des mâles et des femelles de quelques poissons pour les prendre les uns et les autres. On présente auxmuges femelles des muges mâles; elles se rassemblent:

autour d'eux et les pêcheurs les enferment. On fait de même pour les muges mâles à l'égard des muges femelles. Ces observations souvent répétées ont fait naître sur la fécondation des poissons le système que J'ai exposé ; mais on aurait dû remarquer qu'il n’y a rien là de particulier aux poissons. Les quadrupèdes mâles et femelles distillent dans la saison de leurs amours quelque chose de liquide; ils se flairent l’un l’autre les parties génitales ; il y a plus, c’est assez pour rendre une perdrix féconde qu’elle se trouve sous le vent, plus bus que le mâle (comme les palmiers !); souvent même il a suffi qu’elle eût entendu le chant du mâle dans un temps où elle était disposée à concevoir , ou que le mie eût passé en volant au-dessus d’elle, et qu’elle eût respiré l’odeur qu'il exhalait (vieille erreur). Ces oiseaux, mâles comme femelles, tiennent le bec ouvert et la langue hors du bec pendant l’accouplement. Dans l'exacte vérité, les poissons se séparent presque aussilôt qu'ils se sont approchés , et on les voit rarement réunis; mais j'ai rendu compte à cet égard des faits que l’on a vus.

» :,.... Les sèches et les calmars nagent unis ensemble pendant l’accouplement, bouche contre bouche , bras contre bras. Le mouvement commun se fait par rapport à chacun d’eux dans des sens opposés : la trompe de l’un est ajustée à celle de l’autre, et nageant ainsi accouplés, si l’un va en avant, l’autre va en arrière.

» Les Crustacés, tels que les langoustes, les écrevisses, les squilles et autres semblables, s’accouplent comme ceux des quadrupèdes qui jettent leur urine en arrière : l’un des deux relève sa queue et en pré-

CilAP, XX. REMARQUES D ARISIOTE. 109 sente le dessous ; l’autre y applique la sienne. La saison de cet accouplement est quand le printemps commence à paraître. On voit dès-lors ces difflérens animaux s’accoupler ? quelques-uns s’accouplent encore lorsque les figues commencent à mürir. L’accouplement des écrevisses et des squilles n’a rien de

différent ; mais les cancres s'unissent par leurs parties

antéricures, en ajustant les unes sur les autres les tablettes écailleuses qui les enveloppent. Le plus petit des deux (le mâle ) monte le premier sur l’autre par derrière , et alors le plus grand se retourne sur le côté. On n’aperçoit ici d'autre différence entre les deux sexes , si ce n’est que la femelle a l'écaille plus grande , plus détachée du corps et plus velue à la partie où elle dépose ses œufs et par laquelle elle se décharge de ses excrémens. Leur accouplement n’est accompagné de l’intromission d'aucun membre.

» On vient de voir, poursuit Aristoté, comment les animaux s’accouplent : il faut ajouter que leur accouplement a dans chaque espèce un âge et des sai-

sons marquées. Le temps que la nature a indiqué à

la plupart pour se reproduire est celui où l'hiver fait place à l'été , je veux dire le printemps. Dans cette saison , la plupart des animaux qui habitent l'air, la terre et les eaux, sont pressés du besoin de s'unir ; cependant quelques espèces d'animaux aîlés et d’animaux aquatiques s’accouplent et mettent bas en automne et en hiver. L'homme à cet égard est plus indépendant des saisons qu'aucun autre animal. Plusieurs des animaux qui, vivant avec lui, jouissent d'une température d'air plus chaude et d’une nourriture plus abondante, en sont moins dépendans aussi,

170 LIY. If. DR LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS. pourvu que d’ailleurs lé temps de leur gestation ne soit pas trop long. Le porc, le chien, et les oiseaux dont la ponte se répète souvent en sont la preuve: Beaucoup d'animaux semblent” songer d'avance aux besoins de leurs petits , car ils s’accouplent précisément dans le temps le plus favorable pour qu’en naissant leurs petits trouvent leur nourriture. Dans l'espèce humaine , on remarque que l’homme a plus d’ardeur en hiver, la femme en été (1). »

Voilà ce que dit Aristote, et il faut convenir qu'it resie peu de choses à y ajouter. Nous avons eu soin de souligner quelques détails dont l'inexactitude est connue de nos jours. Chaque siècle a ses préjugés , ses crreurs, et il ne suflit pas toujours d’avoir du génie pour savoir les apprécier et les combattre. Par exemple, cette idée émise par Aristote, que les lions saccouplent à rebours, est un vieux préjugé qui s'est étendu à plusieurs animaux sauvages. Si l’espèce du chien ne nous était pas aussi familière, nous dirions même chose à son égard ; mais cette erreur était impossible au sujet d’un animal qui accompagne l’homme entouslicux. Il faut remarquer que l’accouplement des animaux est presque toujours plus long dans ceux qui manquent de vésicules séminales : le sperme n'ayant chez eux aucun réservoir, son émission est plus lente, et Ja nature a conformé la verge de manière à en rendre le retour difficile avant son entier relàächement. Voilà ce qui a lieu pour le chien, qui a le pénis lerminé par un gros gland en bourreiet.

