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nables du jeune animal : toutefois cet embryon n’est bien évident ( je parle surtout de celui de l'espèce srenouille } que vers le cinquième ou le sixième jour. Il paraît alors sous la forme de têtard : il est composé d’une grosse tête arrondie ou plutôt ovoide, et d’une queue assez allongée. Ce jeune animal finit par sortir de l’œuf en rompant les membranes qui le retiennent ou l’enveloppent. La bouche de ce têtard est placée en dessous, vers le milieu de la grosse tête , ce qui oblige l’animal à se renverser Sur le dos toutes les fois qu'il a besoin de prendre ou de rejeter quelque chose par la bouche. Quinze jours environ après la sortie de l'embryon, on voit paraître ses deux yeux vers le milieu de la tête ; en même temps les pattes de derrière commencent à se montrer. Vers le trentième jour, les pattes de devant naissent à leur tour, et alors celles de derrière sont déjà achevées. Les branchies des têtards datent des premiers temps de son existence, et elles se développent de plus en plus dans la mesure de tout le corps. Enfin, au bout d’environ quatre-vingt-dix jours, le têtard se dépouille de sa peau, de ses branchies , etc. , et l’on voit alors de vraies grenouilles à la place de ces premiers êtres si mal proportionnés et si difformes. La queue seule persiste encore quelque temps, à cause de sa solidité ; mais bientôt elle disparaît entièrement.
On ne sait pas encore très-bien quels changemens éprouve le système vasculaire du têtard au moment de sa métamorphose (1) ;ily a même plusieurs autres
(1) L'Institut de France a mis trois années de suite celte question au concours et toujours sans résultat,
2-0 LI. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. points d'organogénésie qui ne sont pas non plus parfaitement éclaircis; mais voilà ce qui arrive pour le système nerveux.
D'abord, nous devons dire que les premiers linéamens de ce système sont assez difficiles à apercevoir à raison du foud rembruni de l’œuf lui-même, car on sait que la substance de la moelle épinière est d’une teinte à-peu-près semblable. Cependant, vers Île dixième jour on aperçoit la vésicule des tubercules quadrijumeaux : ce n'est qu'au bout d’une quinzaine de jours qu'on commence à voir les premiers rudimens de la moelle épinière et du cerveau proprement dit. Une chose remarquable, c’est que , contrairement à cette manifestation tardive de la moelle épinière, on voit se mouvoir les têtards dès le cinquième ou sixième jour de leur existence dans l’œuf. Or , il faut bien que dans un animal de l’ordre des vertébrés, il y ait quelque organe nerveux qui préside à ces mouvemens; et en eflet, on a trouvé avant toute apparition de la moelle , les nerfs latéraux qu’on suppose émaner d'elle; et ce qui est fort curieux, ces nerfs avaient déjà des ganglions à celle de leurs extrémités qui avoisine le canal vertébral (1). Cela dut faire douter de l'origine centrale qu'on attribaait à ces nerfs, cela dut faire réfléchir sur le mode suivant lequel se développent les organes ; et nous verrons qu'effectivement ce fait d'organisation se lie à une loi générale absolument ignorée des anciens anatomistes. Les tubercules quadrijumeaux sont donc les pre-
(1) Voyez le bel ouvrage sur l'Anatomie comparée du Cerveau. Paris, Gabon. ’
CHAP. II. REPTILES ET POISSONS. 271 mières parties apparentes du système nerveux des reptiles batraciens : cette partie cst également la plus évidente dans les premiers temps du poulet ; on peut même remarquer qu'il y a analogie,sous ce rapport entre le poulet de quarante heures d’incubation et le têtard de douze à quatorze jours. Ce développement des lobes optiques est d’ailleurs dans un accord assez parfait avec la prompte apparition des yeux des embryons de ces classes d'animaux. On remarque aussi que les cordons originairement divisés de la moelle épinière commencent à se réunir vers le dixhuitième jour de la vie du têtard. Vers la même époque , les tubercules quadrijumeaux offrent une rainure à leur centre, ce qui les rend dignes alors seulement de ce nom de quadrijumeaux; car, avant et après celte époque, ces éminences sont doubles, mais non quadruples. Quant au cervelet, ses premiers rudimens n'apparaissent que vers le vingt-quatrième our sous la forme de deux lames latérales aplalies. J'observe, en passant, que la formation tardive de cet organe semblerait annoncer qu'il n'exerce pas d'action bien importante relativement à la vie ellemême. Ces deux lames du cervelet restent séparées durant plusieurs jours, ensuile elles se réunissent sur la ligne médiane. LES
