CHAPITRE X
Principes de Politique internationale.
§ 1. Considérations générales.
Lorsque l'on se préoccupe du point de savoir quelle doit être la portée fies principes que nous venons d'exposer quant à l'objet et à l'étendue de leur application, une distinction s'impose pour certains d'entre eux.
Il y a à la base de tous, une notion fondamentale : la notion productiviste. Elle donne lieu, comme nous l'avons vu, à un principe qui domine tous les autres et qui doit nécessairement inspirer toute la conduite sociale. Elle s'entend comme mobile essentiel de l'action pour toute société humaine, qu'elle soit organique ou inorganique. Mise en application d'une manière rationnelle, elle est, quel que soit le degré de civilisation d'un peuple, la formule par excellence du progrès.
Les divers autres principes d'orientation sociale et qui tous dérivent ou se rattachent tout au moins à la conception productiviste, n'ont pas une portée aussi universelle. Cela ne revient pas à dire qu'ils ne puissent, éventuellement, être appliqués partout dans toute société particulière et au même titre que le^!productivisme. Mais on ne peut y recourir que dans les sociétés ou, si l'on préfère, chez les peuples évolués, les nations ayant atteint une vie économique déjà perfectionnée et disposant de rouages politiques et sociaux suffisants que pour rendre possible leur application.
Est-ce à dire que les nations qui auront pu s'élever jusqu'à les introduire effectivement dans leur institutions se trouveront nécessairement dans les conditions requises pour être prospères et assurées de la paix sociale ?
Indépendamment des rapports qui unissent les hommes entre eux au sein d'une collectivité, il existe des rapports en ire les sociétés elles-mêmes et qui ont une importance primordiale au point de vue de leur être et de leur devenir.
Chaque nation dispose d'une étendue de sol limitée, avec des richesses naturelles en quantité et en qualité essentiellement variables et qui, en général, ne sont pas suffisantes pour faire face aux besoins de tous les habitants. C'est sans doute là la raison majeure, déterminante, des rapports internationaux. Mais chaque nation aussi, formée au cours des temps, possède des caractéristiques tenant du milieu, du climat, de la race, etc., qui se traduisent par de nouvelles particularités, les institutions juridiques, les coutumes, une certaine vie intellectuelle et morale, qui représentent autant de facteurs dont l'influence se fait sentir dans les relations entre peuples et agissent conséquemment sur la vie de chacun d'eux. Cette influence a pu s'exercer à l'occasion de rapports librement consentis, mais l'Histoire est là qui atteste aussi que des peuples ou des parties de peuples durent les subir de force, à la suite de conquêtes entreprises pour satisfaire certains intérêts égoïstes ou les ambitions de quelque prince ou oligarchie : ainsi est née la question particulièrement épineuse des nationalités et que l'on voudrait voir solutionner en ce moment suivant le principe dit des
nationalités.
Les rapports internationaux sont donc, suivant les temps et les circonstances, fondés sur des accords à l'amiable, portant sur des objets bien définis ou, lorsqu'il n'intervient pas d'accord spécial, sur des principes issus des usages, habitudes et coutumes, ajant donné lieu à cette forme de droit que l'on dénomme Droit des gens. Mais indépendamment de ces accords librement voulus par les parties et portant sur des objets bien délimités, on a toujours vu et l'on voit encore subsister, comme moyen de régler les iap})orts internationaux, les méthodes de violence, c'est-àdire la guerre, par laquelle le })euple agresseur entend acquérir parla force ce qu'il n'a pu obtenir du gré de l'autre partie.
La guerre récente vient de faire voir, au milieu d'horreurs sans nom, ce qu'il en coûte aux hommes de ne pas encore avoir pu s'élever jusqu'à une conception claire et raisonnée de leurs véritables intérêts. Le désastre est effrojable à ce point qu'il n'est pas un citoyen qui n'en ait ressenti, tout au moins dans une certaine mesure, les douloureux eflets et il n'est plus personne qui ne soit maintenant d'avis que quelquechose estàréformer dans la vie et les relations entre peuples et qui rende impossible le retour de semblable calamité. Tous comprennent qu'il importe que revive avant tout, plus fort et élargi, le droit international et dans des conditions qui puissent garantir à chaque peuple le droit à l'existence et la sécurité.
Déjà bien avant la guerre et de tout temps, peut-on dire, des eflorts furent réalisés aux fins de régler à l'amiable les différents pouvant surgir entre nations et, faut-il v insister, aucune de ces tentatives n'eut jamais et
ne pouvait jamais avoir le succès espéré. La paix sociale et humanitaire ne peut être représentée comme dépendant d'une convention, fixant jmrement et simplement les conditions dans lesquelles seraient liquidés les litiges qui peuvent survenir entre peuples. Ce qu'il faut, c'est réorganiser toute la vie internationale, c'est mettre fin aux méthodes diplomatiques et autres toujours en usage ; c'est d'une part et avant tout, faire revivre et élargir le Droit des gens; d'autre part, faire prévaloir, dans une action concertée, des i)rincij)es de politique internationale qui ne soient plus des formules de simple opportunisme, mis en jeu pour défendre les intérêts d'un peuple ou d'une coalition de peuples, mais qui répondent aux intérêts de toutes les collectivités humaines et par conséquent de chacune d'elles considérée individuellement. Et ces principes, seule la science peut les fournir.
Nous suivrons donc Solvaj ici encore dans ses déductions logiques, lorsqu'il entend dégager avant tout de l'étude objective des sociétés humaines, les lois qui président à leur développement et nous admettrons avec lui que ce n'est qu'en conformant le gouvernement de chacune d'elles à ces lois, qu'il sera possible d'atteindre au but envisagé : le meilleur être des peuples. La science fournit des données du plus haut intérêt, lorsqu'il s'agit de définir ce que doit être l'organisation de la vie intérieure des organismes sociaux, pour être conforme aux lois qui président à leur évolution ; elle peut, elle doit aussi nous éclairer lorsqu'il s'agit de déterminer la conduite qu'il convient d adopter pour intervenir dans les rapports entre organismes.
