Principes de politique positive d'après Solvay
Sou3 le titre : Essai de Politique Positive, nous avons publié récemment un ouvrage qui synthétise la doctrine philosophique et sociale d'Ernest Solvay, telle que celui-ci l'a conçue au prix de cinquante ans de longs et laborieux efforts.
Cet ouvrage est consacré presque exclusivement à la démonstration scientifique de la doctrine. C'est que les principes énoncés par Solvay ne peuvent être assimilés à ces systèmes de formules plus ou moins ingénieux que l'on voit proposer périodiquement comme remèdes aux grands maux dont souffrent nos sociétés modernes, et dans lesquels on ne doit voir en réalité que des solutions empiriques plus ou moins bien adaptées aux problèmes toujours renouvelés que soulèvent les rapports sociaux.
En publiant ce travail, nous avons voulu suivre l'auteur de V Energétique Sociale, pas à pas dans ses recherches, sa préoccupation constante et dominante de découvrir dans le® sciences et par la science, les directives qui puissent servir de guide dans la conduite sociale^
La méthode de Solvay s'inspire tout entière de ce postulat : le progrès social n'est possible que pour autant que les lois que se donnent les hommes soient en concordance avec les lois naturelles qui président à la fois à leur être et leur devenir. Ces lois on ne peut les découvrir qu'en observant les hommes, tels qu'ils sont, en tant qu'organismes vivants, « réactions vivantes >> pour employer les termes de Solvay, et considérés soit individuellement, soit collectivement dans leur lutte perpétuelle avec le milieu extérieur.
Les fondements de toute action sociale, en tant qu'elles intéressent la structure aussi bien que le fonctionnement des sociétés dites organiques, doivent s'inspirer avant tout de la con:naissa,nce de la loi d'évolution et des lois subséquentes que, logiquement, on peut en faire dériver. C'est cette loi que Solvay a mise à jour et qui l'a conduit à proposer le « Produotivisme » comme notion philosophique générale par excellence, base de toute action sociale rationnelle.
Mais si une démonstration positive et serrée du Productivisme, en tant que doctrine scientifique et pour la mieux différencier de tous les systèmes, s'imposait, les événements sont là qui pressent les hommes et les contraignent d'agir et d'agir vite, sous peine de rendre plus
effroyable encore le chaos engendré par la guerre et qui menace de détruire l'ordre social lui-même.
Les écoles auxquelles on était accoutumé de demander les critères directifs de l'action sociale, c'est-à-dire libérale, catholique ou marxiste, ont en général perdu la confiance que leurs partisans avaient mise en elles et, plus que jamais, l'intervention des pouvoirs s'exer; çant à relever les peuples de leurs ruines se poursuit dans l'incohérence, à coup d'improvisations et de réformes essentiellement empiriques ; on reporte en général à d'autres temps les problèmes les plus graves au lieu de les résoudre : on ne sait oii Ton va.
Ces circonstances nous ont décidé à publier ce travail. Dépouillé de tout ce qui n'intéresse pas directement l'action, il se limite à un simple exposé des principes et formules dans lesquels se résoud le « Productivisme ».
Tels quels, ces principes et formules représentent une méthode d'action qui se donne pour objectif de rénover l'ordre social, sans heurt, ni secousse, c'est-à-dire progressivement, évolutivement, et jusqu'à réaliser un état social dit supérieur assurant à chacun le maximum de bien-être moral et matériel.
Ses moyens ? Mettre en évidence les facteurs qui peuvent porter au maximum, le rendement de l'activité des hommes, développer au mieux leurs aptitudes physiques et leur facultés intellectuelles et morales, les utiliser au mieux aussi, par une action systématique et continue, au bien-être de tous.
Ainsi compris, cet ouvrage s'adresse non plus aux hommes de science, mais aux hommes d'action et, en général, à tous ceux qui portent quelque intérêt à la chose publique. Nous y avons reproduit, dans les premières pages, le manifeste que Solvay adressait le 12 mars 1919, à la Conférence de la Paix, et qui résume en quinze articles, les idées directives de tout le Productivisme.
Ils représentent, ainsi que Solvay l'écrivait lui-même, une solution générale, formulée en un cycle de principes, au problème universel de l'Organisation Sociale. Nous les avons commentés dans les chapitres qui suivent. Tels quels, ils permettent de résoudre logique^ ment, correctement tous les sous-problèmes que soulève la vie d'une nation dite civilisée. Et c'est ce que nous avons tenté de démontrer dans la Synthèse sociale générale que l'on trouvera annexé à cet ouvrage. G. Barnich.
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