Plus tard , vers le soixante-dixième jour, la portion de moeile épinière renfermée dans la queue diminue , puis disparaît ; cette atrophie s'arrête au renflement inférieur de la moelle épinière, lequel par cela même devient plus gros, à raison de la plus grande quantité de sang dont il est imprégné. C'est vers le trentième jour que les différentes parties du
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cerveau ont la structure êt l’ensemble qu’elles auront toute la vie, mais elles n’ont pas encore tout leur accroissement : le système nerveux du têtard offre à-peu-près l'équivalent de ce qu’on voit dans les poulets de sept jours d’incubation. Il est remarquable que le cerveletne fasse presque aucun progrès depuis le vingt-huitième jusqu’au cinquante-cinquième jour. Il demeure au reste toujours très-petit; seulement il éprouve , à partir de cette dernière époque, un léger prolongement pointu en arrière. Il ne faut donc pas s'étonner de l'erreur que quelques personnes ont commise, dé croi » que les reptiles batraciens étaient absolument dépourvus de cervelet; tous ces reptiles ont cet organe, mais la Ho l'ont d’un volume extrêmement exigu.
À l'égard des poissons, nous avons dit, en parlant de leur mode de reproduction {Chap. IX du livre IP), à peu-près tout ce que l'on sait sur l'accroissement progressif de leurs organes. Nous allons ajouter ici quelques détails touchant leur système. nerveux ; nous parlerens plus loin de leur squelette.
La masse cérébralé des poissons déjà accrus offre des formes et un volume analogues à ce qu’on voit dans les embryons très-jeunes des reptiles, des oiseaux et des mammifères : ce qui n’est qu'une ébauche imparfaite dans les êtres de ces dernières classes, forme l’état normal dans les poissons; l’âge adulte chez eux est l'enfance des autres. Leur cervelet est d’une petitésse excessive ; il reste en outre toujours divisé en deux parties dans certains poissons de Fordre des cartilagineux : leurs lobes optiques sont placés à la surface du cerveau, comme dans l'embryon des
CHAP. li. REPTILES ET POISSONS. 273 oiseaux , etc. ; mais, en outre , ils ne sont qu’au nombre de deux; de plus, ils sont creux et restent toujourstels, encorecomme danslesembryonsdes autres classes. Et la preuve que malgré la différence de leur aspectet de leur volume dans les diverses classes d’animaux, la preuve, dis-je, que ce sont des organes de même nature, c’est l’insertion des nerfs qui la fournit. On retrouve aussi, dans le cerveau des poissons, l’analogue des lobes antérieurs, mais beaucoup moins volumineux que dans les individus parfaits des autres classes des vertébrés. D'ailleurs on en voit provenir le nerf olfacuf, ce qui détruit toute incertitude dans la détermination de ces organes.
Outre le cervelet ; outre les tubercules quadrijumeaux , qui ne sont ici que bijumeaux dans tous les temps; enfin, outre les lobes cérébraux, d’où l’on voit sortir les nerfs olfacuifs, il y a de plus dansle cervelet des poissons une quatrième paire de lobes, que M. Serres, entr’autres anatomistes, regarde comme l'équivalent descorpsopuques; c’est-à-dire, qu'aulieu d’être enfoncés dansla substance des lobescérébraux, comme chez les mammifères, ces corps sont détachés, isolés du reste, et forment des lobes indépendans. On fonde cette détermination presque uniquement d’après la situation de la glande pinéale : il devait en effet paraître fort extraordinaire que les lobes destinés à l’olfaction eussent un volume si énorme , précisément chez des êtres qui vivent dans un milieu où les odeurs ne sont pas transmissibles. J'ajoute , toutefois, que de forts habiles anatomistes w’ont pu trouver la glande pinéale dans beaucoup de poissons, ce qui doit nuire à Fimpor-
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tance qu'on lui accorde comme organe régulateur : cela soit dit, au reste , sans aucune idée de défaveur relativement à l'ouvrage de M. Serres, qui est à mes Jeux, aussi bien que l’ouvrage de M. Geoffroy St.- Hilaire, l’un des traités les plus estimables de l’époque où nous vivons.