§ 2. Prodiictivisme 'international.
Lorsque nous avons étudié les conditions dans lesquelles se sont formées, énergétiquement envisagées, ] es collectivités humaines et cherché à reconnaître la tendance suivant laquelle se poursuit leur évolution, nous avons conclu avec Solvay, à l'existence de deux lois qui interviennent avec un même caractère de nécessité dans leur formation et déterminent leur devenir, à savoir, la loi du progrès obligé et la loi du groupement progressif. Si l'une et l'autre sont fondées, exactes, elles doivent permettre de comprendre la nature et l'objet des rapports qui se sont établis non seulement entre les hommes, mais les groupements d'hommes eux-mêmes que nous avons dénommés organismes sociaux.
En fait, la loi du groupement progressif se trouve justifiée, non seulement par la formation, au cours des siècles, d'organismes permanents, plus ou moins étendus, mais par une orientation de plus en plus accusée vers l'association, se révélant sous la forme d'organisations à but limité, de plus en plus nombreuses et plus vastes et qui paraissent bien, en dernière analyse,n'être qu'une forme d'application de la loi du travail maximum
Dès l'origine, les hommes ont tendu, soit consciemment soit inconsciemment, vers la formation d'organismes permanents de complexité variable, et essentiellement favorables au développement normal de leurs relations. Si, à la faveur de certaines périodes, des organismes primitivement très étendus ont pu voir diminuer temporairement leurs effectifs, il est certain qu'à envisager le phénomène dans son ensemble, dans le cours des temps, l'évolution révèle l'existence de communautés de plus en plus importantes et qui paraissent devoir se développer plus encore dans l'avenir. C'est d'abord la famille, puis la tribu. La vie sédentaire, fixe, qui succède à la vie nomade, prélude à l'apparition de la cité. Le comté, le duché représentent dans la suite des unités collectives déjà importantes. Puis, naissent les Etats, avec leur structure politique plus complexe, allant jusqu'à la forme fédérative d'Etats dits unis, et qui peuvent englober des masses d'hommes illimitées.
Cette évolution n'est pas que l'expression d'une loi, elle répond au sentiment qui se révèle de plus en plus chez les hommes et qui les pousse ici, comme dans les divers domaines de leur activité, à rechercher l'unité dans les méthodes et l'unité dans les idées. L'humanité a, comme le proclamaient déjà les stoïciens, le sentiment vague de son unité et que des conquérants audacieux tentèrent maintes fois d'exploiter à leur profit. La tendance au groupement progressif donnant lieu à des communautés politiques de plus en plus grandes, s'accentuera inévitablement dans l'avenir. Si des Etats très vastes, composés en général d'éléments raciques ou autres très divers et qui ont été assujettis dans le passé par voie de conquête, ont pu ou pourraient encore se dissoudre dans l'avenir, le lien fédérp.tif reparaîtra qui fera naître, si pas une communauté d'aspirations et d'intérêts absolus, comme dans les Etats homogènes, tout au moins des rapports politiques et autres suffisants pour mieux réaliser certaines fins également désirées ou nécessaires. Il se constituera des entités politiques nouvelles, qui délimiteront librement une sorte de patrimoine d'intérêts ou d'idéalisme, qu'ils voudront gérer eux-mêmes, sans intervention étrangère et feront des accords politiques, avec des organismes voisins, pour mieux satisfaire, par une action concertée et nécessairement plus profitable, certains de leurs besoins. La dernière étape de l'évolution sera accomplie lorsque l'entité politique ultime embrassera toutes les races, toutes les civilisations et tous les organismes actuels, moyennant des liens d'abord faibles et limités à certains objets, puis, renforcés jusqu'à englober la majeure partie des intérêts et des désirs des hommes en général.
A ne juger que certains aspects des relations qui se poursuivent actuellement entre, nations, tout porte à croire que l'humanité s'achemine, lentement mais sûrement, vers ce stade supérieur de son évolution. Jamais nes'est révélée, avec une évidence plus saisissante, l'interdépendance des y)euples, du moins des peuples organiques telle qu'elle s'observe de nos jours. L'accroissement inconsidéré des besoins a rendu leurs rapports plus
nombreux, plus étroits et plus impérieux qu'à aucune époque de l'Histoire. C'est là surtout une des conséquences de l'inégale répartition des richesses sur les différents territoires et des besoins grandissants de chaque peuple. Ces rapports n'intéressent plus seulement les échanges, mais la production et la consommation elles-mêmes. N'est-il pas question, en ce moment, de mettre la production presque mondiale de certaines matières premières sous contrôle des pays alliés, pour en assurer éventuellement la répartition? Les trusts dits de production à caractère international s'étaient déjà multipliés dès avant la guerr'e dans des proportions imposantes et paraissent devoir se développer beaucoup plus encore dans l'avenir. Tout porte à croire que la vie économique sera internationalisée dans des limites inconnues jusqu'à ce jour.
Parallèlement à ce courant qui tend à river de plus en plus les Etats les uns aux autres, se dessine aussi un mouvement vers la création d'associations, unions ou fédérations internationales poursuivant les buts les plus divers, politiques, scientifiques, moraux ou sociaux, mais ayant conjointe ment pour objectif de déveloi)per les rapports entre les individus ou groupes d'individus appartenant à différentes nations et conséquemment entre les nations elles-mêmes. Ces associations constituées entre hommes de science, hommes politiques, juristes ou personnes exerçant des professions libérales ont pris une extension considérable.
