CHAPITRE XV
Suite du précédent. Opinion de Haller.
,...,Sed magis arnica
Le cœur continuant de palpiter chez les fœtus acéphales, chez les animaux décapités, et même lorsqu’il est arraché du corps et séparé de tous les organes, Haller en concluait (en faveur de sa doctrine chérie) que le cœur se suffit à lui -même, que des nerfs lui sont inutiles, que Y irritabilité est inhérente à ses fibres, et qu’il suffit ordinairement du contact du sang pour mettre cette propriété en exercice.
Haller jouissait alors d’un immense crédit \ ses idées, aussitôt propagées qu’émises, occupaient toutes les têtes savantes et s’emparaient de toutes
yJ4 L1V. V, DES MOUYEMENS DE È’hOMME.
les croyances. Héritier delà gloire de Boerhaave son illustre maître, confiné loin du monde dans une bourgade d’Allemagne dont la renommée le déclarait souverain, Haller comptait des courtisans dans chaque Université : chacun de ses écrits avait force d’oracle. A sa voix , l’Europe faisait silence; et sans Hamberger, qui combattit plusieurs de ses idees, Haller n’eût j a mais connu durant sa glorieuse vie le déplorable ennui des contradictions.
Or, cette puissance du maître fut nuisible à la science : elle engendra des erreurs. Lorsqu’on sut, par exemple, les opinions de Haller sur l’action du cœur , ce fut à qui citerait des faits à l’appui. On expérimenta sur les nerfs cardiaques , et l’on nia quils eussent une action sur le cœur. On disséqua ces nerfs avec un soin extrême ; et par un raffinement de flatterie peu connu jusqu’alors parmi le peuple un peu grossier des anatomistes, on fut jusqu’à prétendre que le cœur ne recevait aucun nerf pour lui-même. Il est vrai qu’un grand anatomiste, M. Scarpa, démontra bientôt le contraire , et que M. Legallois fit voir , mais beaucoup plus tard , que le cœur a le principe de ses mouvemens dans toute l’étendue de la moelle épinière.
Ces derniers faits ont enfin prévalu ; et il est aujourd’hui bien établi que les centres nerveux exercent une influence manifeste sur les mouvemens