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CHAPITRE XXXI

Faits et principes relatifs à la Respiration.

1 . Les poumons s’emplissent d’air par la contraction du diaphragme de quinze à vingt fois par minute. Durant le même temps, le ventricule droit du cœur y pousse de soixante à quatrevingts ondées d’un sang veineux. Les poumons sont donc sous l’influence du diaphragme et du ventricule droit du cœur : c’est d’eux qu’ils reçoivent la matière de leur fonction.

2 . Le relâchement du diaphragme , l’élastici té des cartilages des côtes , et surtout Faction des muscles abdominaux , expulsent des poumons , quinze à vingt fois par minute , Fair introduit précédemment par l’action du diaphragme : en même temps , et surtout pendant l’expiration,

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il sort du poumon , par les veines pulmonaires , autant de sang rouge et artériel qu’il s’y en était introduit de noir et de veineux par l’artère pulmonaire. Voilà donc la compensation établie.

3. L’air introduit dans les poumons est froid, sec et pur ; il est de plus composé d’azote mêlé à une quantité notable d’oxigène : l’air qui sort des poumons est raréfié, chaud, humide et chargé d’acide carbonique. Il s’est donc altéré pendant son séjour dans les poumons.

4. Le sang qui entre dans les poumons par l’artère pulmonaire est noir, veineux, plus chargé d’eau : celui que les veines pulmonaires exportent des poumons au cœur est rouge, artériel, plus concrescible et plus chaud. Le sang a donc changé de nature à son passage par les poumons.

5. Si la respiration est entravée, ou si elle ne s’exerce que sur de l’air qui lui ait déjà servi , le sang alors traverse les poumons sans changer de couleur, et toutes les fonctions de la vie en pâtissent. La respiration continuelle, s’exerçant avec un air pur et renouvelé, est donc indispensable à Y hématose et à l’existence.

6. Puisque l’air intérieur est plus froid que le sang qu’il régénère, il doit se dilater dans les poumons en vertu du calorique que les organes lui cèdent.

7* Puisque l’air introduit dans la poitrine

s’échauffe aux dépens du sang , son contact a donc pour premier résultat immédiat de refroidir le sang.

8. On a paru attacher beaucoup de prix à évaluer précisément la quantité d’air dont chaque inspiration pénètre les poumons, et la quantite que chaque respiration leur en enlève ; mais * o oime cette quan tite varie pour chaque personne, selon la capacité des poumons , selon la rapidité lies momeinens du cœur et mille circonstances diverses, on est arrivé à des résultats tout- à~la il incalculables^ tant iis sont disproportionnés et contradictoires. Il était impossible, par exemple, que M. Cuvier et M. Laënnec, d après des expeiiences toutes personnelles, s accordassent sur le volume d’air qu’on respire. Grégory disait :

? pouces cubes. Seguin a répondu ; i3o pouces cubes . Fort heureusement la science n’est pas là,

9* Un fait plus important est celui-ci. On s est a ss n i e qu outre la quantité d air que chaque respiration échange avec assez d’égalité, il reste toujours une grande quantité d air dans les poumons , quelque profonde que soit l’expiration; Mais quelle est la quantité de cet air resté stationnaire? Il importe peu. Il suffit qu’on sache que des poumons qui ont une lois respiré retiennent toujours beaucoup d’air , et meme beaucoup plus ordinairement qu’il ne s en iri->

trocluit à chaque inspiration habituelle. On peut demander de quelle époque de la vie date cette portion d’air tenu irrésistiblement incarcéré : est-ce de la première inspiration du foetus ? Serait-ce le résidu graduellement accru d’un grand nombre d’inspirations subséquentes à la première? Cette quantité s’accroît -elle incessamment ? ou résulte-t-elle de l’élargissement progressif des vésicules pulmonaires, à mesure qu’on avance en âge? La quantité d’air respirée n’estelle jamais égale à la quantité que chaque inspiration introduit? — Je le répète encore, peu importe : il nous suffit de savoir qu’il reste toujours dans les poumons une quantité d’air qu’aucun effort n’en peut totalement expulser. On verra les conséquences de ce fait.

10. Les poumons, dans l’état ordinaire, sont toujours immédiatement accolés aux parois de la poitrine. Si elle s’élargit , ils se dilatent ; ils s’affaissent si elle se déprime. Si l’air qui en est expulsé vibre à son passage par la glotte, ces vibrations retentissent sur tout l’air renfermé dans les poumons, sur les poumons eux-mêmes , et sur toute l’enceinte de la poitrine. Voilà pour l’air.

11. Les poumons recevant continuellement du sang du ventricule droit, si ce fluide éprouve des obstacles à les traverser , le ventricule droit et toutes les veines du corps en souffriront : ils

seront ainsi engorgés. Ne recevant plus autant de sang du ventricule droit, les poumons en donneront moins à l’oreillette gauche, et le ventricule gauche aux artères : tous les organes en souffriront: ils seront affaiblis. Voilà pour le sang.

12. Si les cavités gauches du cœur ne peuvent se libérer du sang que leur envoient les poumons , ceux-ci continuant d’en recevoir du ventricule droit, leurs vaisseaux par là s’en trouveront démesurément gorgés \ et dans ce cas encore les cavités droites du cœur et les veines se dilateront. Voilà pour le cœur et les poumons.

13. Maintenant que nous voyons les poumons remplis d’air et de sang, remplis partout et remplissant eux-mêmes exactement la poitrine , voici la réflexion qui se présente. Si les poumons contiennent trop de sang., le cours de l’air sera gêné dans ses vaisseaux*, et réciproquement, si trop d’air s’y trouve forcément retenu, la circulation languira. Dans le premier cas, le sang veineux sera moins bien respiré ; et dans l’autre , son cours même sera entravé. Soit défaut d’air pour agir sur le sang, soit manque d’assez de sang pour subir le contact de l’air, l’asphyxie pourra survenir. Je suppose à présent les bronches remplies d’air, et les vaisseaux du poumon pleins de sang au moment oit l’inspiration s’achève : jusques-là tout est normal , tout est

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dans Tordre : la respiration est parfaite. Mais voici ce qui arrive. A l’instant où l’expiration allait se faire , la glotte se ferme, et l’air est retenu dans ses vaisseaux : au même moment , les muscles du ventre et tous les expirateurs se contractent ; le résultat de tout cela , c’est que la poitrine est rétrécie dans tous ses diamètres , et que par un contre-coup nécessaire , les poumons aussi sont rapetisses. Or, composés de vaisseaux exactement remplis, les uns d’air, les autres de sang , c est en dernier lieu sur ces fluides que doit porter la diminution de volume. L’air, ne pouvant point sortir, éprouve donc une réduction dans son volume, qu’avait accru la chaleur du corps; et le ressort que cette chaleur et cette compression lui communiquent, le font réagir violemment contre les vaisseaux gorgés de sang. Mais ces vaisseaux ne sont pas privés d’issues, comme en est privé l’air qui les comprime : les uns, chargés du sang devenu rouge, le portent plus promptement dans les cavités gauches du cœur ; les autres , chargés du sang noir que leur a distribué l’artère pulmonaire, se refusent à s’en laisser de nouveau aussi abondamment pénétrer ; et delà resuite 1 engorgement des cavités droites , le gonflement des veines, et la coloration des tissus où le sang séjourne forcément. Enfin , cent phénomènes différens , et tous manifestes, font voir

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