Grâce à l'organisation de congrès périodiques, la préparation de travaux portant sur les sujets les plus divers, une propagande systématique, et qui a surtout pour but d'entrainer les élites de tous pays à une compréhension meilleure des grands problèmes internationaux, elles exercent une influence dont on ne pourrait sous-évaluer la valeur et il convient nécessairement de les encourager. C'est que s'il est vrai, ainsi qu'il est dit dans l'acte 4 du Congrès des Associations internationales (1) que « la formation d'une superstructure internationale est spontanée, il y a néanmoins tout à gagner à intervenir dans sa croissance par une action réfléchie et constante. On peut aussi hâter son achèvement. On peut aussi mieux harmoniser tous ses éléments en s'inspirant à la fois de l'expérience et des desiderata rationnels. »
On ne doit pas, en effet, considérer le devenir des sociétés, pas plus que des hommes eux-mêmes, comme étant exclusivement déterminé par le seul jeu des forces dites universolles. Nous nous sommes ralliés à l'hypothèse d'un libre arbitre relatif, en considérant que l'homme, aussi bien que
(1) Deuxième session. Gand-Bruxelles, 15-19 juin 1913. Office central : Bruxelles,. 3his, rue de la Régence.
les groupements d'hommes sont assujettis, avant tout, au déterminisme qui régit tout dans l'Univers. La volonté humaine peut et doit intervenir dans l'ordre social, pour autant qu'elle s'inspir'e dans l'action, de la connaissance des lois qui président a son devenir. Elle est à même aussi de modifier, dans une certaine mesure, le milieu social lui-même. Son intervention peut se faire valoir non seulement dans les rapports interindividuels, elle peut se faire sentir dans les relations qui s'établissent entre les Etats eux-mêmes.
On nous dira qu'elle s'est manifestée de cette manière à toutes les époques de l'Histoire et que le but de toute politique dite internationale tend précisément à agir conformément <à des fins déterminées. Mais ce qui est important, ce qui doit retenir l'attention, ce sont les défauts, sinon les tares qui imprègnent toujours les méthodes d'action en usage et qui, ici, moins encore que dans la politique sociale intérieure des Etats, peuvent convenir pour déterminer le progrès universel.
L'activité des Etats doit être coordonnée systématiquement et d'une manière suivie, en vue de la réalisation de certaines fins, révélées par l'étude sociologique comme étant seules conformes au vrai progrès. Les fins ne peuvent être atteintes que moyennant une adhésion volontaire de tous ou tout au moins de la majorité des Etats civilisés et grâce à l'application méthodique des principes scientifiques, qui par là même qu'ils sont susceptibles de servir l'intérêt collectif, sont à même aussi de promouvoir les intérêts de chaque Etat particulier. Il convient par cette action commune, de chercher à concilier autant que possible les intérêts nationaux opposés, en s'inspirant dans chaque cas des principes d'action précités. Les accords qui interviendront dans ces conditions entre Etats qui comprennent toute la valeur d'une coordination systématique de leurs efiôrts particuliers, donneront lieu insensiblement à la formation d'un Droit international de plus en plus élargi, qui rendra les liens entre Etats plus stables et jusqu'à devenir permanents, de manière à faire naître en dernière analyse la Société des NatwnSy avec une Constitution mondiale librement acceptée par tous. A un régime de politique internationale caractérisé par la pratique systématique de l'intrigue, de la cupidité et de la méfiance, appuyée au besoin par le recours à la violence, doit succéder uu régime d'action concertée, de concessions mutuelles et de respect des droits de chacun, avec recours obligé à la conciliation et à l'arbitrage en cas de différend.
C'est à réaliser ce régime nouveau que doivent tendre tous les efforts. La création d'un Etat international ou si l'on préfère, d'une Fédération mondiale, sera à même non seulement de mieux assurer la paix dans 1' ave nir, mais de donner aux relations entre peuples, dans les divers domaines de leur activité, économique, sociale, culturelle, etc., un développement inconnu jusqu'à ce jour. Une action qui tendrait à réaliser ce stade nouveau et de meilleure humanité, serait en tout conforme à la tendance révélée par la loi du groupement progressif et la loi du progrès obligé et c'est là
seul ce qui la justifie et la r^md nécessaire. L'internationalisme, pour l'apjmler par son nom, répond ainsi parfaitement ;ï la définition si explicite, donnée par le Congrès mondial des Associations internationah*s(l) : « L'inlernationalisme des intérêts et des efforts n'est que le prolongement du vaste mouvement qui a créé antérieurement dans l'histoire la régionalisation. Entre les p:itries nationales, qui doivent survivre comme les Etats siu'vivent dans une Confédération, se constitue j)rogressivement une vaste organisation destinée à embrasser tous les Etats, toutes les nationalités. (Relations internationales).
L'internationalisme n'est aussi qu'un des aspects du mouvement vers l'unification, la coopération et la coordination dans tous les domaines de la pensée et de l'activité. Entre toutes les branchesde la science, de la technique et de l'action sociale, qui doivent demeurer constituées avec leur domaine [propre et leur activité indépendante, il est nécessaire que soient établies les relations basées svir un ensemble de principes communs, (pii rendent les résultats communicables et comparables, et que l'entente conduise à l'économie des efforts et à leur productivité plus grande. (Relations interscientifiqups).
I/internationalisme, ainsi compris, répond parfaitement aux données et enseignements fournis par l'Energétisme.
Une société des Nations ne pourrait se concevoir sans la création d'un organisme central, sorte de Parlement international, qui serait chargé de préparer l'organisation systématique de la vieinternationnie. S'il ne parait pas possible de reconnaître à ce Parlement, formé des délégués des divers Etats, tous les droits et i>ouvoirs attribués en général aux institutions de même espèce qui pourvoient chez ceux-ci à l'organisation de la vie intérieure, rien ne devrait s'opposer, semble-t-il, à ce qu'il fut chargé de préparer toute une série d'accords, qui seraient soumis ensuite à l'agrément des divers Gouvernements et porteraient, si pas sur toutes, du moins sur les questions les plus essentielles qui répondent aux besoins intérieurs des divers pays. Peut-être dans la suite et à mesure que se seraient, fait sentir les avantages d'un régime d'entente ainsi compris, pourrait- on envisager la possibilité de rendre obligatoires certaines mesures édictées par le Parlement international avec l'application de sanctions chaque fois qu'un Etat refuserait de s'y conformer.
