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CHAPITRE IIL

Accroissemens progressifs de l’'Embryon de l'Homme et des Mammifères.

11 ne faut pas s'attendre à trouver, sur l’accroissement des mammifères, autant d’exactitude et de précision que nous en avons mis en faisant l’histoire de l'embryon des oiseaux : tant de détails seraient ici mensongers. Il n’est pas possible d’observer heure par heure, ni même jour par jour, les progrès de la gestation des vivipares, comme on le fait pour l’incubation des ovipares; outre que les faits de ce genre, comparés d’un mammifère à l’autre, wont pas des circonstances entièrement semblables, comme ils en ont pour la classe des oiseaux. D'ailleurs, quel a été le mammifère le plus observé sous ce rapport? Il est certain que c’estl’homme; et précisément son incontinence ordinaire, les raisons moraies de décence et de pudeur, qui lui prescrivent des réticences ou des mensonges touchant les actes par lesquels 1l se procrée, cette noble retenue de l’homme et ce respect de lui-même, qui le portent à garder un profond

CHAP. III. LMBRYON DE L'HOMME, ETC. 275 mystère sur ses voluptés; ce sont là les motifs qui empêchent presque toujours d'assigner une époque précise à la fécondation dans nôtre espèce, et de Jà vient l'incertitude des observations dont l’accroissement progressif du fœtus a été l'objet. Souvent doné on s’est trompé d'époque; et d'ailleurs, l’inflaence du climat, la saison de l’année, l’âge, état si changeant de la santé , les maladies, les passions, toutes ces choses et beaucoup d’autres exercent un grand empire sur l’accroissement du nouvel être.

Convaincu donc de la réalité de toutes ces causes d'erreur, nous ne ferons d’abord aucun système ; nous omettrons les observations contradictoires de beaucoup d'auteurs; nous choisirons parmi elles, pour les joindre à ce que nous avons vu nous-mêmes, les faits les mieux avérés; et, sans d’abord nous inquiéter de leur enchaînement ou de leur théorie commune , peut-être verrons-nous plus tard vers quels principes ils conduisent (1).

Nous disons que l’époque précise de la première apparition du fœtus n’est pas très-bien connue. Haller n’a pu trouver d'embryon dans l’ovule de la brebis avant le dix-neuvième jour ; Harvey n’a rien vu de plus précoce dans les biches; mais Home a constaté les premiers | rudimens d’un embryon dans un œuf humain de huit jours. Il est vrai que notre espèce est celle où les observations de cette nature ont le moins de précision : il est sûr, d’ailleurs, que les préjugés ou les systèmes dont chaque auteur est préoccupé, exercent , même à

(1) Voyez Harvey, Haller, Wolff, Bichat , Meckel, Pander , Chaussier, Tiedemann, Béclard, Serres, Okeh, Baudelocque, cte.

256 Liv. LI. DE L'AGGROISSEMENT DES CORPS VIVANS. son insu, beaucoup d'influence sur les faits qu’il observe et quil raconte, Sans donc attacher trop d’importance à ce qui concerne les premiers temps de l'embryon des mammiféres, voici les documens qui paraissent les plus avérés. Je répète que nous parle- rons principalement du fœtus humain dans l’ensemble de ce chapitre.

À sa première apparition dans l’espèce d'œuf qui le renferme, l'embryon n'offre aucun organe , aucune partie distincte. La petite masse qu'on aperçoit pour la première fois vers le vingtième jour, paraît homogène en toutes ses parties. C’est comme un ver à l’état muqueux, sans aucune ouverture visible, ayant trois à quatre lignes d'étendue, et privé de mouvement. On ne peut pas encore juger si ce petit embryon tient à l’œuf, s’il correspond particulièrement à un point précis de ses membranes, ou si cette masse informe et presque imperceptible naît tout simplement au sein de l’amnios, sans connexion avec les enveloppes de ce liquide. Toujours est-il qu'il n’y a rien encore d'appréciable , rien qui indique une tête, des yeux où des membres. À ce premier âge, tout est blanc , tout est fluide , tout paraît homogène et non organisé; et dès que: les organes paraissent, tout est d'abord symétrique. Haller a trouvé l'œuf de la brebis adhérent à la matrice dès le vingt-deuxième jour de la gestation.

