CHAPITRE V
Changemens produits par la Mort.
Le sang du cadavre diffère du sang qui circule beaucoup plus que n’en diffère celui qu’un vase inerte reçoit dans une saignée. Cependant je fais exception des circonstances où la mort est subite, provenant d’un accident ou d’une maladie foudroyante : alors le sang des vaisseaux se trouve être après la mort à-peu-près ce qu’il était figé dans une palette. Mais après une mort plus lente le sang ayant perdu de sa consistance à mesure que les organes se sont affaiblis , ses concrétions sont moins évidentes, moins solides : il est d’ailleurs moins abondant , car la sérosité s’en échappe à travers des organes émaciés par la maladie*
Voici , au reste , ce qui arrive à l’instant de la mort : la chaleur du corps diminue à mesure que la respiration s’embarrasse, et cette chaleur finit avec la respiration et la vie. Rien ne s’oppose alors à ce qu il s’établisse un juste équilibre entre la température du cadavre et celle de l’air : j’ai dit précédemment comment il se fait un vide dans les poumons et comment le sang veineux
tiïAP. V, COMMENT LA MORT CHANGE LE SANG.
qui continue de frémir au cœur va remplir ce vide ^ voici ce qui se passe dans le reste du corps. En s'exhalant des organes morts, le calorique de la vie emporte avec lui des parties aqueuses du sang , il se charge de vapeurs : d’un autre côté , la sérosité suinte à travers les vaisseaux sanguins, et cela d’autant mieux que le dégagement de la chaleur a laissé un vide dans chaque interstice des organes , dans chaque vacuole du tissu cellulaire : or, cette sérosité transsudant de toutes parts , c’est du sang qu’elle provient. Ce fluide doit donc diminuer de volume par ces deux causes : par la chaleur qu’il a lui-même perdue, et par la sérosité qui s’en sépare et dont toutes les parties se pénètrent. Si tant d’organes sont imprégnés d’eau après la mort, ne croyez pas qu’il en soit ainsi chez l’homme vivant : c'est le résultat de la transsudation cadavérique*, cette sérosité était mêlée au sang pendant la vie.
Y oila pourquoi ( il faut unir cette cause à ce qui résulte du vide des poumons), pourquoi, dis-je , les vaisseaux sont si imparfaitement remplis de sang après la mort*, pourquoi les membranes enflammées se dégorgent et dérougissent , pourquoi la plupart des vaisseaux ne contiennent qu’un sang coagulé privé de sérum, pourquoi les petits vaisseaux des surfaces deviennent incolores, etc.
Mais supposons pour un instant que le cadavre change de milieu avant que la chaleur vitale l’ait quitté : s’il est plongé dans l’eau,- il est sur que les résultats du refroidissement ne peuvent être les mêmes. L’équilibre des températures s’établit ici comme là, mais la chaleur dégagée n’emporte rien d’aqueux avec elle : il se fait une transsudation là comme ailleurs pour remplir les vides causés par le déchet de chaleur; mais cette transsudation peut se faire en partie par la peau aux dépens de l’eau environnant le cadavre : le sang, par conséquent, reste liquide et plus abondant. Je ne vois là rien de mystérieux; si le sang des noyés est liquide, c’est un effet des influences physiques.
Même chose arrivera si le cadavre reste dans une atmosphère d’une température très-élevée ou dans des circonstances propices aux dégagemens gazeux; car alors la chaleur du cadavre se dégagera moins, ou si elle se dégage, des fluides gazeux subviendront aux vides laissés par son dégagement. Aussi le sang des asphyxiés par le chaibon et de beaucoup d apoplectiques est- il liquide. J’assistais, il y a quelques années, à l’ouverture du corps du fameux Beauvilliers , dont nos modernes Luc ul lus ont dû pleurer la mort : nous le trouvâmes dans un boudoir parfumé et d’une température suffocante; son cadavre était chaud