CHAP. XXXVI , DES ÉPIDÉMIES
lementle fluide qu’on respire, on change encore celui qui entoure le corps et dont les vètemens sont imprègnes. Le mouvement a outre cela d’autres avantages : non seulement il accélère le pouls et la respiration, non seulement il augmente ainsi la chaleur vitale et l’exhalation des humeurs *, mais 1 espèce de choc qu’imprime à tout le corps chacun de nos pas rend les expirations plus complètes , de sorte que ces commotions répétées des poumons et du diaphragme vont remuer et renouveler l’air jusqu’aux profondeurs des poumons, là même ou le proche voisinage de l’air avec le sang rend la pureté du premier fluide d’une si grande importance pour la perfection de ce sang et pour le bon état de toutes les fonctions.
Le danger des émanations respiratoires est d’autant plus grand, i°. qu’il y a plus d’hommes rassemblés aux mêmes lieux; 20. que l’on y est plus immobile ; 3°. que la température est plus élevée et plus uniformément la même*, 4°* que près de là il y a moins de végétaux (car c’est par eux que se rétablit la pureté de l’air et surtout la balance de ses principes)*, 5°. qu’enfin, il y a moins de propreté, moins de tempérance et moins de force morale, c’est-à-dire plus d’ignorance, plus de misère et de préjugés.
Dès que l’air est devenu insalubre dans un
lieu, les maladies qu’il fomente ne font que le îendre de plus en plus nuisible par les hommes affaiblis qu’il rassemble et quil rend sédentaires. Il ne faut jamais oublier que la respiration corrompt 1 air , et qu’une fois répandu dans les poumons, il les imprégné long-temps. Certes, ce u est pas assez dans une épidémie de séparer 1 homme malade ou près de l’ëtre d’avec ses compagnons d’infortune ; il le faut enlever au théâtre du mal. Mais une fois séparé des lieux infectés , il faut encore le séparer de ses vêtemens. Hildenbiand îepandit je ne sais quelle épidémie dans toute la Podolie pour s’y être vêtu d’un habit imprégné long-temps auparavant d’un air recelant les germes du mal. Isoler les hommes , les transpoi ter dans un air salubre , les séparer de tous leuis vêtemens, est donc un précepte de rigueur dans toute épidémie imaginable. Mais la chose essentielle et la plus difficile, c’est de délivrer les hommes d’eux-mêmes, pour ainsi dire, en renouvelant le vieux air extravasé dans les poumons. En vain les astreignez-vous à des quarantaines , en vain les emprisonnez- vous dans d’insipides lazarets, tous vos bains et vos fumigations seront sans efficacité; vous ne ferez qu’augmenter, par l’ennui et la faiblesse, les dispositions d’un mal dont vous devriez éteindre les germes. Ce n est pas la peau qui les contient ces germes, c est