CHAPITRE XXI
Obscurité de la génération de l’Homme.
A dire vrai, la génération dans l’espèce humaine nous est presqu’entièrement inconnue. Le petit nombre de phénomènes de cet ordre qui nous sont accessibles, l’étant également pour l’universalité des hommes , ne sauraient être l’objet d’un exposé scientifique ; il en résulterait moins de lumières pour la vérité que d’alimens pour les passions. Ouvrez les livres les plus estimés de physiologie, cherchez-y l’article consacré à l’histoire de la propagation de l’espèce , vous y trouverez des faits curieux d’anatomie
comparée , des considérations d’histoire naturelle générale, quelques heureux traits de Buffon, de Roussel ou de Maupertuis, développés avec une grâce parfaite, les hypothèses de Bonnet ou de Spallanzani , exposées avec un talent digne d’un meilleur usage; mais, quand vous aurez feuilleté d une main brûlante toutes ces peintures délicieuses, rentrez en vous-même, et dites avec sincérité si vous en avez retiré aucun fruit, sinon des doutes et des désirs.
C est qu’en effet presque tout est mystère dans l’acte le plus intéressant de la vie : peut-être la perpétuité de l’espèce est-aile favorisée par le voile dont se couvre la nature pour l’accomplir. Jusqu’à ce jour, au moins, c’est un secret qui semble impénétrable. À peine savons-nous quelles conditions sont nécessaires pour que le commerce des sexes soit efficace : nous voyons bien dans quel état doivent être les organes extérieurs, mais nous ignorons et la cause de l’érection , et par quelle puissance l’humeur fécondante circule dans ses canaux ; Ja vertu de ce fluide nous est pareillement cachée. Il est vrai qu’à défaut de faits précis nous avons plusieurs jolis systèmes : mais avec de tels guides on va droit à l’erreur.
Connaissons- nous mieux ce en quoi l’autre sexe concourt à l’acte de la génération ? Non, pas
davantage. Nous savons seulement que îa femme éprouvé périodiquement des émissions sanguines,, dont le principe et la durée marquent le temps de sa fécondité ; nous savons que ces émissions mensuelles se suppriment dans les maladies graves ou des que la conception est accomplie : encore celle chose n’est-elle pas constante.
Nous voyons le sperme se former dans les testicules par le sang et sous l’influence des nerfs ; nous le voyons s’arrêter dans des réservoirs immobiles, d’oii cependant une puissance cachée le fait jaillir. On trouve également chez la femme des organes comme glanduleux , composés de plusieurs granulations dont une ou deux se gonflent et s’accroissent, après un coït fécondant : on trouve, plusieurs jours après le commerce des sexes , une ou deux de ces vésicules rompues ; et un corps jaunâtre, formant cicatrice, plus tard en occupe îa place. On croit aussi que les trompes utérines se gonflent, s’érigent et se dilatent pour embrasser ces vésicules ; on se persuade avec vraisemblance que ces conduits servent d’intermédiaires entre les ovaires et la cavité de la matrice, et l’on est convaincu que les vésicules des ovaires descendent dans l’utérus par le canal des trompes de Fallope. Mais de quelques sources qu'ils proviennent, il est certain que ces petits corps
vésiculeux finissent par adhérer aux parois de la matrice , qu’ils en reçoivent du sang , qu’au bout d’environ vingt jours on Voit à leur centre les premiers linéamens d’un nouvel être^ et qu’ensuite les eaux de l’amnios augmentent, que la ma-* trice se dilate à mesure que l’embryon prend de 1" accroissement. On a surtout mis le plus grand soin à suivre les développemens successifs du fœtus aux différentes époques de la grossesse : la médecine légale et l’art des accouchemens avaient fait un devoir de ces calculs précis , et on en a obtenu de grandes lumières. Enfin les produits accrus de la conception sont expulsés de la matrice à terme fixe; et, pour amener ce dernier résultat , des forces accessoires , employées pour d’autres efforts, secondent l’action propre de Tutérus,
Le reste de cette fonction nous est inconnu : on ne sait nullement quel rôle remplit le sperme à l’égard du germe ; on en perd les traces à partir de ses canaux : on ne le retrouve ni dans la matrice , ni dans les trompes , ni nulle autre part. L 'aura seminalis n’est guère saisissable s’il existe : les empreintes, les animalcules, les œufs, les germes emboités , toutes ces spéculations sont d’autant plus dangereuses que l’imagination s’y complaît davantage, et que l’esprit natureîle-
9 30 LlV. Vil, DtJ SANG ET DE SES PRODUITS,
ment paresseux s’y arrête comme à des faits précis et consacrés.
Puisque le peu qu’on sait sur la génération est emprunté à l’histoire des animaux, nous en traiterons abondamment dans notre Physiologie comparée .
FIN DE lk DEUXIÈME ET DERNIERE PAR! SE,
TABLE
DES MATIÈRES
Fages
Introduction. De PEtendufc et des difficultés de la science de l’homme. f