CHAPITRE II
Sources du Sang.
Les clémens du sang proviennent de deux sources différentes : la principale est dans le chyle extrait des alimens ; l’autre source est dans tous les tissus , je veux parler de ces fluides
CHÂF. II, SOURCES DU SANG. Sîi
fort diversifies que les vaisseaux absorbans puisent dans chaque organe et qu’on a nommés lymphe . Le chyle est le résultat de la digestion des alimens , c’est le produit de toutes ces actions variées, dont le conduit intestinal est le théâtre \ nous en parlerons pins loin. Quant à la lymphe, les principes en sont aussi nombreux que les différens solides et fluides du corps : c’est la réunion des vieilles molécules séparées des organes, qui se renouvellent, et de la partie resorbee de chaque humeur : indépendamment de ce que les veines en absorbent isolément, ces fluides divers se mêlent ensemble et se confondent avec le chyle dans Je canal thoracique , lequel les verse dans les poumons par l’intermédiaire des veines sous-clavières. Après cela on ne sait plus ce qu’ils deviennent dans les poumons \ on ne saurait plus apercevoir que le grand changement qu’éprouve le sang dans ces organes. On sait seulement que ce fluide est d’un rouge plus vif, un peu plus chaud, et visiblement homogène a sa sortie des poumons : on n apei çoit plus aucune trace des élémens dissemblables qui l’ont formé.
Ce n est pas vainement qu on a comparé la masse circulante du sang avec l’Océan des mers ; le sang est, en effet , l’aboutissant et le point de départ de tous les fluides du corps, comme
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les mers a 1 égard des eaux de la terre *, c’est de lui que tout part, à lui que tout aboutit : les humeuis dont il a fourni les matériaux, il en reçoit les débris. Ainsi tout naît du sang, les solides et les humeurs : ce fluide vient d’abord du cœur de la mere et du placenta} ensuite des mamelles , puis enfin de 1 estomac : le principe matériel de la vie est par conséquent au cœur. Préparé par 1 estomac et élaboré par les poumons , le sang dépend de ees organes , lesquels a leur tour dépendent de lui. Je le répète donc, tout vient du sang et tout y retourne.
Des cj u a ii tes générales du Sang. — Parallèle du sang rouge
et du sang noir.
Le sang est un liquide rouge, plus pesant que Peau (i), d’une saveur particulière, d’une odeur qui tient le milieu entre celle de la sueur et celle du sperme : sa chaleur est d environ 32 degrés
(i) G est principalement a cause du sang qu’un cadavre frais se précipite au fond de l’eau tant qu'il n’est pas putréfié. Quand les vaisseaux sont vides de sang , le cadavre surnage : c’est cela qui fit surnagei celui du malheureux Fnaldès; ses assassins lui avaient ouvert inconsidérément les carotides.
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( Réaumur ) : il tache , oa ne sait pourquoi, les vases où on le dépose. Tiré de ses vaisseaux et non agité , il ne tarde pas à se diviser en deux parties : l’une solide, qui est le caillot , est formée de fibrine et de la matière colorante ; l’autre partie est aqueuse comme l’humeur des membranes séreuses ou comme du petit-lait*, c’est ce qu’on nomme le sérum. Cette dernière partie contient beaucoup de sels différens.
D’illustres chimistes ont analysé le sang : ils y ont trouvé des principes nombreux , mais pas autant qu’il en faudrait pour servir à toutes les diversités de composition et de structure qu’on remarque dans le corps humain. On y trouve , il est vrai, la fibrine des muscles, l’albumine des membranes, la matière grasse de M. Vauquelin , dont M. Chevreul a montré l’analogie avec la substance des nerfs : on y trouve aussi plusieurs phosphates, principe des os, quelquefois de l’urée, principe de l’urine, et la matière jaune de la bile et d’autres humeurs. Mais la preuve que les analyses chimiques sont encore bien imparfaites, c’est qu’elles ne fournissent aucun moyen pour distinguer le sang de l’enfant ou du fœtus d’avec le sang de l’adulte ou du vieillard , le sang de l’homme d’avec le sang de la femme, ou même d’avec le sang d’un quadrupède : la chimie confond même le sang vi-
Si 4 nv. vn, du sang et de ses produits.