L'organisation de la vie mondiale devrait en tout cas être envisagée «uiyant les mêmes méthodes que l'organisation d'une société en général :
(1) Congrès mondial des Associations internationales. — Bruxelles 9-11 mai 1910. ^ -ompte rendu, p. 39.
la coordination systématique de toutes les activités particulières, c'est-à-dire des activités des divers Etats en vue de la réalisation d'un rendement maximum et sans jamais perdre du vue cet objectif ultime, l'amélioration incessante du bien-être de l'homme universel moyen. Elle pose ainsi et nécessairement une question de self-organisation, une question de fonctionnement, une question de perfectionnement. Elle embrasse tout ce qui intéresse la production, la consommation aussi bien que les échanges. Mais quel que soit le problème qu'elle se propose de résoudre, elle doit s'inspirer toujours des questions soulevées par chacune de ces grandes fonctions sociales, du principe formulé par Solvay, comme étant l'instrument le plus efficace du i)rogrès, c'est-à-dire le productivisme. Et trois réformes devront retenir plus particulièrement l'attention comme étant plus spécialement à môme de nous rapprocher des buts assignés à l'internationalisme : la langue universelle et auxiliaire, le libre échange, le droit des gens avec l'arbitrage international obligatoire.
Nous allons nous y arrêter quelque peu, mais avant nous devons compléter ce paragraphe par quelques mots encore.
Les lignes qui précèdent furent écrites des mois avant l'armistice du. 11 novembre 1918. La Belgique était alors occupée par l'armée allemande, et il n'était pas encore question de fonder une Société ou Ligue des Nations.
Depuis, la paix a été conclue. Elle porte, sans doute, la trace des impei'fections inhérentes aux actions des hommes; mais, au point de vue qui nous intéresse ici, elle a cependant abouti à l'affirmation du principe formulé par Solvay, par la constitution, cette fois acquise, d'une Ligue des Nations. Et c'est déjà un pas considérable accompli.
Il n'est pas sans intérêt de rapprocher les principes que nous avons définis ci-dessus, de ceux que l'on trouve formulés dans le Pacte dû à l'initiative du président Wilson. Ce Pacte, encore qu'il soit perfectible et qu'il laisse une place considérable aux initiatives prochaines des Etats signataires, peut être considéré comme une esquisse de Constitution mondiale.
Ses points essentiels portent notamment sur la réduction des armements; sur le respect réciproque des territoires et de l'indépendance politique des Etats; sur l'obligation de soumettre tous les différends internationaux à l'arbitrage ; sur l'acceptation par les Etats de certaines responsabilités dans les conditions du travail, dans le commerce de certains produits; dans les conditions du transit et du commerce en général; de l'hygiène publique; des sociétés de Croix- Rouge. Il crée aussi une Courpermanente.de justice internationale.
Le grand souci de la Ligue des Nations, dont le siège a été fixé à Genève, est avant tout d'assurer la paix univer-selle. Les problèmes diplomatiques et de politique internationale ont été au premier plan des préoccupations de ceux qui l'ont fondée. Et ceci est la conséquence des circonstances mêmes qui ont été la source créatrice de la Ligue.
Il en pouvait difTicilement être autreineiit. Au v^urplus, assurer la paix iiiiiversolle était bien l'œuvre primordiale. Mais il n'est pasdoui(;ux que ces points résolus. — et ils le sont virtuellement d'on^s et déjà — d'autres problèmes qui intéressent la paix économique et sociale universelle ne manque lont pas de s'imposer à l'attention de la Ligue.
Sous peine, dans un temps déterminé, de ne jdus constituer qu'un rouagi^ dans les relations politiques inieruationales, ia Ligue devra élargir l'objet a/luel de son Pacte. Les faits qui dominent depuis la signature de la paix ressortissent du problème général de la productivité internationale. Or, hi paix universelle que scelle la Ligue des Nations ne subsistera féconde, à l'abri de tous heurts menaçants, ({u'à la condition qu'un autre danger ne vienne pas, par la force impérieuse ou sous la brutalité impulsive de la nécessité, détruire son amvre.
A côté de la limitation sévère des moyens d'agression entre Etats ; à côté de l'obligation pour ceux-ci d'observer des règles fixées de morale et de relations, doivent donc parallèlrment — ou devront bientôt — être déterminés et réglés les rapports et moyens économiques internationaux aptes à rendre possible et durable l'hai-monie sociale entre les peuples. Et ceci est une conséquence inéluctable.
Tel est, d'ailleurs, nous l'avons dit, l'objet suprême d'une Société des Nations. La Ligue des Nations inaugurée à Genève, si elle veut répondre aux besoins comme aux aspirations universels (]ui l'ont saluée, devra s'inspirer de ces principes.
Déjà, celui du droit des gens et celui de l'arbitrage international obligatoire sont inscrits dans le Paci-; et ceci marque assurément un progrès important. Déjà, elle assume la mission de fixer le règlement de certaines questions commerciales; de certaines conditions de travail, qui intéressent par le fait le productivisme universel. Mais il faudra préciser davantage et aborder nettement, en tout cas résolument, tous les problèmes connexes.
En premier lieu, le principe du libre-échange comme base des rapports économiques internationaux et celui de l'adoption d'une langue universelle comme moyen de communion intellectuelle entre les peuples, sont indiqués. Ils s'imposeront d'ailleurs nécessairement un jour aux délibérations de la Ligue, et par là celle-ci s'acheminera-t-elle vers les sains principes de l'Energétique sociale.
§ 3. La langue r^^fernationale anœtlia'ère.
La question de la langue internationale est devenue, plus particulièrement depuis la fin du siècle dernier, l'une de celles qui ont retenu le plus l'attention de ceux qui voient dans le développement de rinternationalisme, l'un des moyens capables de conduire à la paix sociale. Cette préoccupation est née des circonstances qui on t rendu ici une solution plus que jamais nécessaire : la complexité de pli! s en plus grande des rapports entre nations.
s'étendant à toutes les formes do l'activité humaine, politique, économiquft; culturelle, puis le dévelop[)ement pris par l'instruction, la démocratisation du livre et tant d'autres faits encore, provoquant les uns et les autres des échanges de plus en plus nombreux et portant sur des objets de plus en })lus étendus, dans lesqiiels la langue joue nécessairement un rôle primordial.