L'homme est, de tous les animaux , celui qui a les progrès les plus rapides dans ses premiers commencemens. L’embryon de trente jours a la grosseur d’une fourmi ; il est long d'environ six lignes , il pèse une vingtaine de grains. La tête, qui était d'abord

CHAP. III. EMBRYON DE L'HONME , ETC. 277 représentée par une simple saillie séparée du reste par une sorte d'échancrure, devient alors évidente. I n’y avait d’abord aucun vestige de membres ; mais alors apparaissent les bourgeons d'origine des supérieurs; les autres viennent plus tard. Les yeux sont représentés par deux points noirs, au-devant desquels on voit les premiers vestiges des paupières, alors transparentes. Les oreilles ne sont encore que deux pores déliés mais évidens, sans accompagnement mucilagineux d'aucune espèce. La bouche n'offre alors qu'une étroite ouverture béante, ouverture horizontale et sans lèvres. On ne voit pas encore de placenta ; mais déjà la vésicule ombilicale et de très-petits vaisseaux omphalo-mésentériques, déjà l’aorte , et le canal ar tériel allant de artère pulmonaire à l'aorte, sont évidens ; aussi bien que le canal originaire du cœur, et l'œsophage. On remarque, dès cette époque, un point d’ossilication à la clavicule et à la mâchoire inférieure , parties destinées à entrer en action simultanément et dans un but pareil. Les côtes existent, mais à l’état cartilagineux. Le cerveau et la moelle épinière n'apparaissent encore que sous la forme d’un liquide grisâtre; et pourtant [es nerfs latéraux du tronc et de la tête sont déjà appréciables. Le contact de quelques gouttes d’alcohol avec le fluide de la moelle épinière, y rend dès-lors évidente la:substance médullaire dont se composeront plus tard ses cordons latéraux, mais seulement à la surface du liquide.

À quarante jours, l'œuf humain offre à-peu-près le même volume que celui de la poule , et alors le petit embryon a la grosseur d’une mouche à miel : c’est de

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même alors que le placenta commence à devenir visible. On dit que les embryons femelles sont plus. ents à s'accroître, et que les accouchemens tardifs sont ordinairement pour les enfans de ce sexe, Aristote observe à ce sujet que c’est le contraire après la naissance ; c'est-à-dire que les filles se développent plus rapidement que les garçons, grandissent et vieillissent plus vite. Du quaranlième au soixantième jour, on aperçoit. les divers compartimens des membres, le bras, l’avant-bras et la main ; les choses sont pareilles pour les autresmembres : alors commencent à s’ossifier la plupart des carlilages devant plus tard composer des os. À cette époque le cordon ombilical a beaucoup de volume ; il égale le fœtus, si même il ne le surpasse ; et dès que ce cordon est visible, une portion de lexbryon courbé en devant, et conformé comme une sorte de queue, le dépasse inférieurement.

Au deuxième mois et durant son cours, la longueur de l'embryon est au moins de deux pouces; les oreilles et le nez sont fermés par des membranes. La tête est alors très-grosse à proportion du reste du corps, elle forme à elle seule presque moitié de tout l'embryon : mais la face est pour bien peu de chose dans ce volume. Le tronc est courbé en devant à ses deux extrémités, et le menton appuie sur la poitrine. Jusqu'à la fin du deuxième mois le cou très-gros ne se distingue pas du reste; cette sorte d’isthme est aussi large que les deux régions qu'elle unit; et cette circonstance fait ressembler l'embryon de cet âge au corps accompli et permanent des poissons. À lamême époque, les membres inférieurs dépassent sensiblement l’espèce de queue formée par le coccix ; Les le-

