CHAPITRE XXI
Limites des Espèces. Adultérisme. Bâtards. Métis. Mulets.
On reconnait que deux êtres sont d'espèce Gifférente en ce qu'ils ne peuvent engendrer ensemble, encore qu'ils soient de sexes différens et féconds l’un et l’autre. Nous avons déjà dit la raison finale de cet isolement des espèces; nous allons maintenant en chercher les causes physiques. D'abord le pollen et le sperme d'une espèce ne jouit de la propriété fecondante que dans les limites de cette espèce-: nous ignorons la cause de cette particularilé , mais nous avons cité les faits qui la constatent. Ensuite chaque
174 LiV. II. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS.
plante a son temps de floraisou et de maturité, chaque animal son époque de rut et d’accouplement, sa durée d'incubation ou de gestation; et l’on concoit que deux êtres d'espèce différente ne pourraient engendrer ensemble qu'autant que toutes ces choses seraient dans une parfaite concordance dans les deux espèces. Ajoutons à cela que les animaux n'ont de propension à s'accoupler qu'avec des êtres de leur sorte : jamais, dans l’état de nature, on ne voit les animaux d'espèces différentes s’entrechercher ni s'unir ; d’ailleurs les organes génitaux sont quelquefois trop discordans pour permellre ces conjonctions adultérines. S'il arrivait qu'on ne pût distinguer entr'elles deux espèces d'une apparence semblable en toutes choses, on n'aurait qu’à allendre l’époque de la reproduction, etlon verrait l'amour ctablir ces démarcations douteuses. C'est qu'en effet le mème instinct qui rassemble en famille les animaux analogues, sépare par la même raison les animaux différens.
Cependant on est parvenu à apparier des êtres qui naturellement ne produisent jamais ensemble. On a fécondé les pistils d’une plante avec le pollen provenant d'une plante d’une autre espèce, dans le cas toutefois où ces espèces n'étaient pas trop diflérentes : on est parvenu à faire accoupler ensemble la louve et le. chien, le lapin et le lièvre, l'ânesse étle cheval, le bouc et la brebis, le faisan et la poule, le serin et le chardonneret, le moineau et le bouvreuil,vetc. Les animaux nés de ces unions adultérines réssemblaient aux deux parens également, ou quelquefois davantage à l’un des deux, mais ils étaient inféconds , eux ou leur progéniture. Si ces animaux mélis ou mulets s’accouplent , c’est d'ordinaire sans résultat :