On a donc songé à recourir h une langue internationale, parce que le besoin s'en faisait impérieusement sentir. On ne l'a [X)int proposée et on ne la propose pas davantage de nos jours, parce qu'une étude réfléchie des conflitions du devenir des sociétés a fait reconnaître que la mesure était requise par ces conditions mêmes et suivant la formule qui veut que pour bien gouverner, il faut savoir et prévoir, mais parce qu'occasionnellement on a trouvé qu'il y aurait quelque avantage à atténuer les inconvénients de la multiplicité des langues, pour adopter une langue unique, pouvant faciliter les échanges internationaux.
Les méthodes d'action en usage dans la vie internationale restent donc bieii identiques, comme on voit, à celles que nous avons reconnues dans le gouvernement intérieur des nations en générai et qui s'accommodent d'interventions purement opportunistes. Pour nous, partisans des méthodes d'action déterministe, laie langue internationale est nécessaire, indispensable, non pas parce que l'on s'est aperçu qu'elle serait de nature à mettre fin à des inconvénients notoires, mais parce qu'elle constitue en elle-même un instrument essentiel du progrès social : le développement des besoins des hommes étant conforme a la tendance naturelle de leur organisme, tout ce qui peut lo favoriser, tout ce qui peut seconder cette tendance, doit être mis en jeu dans une action coordonnée et suivie, et l'adoption universelle d'une langue dite internationale doit être poursuivie sans relâche, comme étant conforme aux lois naturelles qui président au devenir des sociétés humaines.
Mais une objection se pose immédiatement ici, à savoir qu'une réforme de cette espèce, pour être complète et répondre au but visé, ne peut être réalisée que du bon vouloir des divers gouvernements, acceptant conjointement d'adopter une même et unique langue dans leurs rapports réciproques et s'engageant à y initier tous leurs administrés.
Point n'est besoin de dire qu'il ne peut être question de tendre vers un l'égime d'exclusivité d'une langue, avec l'application de mesures devant conduire à la disparition progi'essive des langues [dites nationales. Un projet de cette espèce serait une pure chimère et nul, que nous sachions, ny a jamais songé. Les faits sont là qui attestent d'ailleurs que mêm« l'adhésion à un régime caractérisé par l'usage d'une seconde langue, dite auxiliaire internationale, dans les rapports entre peuples, se heurte à des difficultés que l'on n'a pu surmonter à ce jour.
Il y a bien longtemps, en effet, que le besoin de faciliter les relations entre peuples a suscité des efforts tendant à faire admettre par tous une même et unique langue. Le latin, jadis, jouait le rôle de langue scientifique
internationale et rendait comme telle de grands services. Toutefois, à mesure que les progrès réalisés dans les sciences rendaient nécessaires la •ivation de mots nouveaux, le vocable latin se révéla peu à [)eu insufïisant t'i il fallut rononcei'à s'en servir plus longtemps. Après Descartes, Leibnitz t'i Newton, les savants firent généralement usage, dans leurs écrits, de la langue ordinaii'e de leur pays. Mais tous les inconvénients inhérents à la multiplicité des langues se firent sentir aussitôt et il fallut de])uis chercher à découvrir une langue ({ui put rendre plus commoi^les les rapports entre savants.
Dès la même époque, les classes dirigeantes des divers pays d'Europe s'accordèrent pour se servir du français comme langue auxiliaire. Le français devint aussi la langue diplomatique. Frédéric-le-Grand la préconisa «omme langue internationale.
De ])lus en plus, à mesure que se développaient les rapports entre pays, ni mouvement finit par se dessiner en faveur de l'adoption d'une seconde langue, pouvant rendre les rapports plus faciles. Certaines grandes instituions internationales, telle l'Union postale universelle, choisirent le français comme langue officielle et le comité de l'Entente scientifique internationale pour l'adoption d'une langue auxiliaire, tout en formulant le vœu de voir l'anglais et l'allemand admis dans les réunions internationales, réclamait néanmoins la reconnaissance d'une certaine prééminence en faveur -de la langue fran chaise.
Aujourd'hui, il ne s'agit plus de découvrir une langue qui rende plus -agréable les relations entre certaines classes de la Société ou qui soit de nature à favoriser simplement les rapports entre savants. Il s'agit de trouver une langue qui soit à la portée de tous, des masses aussi bien que des élites et qui, généralisée dans son emploi, universalisée, permette aux gouvernements et aux hommes de tous pays de mieux entrer en relations entre eux. Il s'agit de procéder à une réforme que l'étude sociologique révèle comme hautement nécessaire, comme facteur essentiel de perfectionnement social. La langue auxiliaire doit être l'outil qui rende possible de mieux en mieux rinternationalisation de la politique, de la science, de l'industrie, du commerce, des arts, en pleine conformité d'ailleurs avec la tendance qui se manifeste universellement dans ce sens. Elle doit, par là même qu'elle rapproche les hommes et les met en situation de mieux satisfaire leurs besoins et leurs aspirations les plus hantes, devenir un instrument de concorde, de paix sociale.
Pour répondre à ces diverses conditions, la langue dite auxiliaire internationale doit présenter diverses qualités également indispensables : être claire, précise et simple. Ce n'est qu'à ce prix que l'on ])0urra atteindre à tous les résultats que l'on attend d'elle. Destinée à l'usage des masses aussi bien que des élites, elle doit être facile'à apprendre. Et c'est parce qu'elle requiert tant de qualités, que le choix en est difficile.
A défaut du latin., qui ne possède pas un vocabulaire adapté à nos civi-
lisations modernes, on a tout naturellement songé à proposer une langue dite vivante comme langue internationale. Mais comment fixer ici un choix? Le français, l'anglais, l'allemand, l'italien même eurent aussitôt des partisans résolus, et qui tous attribuaient à la langue de leur préférence toutes les qualités désirées. Aucune entente ne fut possible à ce jour, parce qu'il se mêlait au débat des questions d'amcur-propre national.