CHAP. III. EMBRYON DE E HOMME, EIC. 279 vres apparaissent , il y a des alvéoles évidentes aux màchoires, du méconium blanchôtre dans l'estomac, et l'on voit déjà une espèce de peau recouvrirtout le corps; mais cette peau n’a pas encore de fibres manifestes. Les membres supérieurs sont alors très-rapprochés de la tête ; les autres sont à l'extrémité du tronc, et cela donne à l’embryon une assez grande ressemblance avec ce qu'on voit dans les phoques. La. main et le pied sont appréciables environ une semaine avant les bras et les cuisses. Les doigts ne deviennent bien distincts que lorsque le reste du membre est formé : car jusques-là ils restent liés entr'eux par des membranes qui n’en forment qu’une masse : unique , et ce n’est qu'après le deuxième mois que ces liens membraneux disparaissent, en commençant par l'extrémité des doigts. Les membres supérieurs, nés les preæiers, restent long-temps les plas longs; ce n’est guère qu'à quatre mois et demi de gestation que les memibres deviennent égaux, encore faut-il comprendre la longueur du pied dans cette évaluation de l'étendue totale. Au troisième mois, vers la onzième semaine, les paupières sont closes; et comme celles sont Opaques , elles cachent les yeux absolument ; de sorte que l'œil de l'embryon est beaucoup plus facile à voir vers le deuxième mois qu’au troisième. Alors les parties cartilagineuses dont se compose la conque de l'oreille commentent à paraître : celte origine date mème quelquefois du mois précédent ; mais l’achèvement de la conque n’est parfait que dans le quatrième. Le fœtus à cette époque a près de six pouces; Ja tête est fort saillante, la membrane pupillaire est déjà bien formée , facile.à trouver, et la matière cé-

280 LIV. II DE L'ACCROISSEMENT BES CORPS VIVANS. rébrale n’est plus entièrement fluide. Le placenta est très-bien formé, mais la vésicule embilieale n’existe. déjà plus; il n’y a encore, dans le cours du troisième mois, ni duvet à la peau, ni ongles aux doigts, ni sinus dans les os de Ja face, ni occlusion des lèvres. Le fœtus alors a son point médian bien audessus de l’ombilic; mais à mesure qu’il avance en âge-et qu'il s'accroît, la moitié de l'étendue de tout son corps se rapproche de plus en plus de l'insertion du cordon ; de sorte que lombilic, qui était tout près de la partie inférieure du fœtus danskes premiers mois, indique le milieu de ce corps dans un' fœtus à terme. Les organes génitaux externes paraissent déjà vers la, quinzième semaine. |

Le quatrième mois, les bourses sont vides, maïs. déjà évidentes ; le clitoris et le pénis, selon le sexe, sont manifestes : le clitoris est quelquefois tellement saillant, que cela peut donner lieu à des méprises touchant le sexe du fœtus. Dans le cours de ce mois, la vulve devicnt évidente ; Les lèvres de la bouche, plus accrues, s'unissent; les fontanelles sont très-larges; le foie a un volume proporticnnellement excessif, et les reins sont composés de quinze à dix-huit lobes distincts. On remarque que le fœtus prend. subitement plus de volume à l’époque où la vésicule ombilicale disparaît , probablement par la même raison que le ventre de l'oiseau s’amincit’le jour où l’allantoide en sort.

Au cinquième mois, les cheveux et les ongles apparaissent , le sternum commence à s’ossifier, le méconium gagne l'intestin grêle, le colon prend des bosselures ; et les testicules sont placés au-dessous,

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mais près des reins. Dans le cours du sixième mois, Ja longueur du fœtus est d'environ douze pouces ; c'est seulement alors que la peau prend un aspect fibreux, qu'elle devient rosée et se recouvre d’une sorte de duvet, et que les ongles sont assez solides pour devenir appréciables. La bile est encore séreuse, incolore , insipide, c'est-à-dire qu ‘elle n’a aucune des qualités qui la caractérisent «hs tard. Le méconium parvient à cette époque jusqu’ au cœcum , et les reins ont pour la première fois autour d'euxce qu'on nomme: leur substance corticale. Le mois suivant, vers sa fin, les paupières deviennent libres ; la membrane pupillaire se déchire et laisse ainsi là prunelle de l'œil ouverte ; les testicules descendent peu-à-peu vers les bourses: c’est aussi pour la première fois qu’on trouve des valvules conniventes dans lès petits intestins. À huit mois, la peau commence à se recouvrir d’un enduit comme suiffeux; le cerveau, jusqu'alors lisse à sa surface , offre enfin des sillons et des éminences; les testicules occupent le scrotum.

