CHAPITRE XVIIL
Des variations les plus notables dans la circulation du sang.
Circulation du Foetus.
Nous venons de décrire la circulation du sang a son état normal, sans tenir compte des dis-
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proportions ou des irrégularités qui la peuvent troubler j mais elle est loin d avoir toujours cette parfaite concordance en toutes ses parties, et 1 on pressent bien que ce que nous avons a dire ici de ses inégalités ne peut avoir rien de précis ni rien de général , puisque des causes infiniment nombreuses et souvent compliquées les font varier de mille maniérés d’un individu a un autre.
Ainsi, nous avons d’abord supposé que nulle partie du sang verse par les oreillettes dans les ventricules, ou des ventricules dans les aiteies, ne refluait de ces derniers organes dans ceux-là, et cpie la colonne de liquide mue de la première cavité jusqu’à la dernière , arrivait à celle-ci sans avoir éprouvé nulle déperdition , nul dechet. Cela n’est pas rigoureusement exact : les valvules relevées des ventricules et les valvules abaissees des artères n’interceptent pas toujours entièrement tout retour vers sa source au fluide circulant ; mais l’essentiel pour le plein exercice de la fonction , c’est que le reflux soit partout égal , aux oreillettes , aux ventricules , aux artères *, car alors la concordance reste parfaite. Mais comme cela n’a pas lieu chez tous les hommes ni à tous les â<res il en résulte une première inégalité dans le
cours du sang.
Je suppose maintenant qu’il y ait communication du ventricule droit avec le gauche , ou
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une semblable communication des deux oreillettes , ou bien communication de l’artère pulmonaire avec l’aorte au moyen du canal artériel conservé; qu’enfin il y ait mélange des deux especes de sang , du noir avec le rouge, du veineux non respiré avec l’artériel : on voit dès-lors tout le désordre qui naît de là. Comme c’est le sang rouge qui préside à la nutrition , à l’excitation des organes , aux sécrétions, à la chaleur vitale, on juge bien quels changemens surviennent dans le corps pour la température, pour l’énergie des mouvemens et de la pensée, pour la coloration des tissus , la nature des humeurs , etc. Ces phénomènes se remarquent effectivement dans ce qu on nomme la maladie bleue.
Je parlais à l’instant du mode delà circulation dans le fœtus. Elle est fort différentede ce qu’on la voit chez l’enfant venu au jour. D’abordlesanglui vient de fort loin ; et quoiqu'il soit artériel à sa source, il fait tant de circuits avant d’arriver au coeur du nouvel être, et il traverse chemin faisant des organes si épais, qu’il a le temps de redevenir
presque entièrement veineux ; etmèmec’estune véritable veine qui le verse sans pulsations au coeur du fœtus. V enu de l’aorte par les artères utérines, i n arrive au placenta qu’après avoir traversé la matrice et les ovaires. Dans le placenta même, on ne sait quelle préparation il éprouve : tou-
jours est-il que cl’un lascis de vaisseaux où nous ne pouvons rien discerner, naît la veine ombilicale, laquelle se dirige vers le fœtus, se divise dans son foie, si volumineux, s’y ramifie en partie, en partie aussi va directement s’ouvrir dans la veine cave inferieure, et par elle dans l’oreillette droite du cœur. Mais cette oreillette n’est pas ce que nous l’avons vue être dans les adultes : sa cloison est percée de manière à la faire communiquer avec l’oreillette gauche. Or, voici ce qui arrive. Le sang versé dans l’oreillette droite se sépare en deux parties : l’une va remplir le ventricule droite qui la pousse dans l’artère pulmonaire*, l’autre se va mêler dans l’oreillette gauche au peu de sang qui lui vient des poumons , encore inactifs. Mais cette inaction des organes de la respiration fait que le sang jaillissant de l’artère pulmonaire ne peut qu’en très-faible partie les pénétrer : aussi l’artère pulmonaire communique-t-elle avec l’aorte par un canal particulier , nommé artériel . De cette sorte, il y a commu-
nication entre le sang des deux oreillettes , le sang des deux veines-caves , le sang des deux grosses artères ou des deux ventricules ; et comme il s’étai t
déjà mêlé dans le foie avec le sang de la veineporte, comme aussi il s’était déjà arrêté dans la matrice et dans le placenta, il semble résulter de tout cela que la nature avait intérêt à ce que
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le sang du fœtus fût le plus veineux possible.
En outre, l’aorte se divisant inférieurement en iliaques, ces dernières donnent naissance à deux artères , nommées ombilicales , lesquelles accompagnent la veine ombilicale, et se divisent dans le placenta comme elle-même s* *y était divisée ; et elles communiquent avec le cœur de la mère par sa veine-cave inférieure. J’ajoute que le foie, le thymus et les glandes surrénales du fœtus ont , comparés aux autres organes , un volume toutà-fait disproportionné.