C'est cette impuissance à arriver à un accord, jointe au désir d'aboutir quand même qui a donné lieu à la création des langues artificielles. Le Volapuk, l'Espéranto et plus de deux cents autres langues nouvelles attestent de l'intérêt que suscite le problème. Le Volapuk a échoué, mais l'Espéranto, imaginé il y a une trentaine d'années par le D'" L. Zamenhof jouit d'une faveur incontestable dans certains milieux intellectuels. Il a des milliers d'adeptes qui l'écrivent et le parlent; il dispose d'un grand nombre de journaux, de bibliothèques nombreuses — il existe plus de trois mille volumes écrits en Espéranto, des livres d'enseignement, des dictionnaires, etc., — et ses partisans luttent avec obstination pour le faire admettre comme langue auxiliaire internationale.
Mais il a aussi ses ennemis et s'il faut lui reconnaître de grands mérites, il présente néanmoins de sérieux inconvénients. Sa technique grammaticale est l'objet de critiques justifiées et sa terminologie se transforme encore chaque jour. C'est une langue discutée, et qui manque toujours de stabilité. Elle est à ce point de vue inférieure aux langues vivantes, puisque celles-ci, consacrées par l'usage et par le temps, ne sont pas perfectibles. Et tout comme les diverses autres langues artificielles, elle finira par devenir superflue. " On a classé, écrit à ce sujet Smets (1), les systèmes de langues internationales en trois groupes, d'après leur conformité plus ou moins grande avec les langues naturelles : systèmes a priori, systèmes mixtes, systèmes a posteriori ». MM. Couturat et Léau, auteurs de cette classification (2), constatent que la première catégorie comprend tous les projets anciens, que les systèmes a posteriori sont tous modernes, et que la plupart d'entre eux sont postérieurs au Volapuk, type des sj^stèmes mixtes, et ils voient dans cette succession « l'évolution naturelle de l'idée de la langue universelle (3) «.
C'est dire que la langue auxiliaire internationale, si elle devait être une langue artificielle, serait nécessairement une langue qui se rapprocherait fort des langues naturelles. Il n'y a point de raison de ne pas s'arrêter-
(1) Note de M. Smets au groupe de la langue universelle, à Flnstitut Solvay de Sociologie.
(2) L. Couturat et L. Léau : Histoire de la langue universelle, 2® éiiition, 1907, pp.XXVII-XXVTII
(3) Ibid., p. XXVIII. Il y a une exception que MM. Couturat etLÉAD ne connaissaient pas encore au moment où ils publiaient la deuxième édition de leur Histoire. C'ept un projet de langue a posteriori, qui remonte à 1734. Voir : les riènits : Les nouvelles langnef^ internationales, p. 23.
;i un système f^ncore plus d posteriori, qui est l'adoj)tion rrune langue naturelle comme langue auxiliaire.
Il vaut donc mieux, à tous égards, s'en tenir à une langue naturelle et À semble que de plus en plus on soit disposé, du moins dans les milieux internationalistes et scientifiques à en agir ainsi. Il restera à décider d'un lioix définitif et à envisager les moyens qu'il convient de mettre en euvre pour en généraliser l'emploi. Ce ne sera là point chose aisée; mais on peut présumer qu'en raison des récents événements et des circonstances, l'espoir devient plus légitime qu'il sera possible de solutionner le problème.
Trois langues, dites naturelles, restaient en présence avant la guerre et jui pouvaient ambitionner le titre de langue auxiliaire internationale : le français, l'anglais et l'allemand. Les protagonistes de l'allemand, de quelque ])ays qu'ils soient, auront sans doute beaucoup de mal désormais à faire triompher la langue de leur préférence et, selon toute vraisemblance, les deux autres langues, le français et l'anglais, resteront seules en présence. Le choix devient plus facile et le problème lui-même de la langue unique, internationale, s'en trouve simplifié. C'est la multiplicité des langues, avec toutes les susceptibilités d'araour-propre national que soulève chacune d'elles, qui a pu en retarder surtout la solution à ce jour. Il semble que les circonstances se prêtent désormais et mieux que jamais à un accord. Il faut aboutir. La langue française a des qualités exceptionnelles et qui, nous paraît-il, devraient décider de son acceptation définitive comme langue internationale. ^
Elle a pour elle le mérite de la clarté. Elle est simple, souple et prête à toutes les précisions. Elle est d'une logique impeccable et permet d'enfermer dans des textes courts, toutes les nuances de la pensée. Elle est à la portée de tous les usages et de tous. Sa littérature est d'une richesse et d'une beauté incomparables. Elle a des titres à la prééminence qui lui viennent du passé. <3ertaines institutions internationales l'ont reconnue comme langue officielle et dans tous les congrès, scientifiques et autres, on l'a adoptée comme langue principale. Enfin, avantage appréciable, elle a des adeptes dans tous les pays.
La langue anglaise a, de son côté, des qualités et des mérites incontestables. Elle est concise et claire et, dépourvue pour ainsi dire totalement de grammaire, elle s'apprend assez facilement. Mais elle n'a pas autant de titres que la langue française à la prééminence et quoiqu'elle soit beaucoup plus parlée que celle-ci à travers le monde, elle a moins de partisans lorsqu'il s'agit de décider du choix d'une langue auxiliaire internationale.
On peut donc présumer que, les événements récents y aidant, les jiglais feront taire leurs sentiments, d'ailleurs légitimes, de fierté nationale, pour se rallier d'une part à l'idée de l'adoption d'une seconde langue 5t admettre, d'autre part, que cette langue soit le français. Tout pénétrés l'admiration pour la France et reconnaissants des services inestimables que
celle-ci vient de rendre une fois de plus à la cause de la civilisation, ils pourraient aujourd'hui, dans un geste magnifique, leur témoigner de leur ardente sympathie. L'Amérique le ratifierait sans aucun doute ; les autres pays feraient de même : le monde serait ainsi et enfin doté d'une langue auxiliaire internationale et cette langue serait le français.
