CHAP. XXIV, COURS DU SANG VEINEUX
sang veineux qui louche au coeur, loin de traverser le poumon prend un cours rétrograde vers ses sources capillaires , il en résulte que toutes les colonnes subséquentes éprouvent un ralentissement dans leur cours , et que par là toutes les veines sont distendues et tous les organes gorgés d’un sang veineux qui ne trouve plus où se répandre ni par où s’écouler. C’est ainsi que le moindre embarras des poumons rejaillit de proche en proche, et sans intervalle appréciable , jusqu’aux limites des circulations veineuse et artérielle. J’ai dit ailleurs (i) quelles conséquences avaient ce reflux et cette stagnation du sang sur le cerveau , sur les fibres du cœur , sur le foie et la rate , sur la matrice même et sur le fœtus qu elle renferme ; j’ai dit quels troubles en pouvaient provenir dans les diverses exhalations et jusque dans l’exercice de la sensibilité, et enfin de quels effets dangereux ce phénomène pouvait être la source.
Toutefois les organes qui, sans fonction spéciale, comme la rate, comme la thyroïde et le tissu cellulaire, n’ont pour unique emploi que de recevoir du sang et de se rendre aisément accessibles à son afflux , sont ici d’un grand secours. Une par-
(1) Voy. Recherches sur la Respiration et sur la Circulation du sang, cinquième partie ( 1819)*
lie du trop plein des vaisseaux les pénètre, et cela même préserve les autres organes des mauvais effets dun sang surabondant que des poumons entravés ne peuvent plus tout admettre.
La grande lenteur du sang veineux et l’extrême éloignement du moteur qui le pousse vers le cœur rendaient ces vaisseaux soumis à mille causes de ralentissement. La chaleur qui tend à les dilater, la gravitation qui fait peser les colonnes de sang les plus voisines du cœur sur les colonnes qui les suivent *, la cavité même de leurs parois , tout les assujétissait à de nombreuses influences ; mais voici quelques-uns des avantages qui compensent ces retardemens. D’abord les veines s’anastomosent en tous lieux, et par des branches même très-grosses, ce qui permet au sang de passer d’un vaisseau ou son cours est empêché , dans un autre vaisseau plus libre. Puis, l’oreillette droite se trouve vide et dilatée au même instant ou le ventricule gauche projette une nouvelle ondée de sang jusqu’aux confins des artères, de sorte que, tout passif qu’est le cours du sang veineux , il faut bien qu’il avance vers le cœur pour faire place au sang rapide qui vient du cœur. La systole ou le retour sur elles-mêmes des artères , sans ajouter à cette marche du sang veineux, a du moins pour elle t de la faire persévérer. Outre cela, les veines sont de toutes parts comprimées par des
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muscles, et comme de nouveau sang leur parvient sans cesse de leurs communications avec les artères , il est clair que les compressions dos veines par les muscles doivent faire cheminer le sang vers le coeur , puisque le cœur est le seul endroit qui offre au sang veineux un accès continuel. Le poids de l’air aussi comprime les veines ; et plus il est pesant, moins les veines sont dilatées^ plus aisément le sang circule. Le mouvement du diaphragme , qui , toutes les trois ou quatre secondes , produit le vide dans la poitrine, est aussi une des causes les plus puissantes qui attirent vers le cœur le sang veineux dont toutes les parties sont imprégnées.
Tant est marquée l’influence du mouvement des artères sur le cours du sang veineux, que les veines s’engorgent visiblement dans une partie paralysée; et comme la présence du sang veineux suffirait seule pour engourdir les muscles, il en résulte que cet effet de la paralysie ne fait que l’accroître. Aussi n’est-il pas indifférent de saigner à droite ou à gauche dans les paralysies ; mais il est de rigueur d’ouvrir les veines des membres affaiblis. Cette remarque est applicable à la langue comme aux membres, et à tous les organes jaccessibles à la lancette.
Les veines profondes, couvertes et compri-
5^4 LIV. v, DES MOUVEMENS DE L’HOMME.
mëes par des muscles, sont toujours moins voliu mineuses que les veines placées sous la peau. Le cours des premières a aussi plus de vélocité. Aussi n’obtient-on jamais un jet de sang plus rapide que lorsqu’on a ouvert une veine superficielle au delà de son anastomose avec les veines profondes correspondantes. Cela se voit surtout aubras. On observe que le jet de sang se renfle manifestementeliaque fois qu’on contracte les muscles superposés aux veines. Ce genre de saignée n’est pas toujours sans danger : toutes les fois qu’il n’y a qu’un tronc veineux pour tout un membre, on le doit respecter. L’bémorragbie résultant de la blessure pourrait avoir les graves conséquences des plaies artérielles. Cela est vrai de la grande veine saphène , presqu’unique tronc du membre inférieur ; cela est vrai , dans quelques cas , pour les veines du pli du bras. J’ai cité un exemple du danger mortel qui suivit l’ouverture de ces derniers vaisseaux. Le malheureux qui paya de sa vie une légère opération faite dans le but de le guérir, n’avait que deux veines aubras : une veine profonde^ compagne de l’artère brachiale, et une seule veine superficielle, celle qu’on nomme basilique. De sorte que, cette dernière étant ouverte au-dessus de l’anastomose des veines profondes de l’avant-bras, le sang, meme après