En général les deux sexes sont proportionnés et à-

(1) Aristote, liv. v.

GAP. XX. REMARQUES D ARISTOTE. 151 peu-près en même nombre chez lous les animaux. Si l’on a cru né trouver que des femelles dans certaines espèces, cela vient de ce qu'il s'agissait d’hermaphrodites, dans lesquels effectivement les organes mâles sont d'ordinaire les moins apparens. Il faut toutefois excepter les abeïlles , parmi lesquelles il n’y a que quelques femelles pour plusieurs centaincs de mâles et des milliers de neutres. Les sexes sont de même en proportion égale dans les plañtes : à la vérité les plantes hermaphrodites ont plus d'étamines que de pistils; mais dans les végétaux monoïques ct dioiques on ne remarque pas qu'il y ait de disproportion manifeste entre les fleurs mâles et les fleurs femelles. Il faut convenir qu’on observe quelquefois cette inégalité pour plusieurs animaux, soit seulément pou certains individus isolés, soit même pour certaines familles cantonnées dans quelques pays. 1l y a des individus qui ne produisent que des mâles, d'autres qui engendrent presque uniquement des femelles : cela est vrai en particulier pour l'espèce humaine. En général, le nombre des mâles prédomine chez tous les peuples, de sorte que les millions d'hommes massacrés par les armes ont peu d'effet sur les populations futures. On a cru qu'il y avait des pays où l’autre sexe était en majorité, et c'est la plus forte raison que Montesquieu ait alléguée pour expliquer la polygamie de beaucoup de peuples d'Orient ; mais la chose est Join d’être certaine : si vraiment le nombre des femmes prédominait dans un pays où l’homme les asservit par volnpté , je regarderais cet excédent d'un sexe sur Pautre non comme Ja cause naturelle de Fa pelygainie ,; mais comme l'effet de l’excès des jouissances

172 LiIV. Ii. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS,

énervant les hommes. On pense également que dans les capitales il y a plus d’enfans femelles que d’enfans mâles, et que toutes les circonstances favorables à la: production des enfans naturels font prédominer le nombre des femmes. Îl paraît du moins prouvé que les peuples actuels de l'Irlande comptent beaucoup plus de femmes que d'hommes, et cela même accroît la population de ce malheureux pays. Est-ce l'effet de l'oppression et de la misère? et sérait-ce un signe de décadence ?

Nous dirons dans l’un des chapitres suivans à quels signes On a prétendu connaître le sexe des fœtus pendant la gestation même. On a fait plus, on a dit qu’on pouvait à volonté procréer un sexe plutôt que l’autre. Voici de quelle manière. On a supposé que les fœtus mâles avaient leur source dans les ovaires droits des femelles, ou, selon d’autres systèmes, dans le testicule droit des mâles, ou à-la-fois dans les deux organes; les organes gauches ont été assignés à l’autre sexe. Or, il suffirait, dans une pareille hypothèse, que les organes d’un côté fussent extirpés, comprimés ou sensiblement altérés, pour que la progéniture füt d'un même sexe ; et l’on pourrait ainsi prévoir lequel. Otez, a-t-on dit, le testicule droit, ou comprimezen le cordon ; ôtez pareillement l'ovaire droit de la femelle , ou comprimez, oblitérez la trompe droite, ou au moins que la femelle soit inclinée à gauche durant le coït et la conception, et toujours l'animal ainsi procréé sera du sexe femelle; du sexe mâle, au contraire , dans les circonstances opposées. Je répète, je répète avec insistance, que cela n’est qu'un systèmes, mais ce système, tout bizarre qu'il est, Lout inexact

CHAP. XXI. LIMITES DES ESPÈCES. 155 que le montre l'observation désintéressée des faits, on lui connaît encore des partisans, sinon des défenseurs. L'auteur de cette hypothèse aurait dû dire de quel sexe devrait être l'animal dont le père n'aurait que le testicule d'un côté, et la mère, le seul ovaire du côté opposé. D'ailleurs les oiseaux n’ont point d'ovaire droit.

On a cru aussi pouvoir pressenlir le sexe des oiseaux à la forme des œufs qui en renferment le premier germe : mais on s'est assuré que les mâles naissent, non pas des œufs les plus arrondis, comme on l'avait prétendu, mais des plus volumineux; ou plutôt voici quel résultat on a obtenu. On a pesé comparativement des œufs de différentes formes en nombre égal , mais d'une forme semblable, pour chaque lot, pour chaque couvée;et l’on a vu qu'il naissait plus de mâles de ceux qui avaient été trouvés les plus gros et les plus pesans.

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