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CÎÎAP. IX, SUR LES MÉDICAMENS

y a plus : les intestins n’agissent sur les alimens qu’au tant que l’estomac les a déjà altérés, chy~ mifiés : par conséquent, les alimens introduits dans l’intestin sans l’action préalable de l’estomac ne peuvent nourrir*, et, par la même raison, les médicamens agissent mieux appliqués à l’intestin, l’estomac ne les ayant pu ni rejeter ni altérer. Des clystères de bouillon ou de lait sont insufïb* sans pour la nourriture ; tandis que de l’opium injecté dans le gros intestin assoupit plus sûrement et à plus faible dose.

En général , moins l’estomac modifie les médicamens et mieux ils opèrent. Son action , en effet , a pour but de rendre homogènes et assimilables aux organes du corps les substances les plus disparates.

Toutefois, il faut faire une exception en faveui des remèdes qui agissent directement sur l’estomac : ceux-ci même sont les meilleurs et les plus puissans de tous, et l’on doit mettre ses soins à ce que l’estomac soit toujours le premier affecté par les médicamens dont on se promet de grands effets ; car cette première influence, éprouvée par l’estomac lui-même, a deux grands avantages : i°. cet organe la fait aussitôt irradier vers chaque partie du corps , comme il le fait dans la digestion *, 20. cette action directe que reçoit l’estomac de la part des substances qui le touchent,

le rend , en outre, moins apte à les modifier ", de sorte qu’elles iront agir sur les intestins comme sur lui , et atteindront dès-lors plus sûrement leur but.

Les toniques nont que le premier de ces avantages ; les narcotiques et les substances purgatives les réunissent tous les deux.

Lorsque les médicamens agissent avec violence sur l’estomac sans être aucunement modifiés par son action , souvent alors ils produisent leurs effets aussi bien que s’ils fussent parvenus à leur distination finale. Voici un cas de ce genre * j’avais donné cinq gros de b^ume de copahu à un jeune homme, atteint d’un mal dont rien, depuis plus d’une année, ne le pouvait guérir ; ce malade était faible et fatigué de toutes les manières : il ne put supporter ce remède sans beaucoup souffrir. Il avait pris la drogue à dix heures du soir ; il en fut agité toute la nuit : même il la passa sans dormir, et cependant il mangea le lendemain , et cependant il fut à ses cours de droit, à ses occupations, même à ses plaisirs. A six heures du soir, au moment de dîner, vingt heures après la prise du remède, un vomissement l’en délivra; il le rendit tout entier , et nulle parcelle des alimens qu’il avait pris dans l’intervalle ne s’y trouvait mêlée. Ce médicament si énergique, et qui fut jusqu’à

causer un évanouissement, avait donc été retenu et retenu seul par l’estomac j mais les urines du jeune homme n’en répandaient pas moins une odeur de violette ( il avait donc pénétré dans les humeurs). Le lendemain, après le repos de la nuit, qui fut longue, Qt après un bain qui rétablit le calme , le malade se trouva parfaitement guéri , et cela le consola des tourmens du remède. J’ai constamment vu que les médicamens ne produisent jamais aussi bien leurs effets qu’alors qu’ils vont jusqu’à troubler l’action de l’estomac et par là toutes les fonctions : aussi les meilleurs remèdes ont-ils la même source que les poisons.

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