vant avec le sang du cadavre, le sang artériel avec le sang veineux : le sang est toujours le meme pour elle, soit qu’il vienne d’un scorbutique ou d’un apoplectique : elle va jusqu’à confondre le sang avec de la lymphe ou du chyle colore, et ce n est pas sans d’extrêmes incertitudes qu elle distingue des taches de sang d’avec des taches de rouille ou des taches de blanc d’œuf colore avec de 1 ocre ou de la garance : au moment même où ceci s’imprime, il s’élève de vives contestations a ce sujet. On ne sait pas encore précisément à quoi tient la coloration du sang, et la chimie ne sait point encore l’imiter. Voilà bien des motifs pour que nous devions nous prémunir contre les systèmes irréfléchis qui voudraient nous reconduire à tâtons dans le grossier humorisme d’autrefois. Il est bien de ne parler qu’avec respect des erreurs des vieux maîtres, mais il y aurait crime à reproduire ces erreurs apres les avoir si long-temps et si justement combattues.
J’ai lu dans un journal anglais unehistoire ma- 1 ignequi montre mieux que de longs raisonnemens combien peu de choses nous savons encore sur le sang. Un baron allemand suivait, il y a vingt ans, le cours de chimie que le célèbre Klaproth faisait a Berlin : chaque jour il s’y rendait en voiture ; mais un jour la voiture ayant versé 9
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baron et cocher furent blessés, et le médecin appelé là les fit saigner tous les deux. Le baron allemand voulut mettre à profit cet accident ; il fit porter à Klaproth, dans des vases séparés, le sang de son domestique et le sien , et pria ce chimiste d’analyser l’un et l’autre. Klaproth, nonobstant des soins infinis, ne put trouver de différence sensible dans la composition des deux liquides ; seulement le sang du cocher était moins aqueux, le caillot en était plus consistant; et cela meme humiliait la vanité germanique du nouvel adepte.
Le sang des veines diffère de celui des artères : le premier est plus brun, plus séreux, moins plastique, moins chaud, dit-on (environ d’un degré) ; le caillot qui s’y forme est moins épais et moins consistant : le sang veineux est aussi plus pesant et moins odorant que l’artériel. On pense également, plutôt qu’on ne le prouve, qu’il contient plus de carbone.
La source du sang artériel étant unique, le meme coeur en emplissant toutes les artères par une meme embouchure , le sang artériel ne recevant et ne perdant rien tant qu il reste dans ses vaisseaux, il est clair qu’il est partout identique ; le sang de l’artère du foie ou du bras est semblable au sang des arteres du cerveau ou des testicules: cela est incontestable. Mais il n’en est
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pas de même du sang veineux. Nous ne savons pas, il est vrai, ce que les veines absorbent d elles-mêmes *, nous ne savons pas davantage quels principes a laisses le sang artériel en traversant le tissu des organes , ni ce qu’il a pu perdre a la composition d humeurs qui reçoivent de lui leurs matériaux*, mais nous sommes sûrs que ces organes di fièrent entre eux , nous sommes sûrs qu’eux ni les diverses humeurs n’ont une composition semblable; or, ce qui les forme est extrait du sang, dès-lors le résidu de ce sang dont les veines se remplissent diiîere en chaque 01 gane di lièrent : le sang de chacune des veines du corps est donc dissemblable, et ce n’est qu’apies 1 agitation que le cœur lui communique, ce il est qu après son passage à travers les poumons et sa transformation de veineux quil était en artériel , qu il redevient homogène et identique en toutes ses parties.
Cela meme est ce qui rend les médications si difficiles , et les actes de la nutrition et des seul étions si admirables. En elfet, si vous voulez agir sui un organe à 1 aide d’une substance qui n a d’action que sur cet organe , vous voyez qu’en quelque lieu que pénètre cette substance, quel que soit le vaisseau qui l’absorbe, il lui faudra parcourir le dédale de la circulation avant d’arriver à son terme et d’y remplir son objet; il