À neuf mois, terme de la gestation, le fœtus a ordinairement dix-huit pouces de long, et il pèse environ six livres : ses fontanelles sont rétrécies, son ombilic est piacé vers la moitié de sa longueur totale, et les cheveux sont fongs d’environ un pouce. À cette époque , le trou de botal existe encore, les vaisseaux ombilicaux et le canai artériel sont librement perinéables ; le thymus est voluinineux ; te fôie, alors très-gros, a son lobe gauche presque égal au lobe droit : la bilé est amère, et les capsules surrénales sont très-évidentes. C’est à ces différens caractères

qu'on juge si Le fœtus est venu à terme et depuis:

262 LIV. III. DE L'AGCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. quand il est né : la RRSaRTEUr spécifique de ses poumons témoigne s'il a respiré.

Nous avons évité de donner les mesures précises du fœtus à ses diflérens âges, par la raison qu'elles sont sujettes àvarier, surtout pour les premiers mois. Quant à la dernière moitié de la gestation, voici la règle assez exacte qu'on a découverte : le fœtus de quatre mois et demi a presque toujours neuf pouces de long ; ensuite il augmente à-peu-près d’un pouce par chaque quinzaine, de deux pouces par mois; ce qui fait précisément la longueur totale de dix-huit pouces qu'ont la plupart des enfans nés à terme.

Chacun des organes, pris isolément, a de mème ses progrès, ses accroissemens successifs, ses âges, ses révolutions; nous devons aussi exposer l’histoire rapide de ces différens changemens : mais nous ne nous arrêtons à ces détails minutieux que dans le but d'y puiser quelques principes, quelques lois générales. Nous POSE QUE tout ce qui n'est qu'accessoire et sans conséquences,

Le tissu cellulaire , dont 1 ent semble d'abord entièrement formé , n’est dans l’origine qu’une sorte de gelée ; mais peu-à-peu il acquiert de la consistance, 1} ne renferme point de graisse du tout pendant la première moitié de la gestation ; ce n'est que vers l'âge de cinq mois 4 il commence à s’en accumuler sous la peau ; et il n'en existe encore nulle autre part à l'époque de la naissance. Le tissu fibreux commence par être cellulaire ; il en est ainsi des autres tissus à l’époque de leur première origine, Il ny a point d’exceplion pour les cartilages eux-mêmes:

Les os ne sont d’abord que des cartilages. Ceux-ci

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ont une substance homogène , sans cavité ri yaisseaux visibles ; ils sont d’ailleurs demi-transparens : mais à l'époque de leur transformation, ils se pénètrent peuà-peu de vaisseaux progressivement plus colorés, passant du blanc au jaune, du gaune au rouge; et dès-lors le cartilage perd sa transparence , il devient opaque, des sels terreux se déposent dans ses mailles, principalement du phosphate de chaux; enfin, ce n’est plus un cartilage, c'est une malière osseuse. Les os eux-mêmes, une fois dépouillés de leur substance terreuse , se changent en une espèce de cartilage que l’ébullition réduit à l’état de gélatine.

Nous avons dit que la peau, durant les premiers mois, ressemble à un enduit visqueux; elle reste mince , incolore et transparente jusqu’au cinquième mois : alors elle devient rosée surtout à la face, à la paume des mains et à la plante des pieds ; peu-à-peu sa couleur devient plus foncée , sa consistance et son épaisseur plus grandes, Mais du huitième au neuvième mois , elle pâlit sensiblement, et elle ne reste colorée qu'au niveau des plis qu'offre sa surface. Les ongles ne paraissent que vers le cinquième mois, etils n'ont beaucoup de consistance que vers la fin du sixième : c'est alors aussi que la peau se couvre de duvet et que les cheveux commencent à pousser. Un mois après, on voit paraître le vernis graisseux dont la peau du fætus reste partout couverte. On sait aussi que les vaisseaux sanguins précèdentles glandes, que celles-ci sont d’abord composées de pelotons séparés, et que les muscles ne prennent leur couleur propre et leur caractère fibreux que vers le milieu de la gestation : toutefois, ils sc contractent avant ce temps-là. Mais

204 Liv. HI. DE L'ACGROISSEMENT DES CORPS VIVANS. parlons avec plus d’étendue des révolutions qu'éprow. vent les organes essentiels du fœtus.

