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CHAP. XXVIII, INFLUENCE DE LA PESANTEUR

participer , les dérobé pour un temps, du moins ostensiblement, à la grande action universelle. Toutefois cette exception attribuée à l’influence vitale toujours présente et toujours active, est bien plus apparente que réelle. On observe même chez l’homme beaucoup de phénomènes qui ne semblent déroger aux lois du petit monde que pour mieux confirmer celles du grand *, et nous retrouvons l’influence de la pesanteur jusque dans la circulation du sang et des autres fluides.

Non seulement les veines des membres inférieurs sont toujours les plus gonflées; non seulement la station persévérante favorise le développement des varices , et la position assise , des hémorrhoïdes ; mais il suffit d’élever les bras pour en dégorger les veines, et pour dérougir les mains : il suffit même de renverser tout-à-fait la tête d’un animal exténué par d’abondantes saignées, pour le rappeler soudainement à la vie , pour raviver , par le reflux du sang , les mouvemens du coeur et du diaphragme. Aussi voit-on les hémorrhagies, les infiltrations et les inflammations mêmes , être beaucoup plus fréquentes (à circonstances égales) dans les parties du corps qui sont habituellement les plus déclives. Mais cette influence de la pesanteur n’est jamais plus puissante ni ses effets jamais plus manifestes que lorsque la vie est affaiblie : on la voit surtout dans la vieillesse , dans les

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convalescences , dans les maladies de langueur et dans l’agonie*

Cette influence de la gravitation des fluides se voit très-bien lorsqu’on est couclié sur un des côtés ; c’est même dans cette situation que j’en ai pu faire la première remarque. Un jour je m’aperçus que la narine correspondante au côté sur lequel je reposais , cessait presque entièrement de livrer passage à l’air , et qu’ainsi la respiration devenait de plus en plus difficile. Je me tournai alors comme machinalement sur le côté opposé , et bientôt après la narine d’abord obstruée devint libre peu-à-peu , tandis que l’autre , devenue la plus déclive , s’embarrassait à son tour. Je variai un grand nombre de fois ces expériences ; je les répétai de vingt manières différentes dans la même heure ; et comme j’obtenais

toujours les mêmes résu1 tats cela fixa mon at-

tendon*, j’y réfléchis.

Je m’étais assuré que la compression des vaisseaux de la face et le séjour des mucosités n’étaient pour rien dans ce phénomène : il tenait donc uniquement au gonflement de la membrane pituitaire. J’examinai les veines jugulaires; je vis que celle qui correspondait au côté le plus déclive était la plus dilatée : gonflement de la pituitaire, dilatation de la veine jugulaire, les deux phénomènes venaient ensemble. J’examinai

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ces veines sur plusieurs hommes , je vis que h* droite avait plus de volume. J’ouvris des crânes , j’en examinai de secs , de dénudés : je vis sur presque tous que la gouttière du sinus latéral droit était la plus large. Cela me frappa.

« En effet, pensais-je , la plupart des hommes » ont l’habitude de dormir inclinés sur le côté «droit du corps. C’est donc environ huit heures «sur vingt-quatre, c’est-à-dire le tiers de leur » vie , que presque tous les hommes restent ap- » puyés sur le côté droit. Or, une habitude pareille » et d’une aussi longue durée doit laisser dans » les organes des traces évidentes de son influence. «Elle doit détruire à la longue , entre les deux » moitiés droite et gauche du corps , ce parfait » équilibre si essentiel à la régularité des fonctions. «Mais c’est dans letat de maladie que ce défaut

» d’harmonie doit surtout devenir sensible : car » le malade est plus faible et sa position moins «changeante... La prophétie de Galien n’a donc » plus rien qui doive nous émerveiller : instruits » par l’expérience, nous n’avons donc désormais, » à l’exemple de Galien, qu’à prédire des hémorrhagies de préférence du côté droit; l’événe- » ment viendra souvent réaliser nos présages. » ( Mémoire cité. )

Alors je relus mes anciennes observations sur les ophthalmies, sur la pneumonie et sur l’apoplexie;

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je vis qu’il y en avait davantage à droite qu’à gauche : je fis même remarque dans les auteurs. Je vis que la paralysie était plus fréquente à gauche ; c’était la contre-épreuve de l’apoplexie à droite. Un malade avait une ophthalmie à droite ; je le fis coucher à gauche , et l’inflammation se fixa insensiblement à l’autre œil. Je la fis ainsi changer de siège à plusieurs reprises. Cent autres faits différens vinrent confirmer les consécjuences de ma première observation, savoir : que la pesanteur a une influence incontestable sur la direction du sang ( i).

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