L'activité particulièrement intense qui se révèle actuellement dans la vie internationale et qui, sans doute, ne fera que s'accroître dans l'avenir, rend nécessaire plus que jamais cette mesure. Les rapports entre nations auront un caractère plus obligé dans l'avenir que par le passé et s'étendront à un plus grand nombre d'objets. Les besoins de chaque pays sont immenses et les contraignent à chercher au dehors tout ce qui est de natui'e à les satisfaire. La vie économique notamment prendra une intensité inconnue jusqu'à ce jour et au point de rendre indispensable l'adoption d'un<' langue internationale auxiliaire.
Il appartiendra, dans ces conditions, aux gouvernements des deux continents, de proposer l'accord nécessaire. Il s'agira de décider que le français ne reste pas seulement la langue de la diplomatie, mais que chacun des pays intéressés mettra tout en œuvre pour généraliser la connaissanc(i du français.
Il ne peut venir à l'esprit de modifier en quoi que ce soit l'usage des lanofues dites nationales. Celles-ci conservent leur caractère familial et social qui répond aux besoins de la vie intérieure; mais tous aussi seront initiés ]dès l'école primaire, à la connaissance du français, à titre de langue auxiliaire et qui les mettra éventuellement en situation d'étendre le champ de leur activité au dehors.
La langue auxiliaire devient ainsi non seulement un outil merveilleux, permettant d'étendre et de faciliter des relations interindividuelles, mais un instrument essentiel de progrès.
§ 4. Droit des gens et arbitrage inter^iational.
S'il fallait invoquer une raison d'ordre énorgétiste pour faire condamner la guerre et en dehors de la répulsion qu'inspirent les actes insensés auxquels elle donne lieu, il faudrait la tnuivor dans les conséquences qu'elle entraine au point de vue de la production. C'est sous cet aspect que doit être envisagé le problème, si l'on se place à un point de vue do l'action sociale scientifique.
Les horreurs, les calamités sans nom engendrées par la guerre nous sont bien connues par toutes les relations que nous a léguées le passé et mieux encore, par les soufirances inouïes que la guerre actuelle a imposées aux générations présentes. Point n'est besoin d'y insister ici. On n'a pu encore amener les peuples à renoncer aux méthodes de violence qui doivent servir à liquider leurs conflits, en faisant appel aux sentiments des hommes;
les désastres eflroyables civés par la «^ucne présente et qui touchent aux intérêts vitaux de tous les peuples du monde, les feront sans doute réfléchir dans l'avenir et les rendront plus attentifs aux actes qui doivent décider de leur sort.
Si, ainsi (jue le prétend avec raison Solvay, la pro<luctiou est la fonction essentielle qui génère le bien-être et constitue la condition du progrès, tout ce qui est de nature à l'amoindrir, à l'entraver ou à la supprimer doit être écarté a prioj'i comme incompatible avec le perfectionnement normal de toute société : ainsi du moins doit être ])Osé le problème si l'on se placer à un point de vue purement social et scientifique.
A cet égard, l'état de paix armée dans lequel se complaisait rEuro])o dès avant la guerre pouvait déjà être considéré comme antisocial, incompatible avec une évolution normale, dans le sens du progrès. Le militarism*.'^ ne portait pas seulement en lui le germe des guerres à venir et pouvait suffire à lui seul à les rendre inévitables; il se faisait sentir à ce point sur le terrain économique, qu'il semblait que l'on n'aurait pu, si la guerre n'était survenue, faire face longtemps encore aux charges écrasantes qui pesaient sur les budgets des divers Etats. L'Europe dépensait avant 1914 annuellement 11 milliards de francs i>our les armements, 8 milliards pour ses armées, 3 milliards pour ses flottes de guerre! Quatre millions de jeunes gens étaient soustraits d'année en année au travail productif pour faire du service militaire 1 Et l'on eût certes pu se consoler de voir engloutir tant de capitaux, gaspiller tant d'énergies, si tous ces efïbrts avaient tout au moins eu pour avantage d'assurer la paix du monde. Mais les événements inouïs dont nous sommes toujours les témoins ont fait voir que les charges si lourdes que devaient s'imi>oser les divers pays d'Europe n'ont non seulement pu empêcher l'explosion de la guerre, mais concouru à rendre celle-ci plus redoutable, plus funeste pour les hommes,, que n'importe quelle guerre dans le passé. L'état de paix armée devait donner lieu inévitablement au système d'alliances qui allait peu à peu, inévitablement aussi, entraîner le monde entier dans le conflit. Et dès lors il fut donné de voir ce qu'il en coûte, dans Tenchevètrement actuel des relations internationales, politiques, économiques, financières, etc., de recourir à la violence pour liquider les difterends entre nations. Près de cinquante millions d'hommes viennent, durant cinq ans, de prendre les armes, et furent nécessairement soustraits à la production. Un plus grand nombre encore furent dirigés sur les travaux et les institutions de guerre. Plus de douze millions d'hommes, la plupart à la fleur de l'âge, ont été tué& ou sont invalides. Ils représentent à eux seuls une diminution de quinze milliards pour la production annuelle. La valeur productive de ceux qui restent est notablement diminuée. La jeunesse, d'autre part, espoir de demain, n'a pas été préparée en vue du rôle qu'elle a à jouer dans l'avenir et la production mondiale s'en ressentira, tout comme pendant la guerre,, quantitativement et qualitativement, dans des proportions insensées.
La quantité de richesses délraites dépasse toute imagination. Toutes les réserves de matières premières, produits finis ou demi-finis ont disparu. Les entreprises industrielles ont généralement adapté leur production, dans la plupart des pajs du monde, presque exclusivement aux besoin de la guerre. Les machines sont usées, détériorées ou détruites ; il faudra des années avant que le matériel soit partout reconstitué ou remplacé.
Les possibilités de transport sont fort réduites dans les divers pays en raison des destructions et détériorations du matériel roulant, des chemin de fer, ponts, viaducs, routes et canaux; les moyens de transport par eau seront vraisemblablement inférieurs aux besoins nouveaux de la vie économique, les frets atteindront des prix exorbitants.
