CHAP. VI, DES ÉMISSIONS SANGUINES
suffit. Les mêmes saignées pratiquées à des hommes sains, mangeant, marchant, respirant bien, jouissant de leur énergie, à coup sûr les tueraient : toutefois ces grandes saignées sont alors nécessaires : c’est pour s’être refusé à les souffrir vdans un cas pareil que l’illustre Descartes mourut prématurément à S tockolm. Atteintd une fluxion de poitrine pour avoir conversé trop matin avec la ieme Christine, dans une bibliothèque glaciale comme le climat , on voulut le saigner; Bah, dit-il (en faisant un mauvais lazzi), il faut épargner le sang français . »
xiv\ Les grandes saignées sont mortelles aux hommes dont le cœur est dilaté : il n’y a plus alors de proportion entre le liquide mu et l’organe moteur.
xv°. Les saignées excessives ont aussi de mauvais effets pour les organes extrêmes et les moins vivans. Elles font pâlir la peau (i); elles affaiblissent la vue , ei causent la décoloration puis la chute des cheveux. Souvent la vieillesse donne lieu à de semblables effets : le sang fait alors , à l’égard de quelques organes excentriques, ce que fait la mer relativement a certaines bourgades anciennes : il les abandonne par impuissance d’y atteindre.
(i) L admirable Pauline resta pale toute sa vie pour avoir voulu imiter Sénèque et mourir comme lui et avec lui.
83() Liv. vil, DU SANG ET DE SES PRODUITS.
XVI0. Les premières saignées sont les plus affaiblissantes , et en conséquence les plus efficaces : cest du sang pur, du sang normal qu’elles fournissent. Les autres saignées veulent être plus abondantes pour produire des effets semblables; car alors la lancette ne fait jaillir des veines qu’un sang délayé par les boissons.
xvii0. L’influence des boissons promptement absorbées n’est jamais plus évidente qu’en des personnes affaiblies par de longues hémorrhagies. Lowcr , dont le témoignage ne saurait être suspect, raconte qu’un malade, atteint d’une épistaxis que rien ne pouvait arrêter, n’osait prendre le moindre breuvage, tant l’écoulement du sang en était augmenté : il lui semblait rendre le bouillon au fur et à mesure qu’il le prenait ! J ai fait une observation semblable dans un cas encore plus grave. Une femme, qui avait un cancer au col de l’utérus et des pertes trèsabondantes, s’apercevait que l’hémorrhagie devenait beaucoup plus forte chaque fois quelle prenait des boissons qui n’étaient point astringentes. Elle en était venue au point de n’oser prendre rien de liquide : elle se désaltérait en promenant des breuvages dans sa bouche.
xviii0. Le choix des vaisseaux qu’on veut ouvrir est de peu d importance dans le plus grand nombre des maladies. Cependant il faut saigner de