Cawaz nicesrir. Les intestins sont d’abord ouverts. dans toute leur paroi antérieure : insensiblement les parties se resserrem®, les bords correspondans se rapprochent par une puissance inconnue, et l'intestin. devient un canal partout continu. Tant qu'elle existe, la vésicule ombilicale tient à l'intestin. Ce qu'on a dit des différentes portions isolées dont le conduit digestif serait originairement formé est loin d'être certain ;. seulement, il est digne de remarque que l'intestin. se trouve d’abord entraîné vers la base du cordon. owbilical , vraisemblablement par la vésicule du même. nom , qui lui est adhérente et qui s'élève alors vers. la cavité commune. des membranes fœætales.

L'intestin est d'autant plus court à proportion de. tout le corps que le fœtus est plus jeune ; et c’est en. outre l'intestin grêle qui est le moins développé. Le. conduit intestinal n’a guère, dans l’origine, qu'une longueur égale à tout le corps. C’est vers le sixième mois que le gros et le petit intestin ont entr’eux les rapports qu’ils conservéront toujours ; mais ce n’est qu'à l’époque de la naissance que la masse ‘intestinale et le corps entier sont dans des rapports nécessaires et constans pour toute la vie. L’intestin est proportionnellement plus large chez l'embryon, 1l est de plus égal partout dans le premier âge; ce n'est que vers les derniers mois de la gestation que le gros. intestin mérite son nom , par son ampleur accrue : les bosselures paraissent dès le einquième mois, et les valvules conniventes le septième. La valvule du cœcum est visiblekdès le troisième mois, et le pylore à quatre

CHAP. III. EMBRYON DE L'HOMME , ÉTC. 285 mois et demi. L’estomac a d’abord une position verticale ; ensuite il prend peu-à-peu la situation, transversale qu’on lui voit chez l'adulte : le cæœcum et le grand épiploon sont à-peu-près contemporains ; je veux dire, qu'ils datent l’un et l’autre environ du deuxième mois. |

Cœur ET Vaisssaux sANGuins. Les veines sont apparentes avant le cœur et avant les artères : cette chose est vraie des oiseaux comme des mammifères. On aperçoit les veines du chorion à une époque où les artères sont encore invisibles. En ce qui touche la première origine des vaisseaux de l’œuf et de l'embryon , je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit en parlant de l'œuf des oiseaux : la première source de ces vaisseaux est dans l'ovaire de la mère ; ce sont les vaisseaux ramifiés dans les pellicules de l’ovule qui fournissent le premier sang, vaisseaux de l’œuf et vraisemblablement aussi ceux de l'embryon. Quant aux nouveaux vaisseaux qui naissent des autres , dans les membranes, dans les tissus secondaires, on a femarqué qu'ils offrent trois différentes périodes de développement : d’abord, vésicules isolées, ils paraissent ensuite sous la forme de canaux creusés dans la substance ‘organisée , et finalement ces-cavités acquièrent des parois distinctes, et forment de vrais vaisseaux comme ceux qui proviennent de l'ovaire. Voici, au reste, de quelle manière il faut concevoir le développement successif des vaisseaux : les fines et d'abord imperceptibles ramifications des membranes de l’ovule (détaché de l'ovaire) se dilatentet s’agrandissent par l'influence du fluide séminal , puissance inconnue dans son essence, mais évidente

ainsi que l’origine des

286 LIV. 116 DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. par ses effets ; ces petits vaisseaux , émanés de l'ovaire i deviennent un moyen d'union enire l’ovule détaché et les parois contiguës de la matrice qui le renferme. Alors , le nouveau sang venu de la mère pénètre du tissu de l'utérus dans les membranes du petit œuf ; de là naissent, et la veine ombilicale, qui communique avec la véine-cave et par elle avec le cœur , et les veines omphalo-mésentériques qui vont aboutir à la veine-porte. Toutefois, il faut observer que la veineporte est visible avant les veines-caves, et que le premier de ces vaisseaux existé seul à l’époque où le cœur commence à paraître. Il est fort vraisemblable que les fines ramifications provenant de l'ovaire de la : mère frayent les premières traces, et sont l’origine primitive des vaisseaux de l’embrycn. Ensuite, c’est le cœur qui donne le mouvement au fluide sanguin dont ces différens vaisseaux sont remplis.

