‹ Principes de physiologie médicaleChapitre 124 sur 163 · CHAÏ>* III, RÉFLEXIONS SUR LE SANG · texte numérisé non relu

CHAÏ>* III, RÉFLEXIONS SUR LE SANG

lui faudra traverser le cœur et les poumons: mêlée à la masse entière du sang dans ces poumons , le cœur la répartira également entre les différens organes, et l’organe sur lequel elle a pour but d’agir n’en recevra qu’à proportion du calibre de son artère. Voyez par-là combien doit être exquis le tact en vertu duquel une glande, un organe quelconque apprécie et retient à lui les principespropres à le nourrir, et les principes propres a donner matière à ses sécrétions si c’est une glande. Je dis même chose des médicamens dont les effets ne se manifestent qu’en de certains organes : celles de leurs molécules qui parviennent à-la-fois à leur destination sont peu nombreuses, et il faut qu’une affinité bien délicate préside à leur isolement du reste. Mais comme la masse entière du sang repasse environ douze fois par heure à travers les poumons et le cœur, comme chaque partie reçoit de soixante à quatrevingts différentes ondées de sang par minute , il en résulte que peu-à-peu les particules appropriées à chaque organe viennent le trouver et qu’il s’en empare. Voyez les conséquences de cette espèce de filtration successive , et de cette affinité ou de ce choix des organes : cette analyse est nécessairement beaucoup plus fine que les analyses de la chimie, et l’on commet des erreurs quand chaque jour on raisonne d’après

8l8 UV. VII. DU SANG ET DE SES PRODUITS.

ces analyses. De ce que certaines substances ( des poisons, des alimens, des médicamens ou des principes d’humeurs) ne se découvrent pas dans le sang tandis quelles se montrent dans les humeurs mêmes, on en conclut que la matière ( si elle est étrangère) a suivi d’autres voies que celles du sang pour arriver à sa destination ou , s’il s’agit de principes propres aux organes ou à chaque humeur , on dit que ces principes sont formés de toutes pièces par les glandes ou par les organes ; et on fonde de semblables assertions sur ce que le sang n’offre aucun vestige de ce qu’on retrouve en d’assez grandes proportions dans les autres fluides du corps. Mais il est clair qu’on ne découvre pas ces principes dans le sang parce qu’il y sont trop éparpillés; et on les y retrouve moins que jamais quand déjà les organes ou les glandes les en ont séparés. Ainsi se détruisent les raisons par lesquelles on veut prouver que certaines substances vont directement de l’estomac à la vessie ou à d’autres organes ; ainsi se combattent les motifs qui ont fait penser que les principes de l’urine et de la bile ne se rencontrent point naturellement tout formés dans le sang.

Ces considérations concernent autant la chimie que la physiologie ou la médecine. Je disais aussi que cette dispersion de tous les principes par tant de différentes filières ou circule lesang,

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rend les médications plus lentes et moins sûres : il faut ajouter que cela les doit affaiblir par d’autres raisons que voici. On conçoit bien, puisque les poumons ont le pouvoir de rendre similaires des fluides aussi dissemblables que le sont ceux que les veines et les vaisseaux lymphatiques charrient des organes au cœur, on conçoit que les poumons doivent toujours, ainsi que l’estomac, modifier prodigieusement les substances médicamenteuses qui subissent leur contact et leur puissante action. A coup sûr ceux des médicamens qui n’ont pas assez d’énergie pour fomenter de grands changemens dès leur arrivée dans l’estomac , ces substances , dis-je , doivent conserver de bien faibles propriétés après avoir traversé à plusieurs reprises les poumons, les glandes et tous les vaisseaux. Ainsi le médecin se trouve perpétuellement entre deux écueils : les remèdes innocens sont presque toujours vains, et les moyens énergiques ont contre eux des craintes et des dangers. Deux armes sont à notre usage : lune d’elles est a double tranchant; l’inertie et l’inutilité font tout le mérite de l’autre. Toutefois, la prudence ne laisse pas le choix indécis ; car le premier devoir du médecin est de ne jamais nuire.

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