MY. YI , HISTOIRE DU SOMMEIL
Chose singulière! ce sont les organes les plus immatériels, si l’on peut ainsi parler , ce sont les instrumens de l’intelligence et de la volonté qui ont le plus besoin de repos. Ce qui parait le plus infatigable par sa nature, est précisément ce qui a le plus besoin de relâche : ce dont nous croyons la durée éternelle ne peut aller vingtquatre heures sans s’interrompre.
Le besoin de sommeil s’annonce par de la paresse dans les mouvemens , par la langueur de l’attention et de la volonté, par l’engourdissement graduel des sens, par l’abattement des forces et la pesanteur des membres; il survient des bâiilemens, des pandiculations, qui ressemblent aux convulsions de la mort (1). Finalement le corps assoupi, privé de l’accession des muscles, obéit aux lois toujours présentes de la gravitation.
C’est la vue cpii est le premier sens perdu ; car rabaissement de la paupière est le premier phénomène du sommeil : mais il serait difficile de dire lequel des sens est le dernier à s’assoupir. Comme ce genre d epreuve ne peut se faire qu’en nous-mêmes, il est par cela impossible. Ce n’est que par l’attention qu’on observe : or l’attention est aussitôt , est aussi complètement affaiblie cpie
(1) Il faut se souvenir qu’il y a des bâiilemens pareils après la décapitation des animaux , et toutes les fois que l’action du cerveau languit.
ET DES SONGES
les sens : nous ne faisons plus que rêvasser sans suite et sans lumière au moment du sommeil, et jamais nous ne pouvons être instruits de son parfait accomplissement; comment donc nous verrions-nous endormir, puisque le sommeil est la perte de la conscience qui juge? Non, nous n’assistons pas plus au sommeil qu’à la mort, et chaque jour la nature nous enseigne à mourir.
Il y a un phénomène Lien remarquable à l’instant de l’assoupissement : au moment même ou la volonté disparaît, il se fait un tressaillement universel dans les muscles. C’est encore un trait de ressemblance avec la mort et l’évanouissement : il semble que les muscles se séparent avec effort de la puissance qui les tenait enchaînés. Lorsque le corps est calme et sans souffrance, cette convulsion est peu marquée et L'homme endormi lien a nulle conscience, puisqu’elle annonce la perte de toute connaissance. Mais si le corps est fatigué ou mal appuyé, si les jointures ou les muscles sont douloureux, alors ce premier effet du sommeil a pour résultat de le faire cesser dès son début. Voilà d oit vient la difficulté de s’endormir sur un siège, ou durant la goutte et les rhumatismes. La douleur que ramènent les soubresauts est souvent si vive dans ces maladies, que l’on ne parvient à procurer du sommeil que par des doses énormes d’opium ou d’aconit.