Le Cœur de l’homme et des mammifères présente les révolutions que nous avons décrites pour celui des oiseaux : il paraît qu'à leur origine les deux ventri- . cules communiquent ensemble, comme on voit communiquer les deux oreillettes jusqu’à la naissance ; mais la séparation définitive des ventricules est plus hâtive que celle des oreillettes. Le volume du cœur est proportionnellement plus considérable dans l'embryon très-jeune : il remplit d’abord toute la poitrine du nouvel être. Dans le premier âge, le ventricule gäuche existe seul ; plus tard , lorsque le ventricule droit est formé,, le gauche le surpasse en volume ; alors aussi les oreillettes sont plus développées que les ventricules; mais vers le terme de la gestation, les ventricules Pemportent sur les oreil-

CHAP. III. EMBRYON DE L'HOWME, ETC: 287 leties; les vontricules ersuite peu-à-peu s'égalisent, et même le droit surpasse le gauche dès le septième mois de la gestation. L’aorte est le seul cros tronc artériel visible dans l'embryon; elle existe seule jasqu’à Ja septième semaine , et c'est alors que l'artère pulmonaire apparaît pour la première fois s cette artère , alors dépourvue de branches, communique avec l'aorte au moyen d'un canal artériel unique. Les branches que l'artère pulmonaire envoie aux poumons ne sont apparentés qu’au deuxième mois révolu ; et même chacune de ses branches, à l’époque de la naissance , ne fait qu'égaler le volume du canal artériel.

Pouuons. On ne voit paraître les poumons que vers la sixième semaine; ils n'occupent alors que le bas de la poitrine , au-dessous du cœur, lequel leur est bien supérieur pour le volume. Ils sont blancs, ils sont aplatis, très-rapprochés l’un de l’autre, ét leur surface est unie. Bientôt on les voit se diviseren lobes; ces lobes eux-mêmes sont granuleux, et la masse entière en paraît pleine et solide. Ils deviennent rosés vers le quatrième mois; et c’est encore l'aspect qu'ils ont à l’époque de la naissance.

Gzanpes. Le Foie, si volumineux dans le fœtus, devient apparent dès la deuxième semaine : au bout de deux autres semaines il occupe tout l'abdomen, dont il fait même proéminer les parois encore peu résistantes. Il forme alors à lui seul près de la moitié du poids total du fœtus , tandis qu’à la naissante il n’en fait plus qu’à-peu-près le vinglième ; cette diminution du foie commence vers le cent vingtième jour de la gestation. Ses deux lobes, le droit et le gauche, sont

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alors presque égaux. Comme les intestins sont trèspetits à cet âge, la face énorme du foie descend vers les parois de l'abdomen, au lieu de s’adosser au diaphragme comme elle le fait plus tard. A l’époque de la naissance , le foie descend encore jusqu’à l’ombilic : mais il remonte ensuite peu-à-peu, et loin de continuer de s’accroître , on remarque qu'il diminue pendant la première année de l'existence de l'enfant; et cette diminution porte principalement sur le lobe gauche. Cette glande reste presqué à l’état de fluide pendant le premier mois, et ce n'est guère qu'au cinquième qu'elle devient consistante. Sa vésicule apparaît dans le cours du quatrième, mais elle ne se remplit de bile que du septième au huitième mois. La Rate n'est distincte que vers la fin du-deuxième mois. «La Thyroïde, alors proportionnellement plus grosse qu'elle ne l’est chez. l'adulte, est aussi plus molle et plus sanguine. Le Thymus n’est visible que dans le cours du quatrième mois ; il s'accroît ensuite beaucoup jusqu’à la naissance. Après cela, on le voit croître encore durant les deux premières années; et c'est d'ordinaire vers douze ans qu'il disparaît totalement après avoir graduellement diminué. Quant à sa fonction, on l’ignore : peut-être sert-il de refuge au sang à une époque où de poumon, encore sans usage, ne s’en laisse que difficilement pénétrer. Les Mamelles sont très-appréciables dans le fœtus à terme : elles contiennent alors un fluide comme laiteux. Les Capsules surrénales sont déjà distinctes dans le fœtus de deux mois : elles augmentent jusqu'à la Daissance, et après cela elles diminuent insensible-

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