Le sol, à défaut d'engrais chimiques et d'entretien suffisant, est appauvri, le cheptel partout ramené à sa plus simple expression, les bra font défaut. Le crédit se trouve dans un état anarchique. Les Etats sont en général appauvris et ont à faire face désormais aux dépenses de guerre qui se chiffrent par près de 1 ,000 milliards ! Ils auront à couvrir en outre les dommages et dégâts causés aux citoyens par destruction, enlèvement ou réquisition d'immeubles, outillage, produits finis ou demi-finis, des indemnités à servir aux invalides, veuves et orphelins : ainsi apparaît, entrevu dans son ensemble, le bilan de cette guerre effroyable, et que d'aucuns ont cru devoir déchaîner pour bien servir les intérêts de leurs peuples !
Il ne faut point s'étonner que de tant de malheurs soient sortis quelques bienfaits, que déjà les partisans des méthodes de violences, s'ingénient mettre en évidence pour justifier, pour légitimer la guerre. Des progrès ont pu être réalisés dans divers domaines à la faveur de la tourmente et qui touchent à l'ordre matériel aussi bien qu'à l'ordre social. On peut même dire que l'épreuve effroyable à laquelle viennent d'être soumises les générations contemporaines a révélé, entre tous autres, que celles-ci ne l'ont cédé en rien, comme courage, comme vertu civique, comme idéalisme, à aucune des générations qui les ont précédées.
Mais s'il est vrai qu'à certains égards, des progrès ont pu être réalisés sous la poussée de besoins qu'il fallut à tout prix satisfaire, s'il est vrai aussi que la guerre, en modifiant l'esprit public, a rendu possible l'élabora, tion de réformes, sociales et économiques, que l'on eut pu croire jusqu'à ce jour utopiques et par conséquent irréalisables, elle reste condamnable comme étant contraire à la Morale sociale et aux intérêts bien compris de l'humanité. Qui, en effet, dira les bienfaits et avantages qu'aurait pu faire naître le travail physique et intellectuel des millions d'hommes désormais disparus ? Après que furent dissipés chaque année de nombreux milliards pour faire face à l'état de paix armée, mille milliards, comme nous venons devoir, ont été engloutis dans des œuvres de guerre. Il n'en eut pas fallu autant pour régénérer à tout jamais le monde et faire naître à tout jamais aussi et partout le bien-être, sinon le bonheur. Quels progrès n'eut-on pu réaliser, dans le domaine du savoir et du savoir-faire, si l'on avait pu, pen-
lîint un nombre d'années ménie réduit, consacrer une partie de ces capitaux fabuleux à l'instruction et à l'éducation morale des masses ?
D'aucuns ont voulu considérer la guerre comme une des fonctions 'essentielles de la politiqut^ S'ils voient en elle l'un des moyens qui doiv^e permettre de conduire au mieux-être des peuples, ce moyen n'est en tout cas pas le meilleur. Les conquêtes ont pu naguère procurer aux assaillants ^•crtains avantages; il n'en est plus ainsi de nos jours. Elles sont onéreuses I ce point, qu'il n'est pas de prestations imi)Osées au vaincu qui puissent •ompenser les charges et sacrifices qu'elles entraînent pour l'agresseur. La 1,'uerre n'est plus aujourd'hui une bonne affaire, même en cas de victoire. Si elle n'était déjà condamnée par la Morale, il faudrait y renoncer, parce qu'elle est antiproductiviste, par conséquent antisociale.
Ces deux mots, paix et guerre, remplissent toute la civilisation. Le monde a toujours été ballotté entre ces deux flux et réflux. Les hommes -'agitent sans cesse, pour conquérir un peu plus de bien-être, un peu plus de gloire. Sans qu'ils le veuillent, sans même qu'ils le sachent, leur lutte fait avancer les idées, enfante lentement le progrès, mais à quel prix ?
Et pourtant, à la tendance guerrière s'est opposée, dès les temps les j)Ius reculés, une tendance pacifique. L'idée d'arbitrage remonte à la plus haute antiquité, alors que la religion encourageait le recours à la violence. La conception du droit est née dès cette époque, pour s'affirmer, se préciser au moyen âge et conduire insensiblement à la constitution d'un ordre juridique. Aujourd'hui, cette paix juridique basée sur l'arbitrage et que l'on avait jusqu'en ces derniers temps considérée comme impossible, comme illusoire, est entrée dans la conscience universelle et va devenir une vivante réalité.
Une fois de plus, la force aura précédé le droit. Le droit public, le droit privé eurent-ils d'ailleurs une autre origine ? Quel est l'Etat qui ne doit son existence à la conquête? Quelle dynastie ne repose à l'origine sur la violence? Le droit de propriété, lui-même, n'a-t-il pas puisé ses fondements dans la force ? Qu'il s'agisse de rapports entre individus ou entre collectivités, le droit est né après avoir passé par les mêmes phases. Le droit des gens est issu de la violence et, méconnu, vilipendié durant la guerre, il renaît par la violence. Les démocraties ont bien dû, pour le faire revivre, l'affirmer comme leur but essentiel, primordial de guerre. La guerre doit servir à faire disparaître la guerre et le règne de la justice sera malgré tout fondé sur les cadavres de millions d'êtres humains !
Il est de bons esprits qui, en dépit des assurances et de toutes les bonnes intentions manifestées par les divers Etats, restent sceptiques et se refusent à croire que la paix désormais sera perpétuelle. Ils ne croient pas à la sagesse des hommes. Ils en appellent à l'Histoire et soulignent, non sans
raison, que les passions ont toujours gouverné et ne cesseront do gouverne le monde. Les hommes qui ont remporté tant de victoires sur les éléments de la nature, ont-ils jamais pu remporter de victoire sur eux-mêmes ? Qui pourrait leur imposer la paix ?
Il serait certes permis de douter de l'efficacité de l'arbitrage, si Ton s'en tenait à l'échange pur et simple d'une convention librement acceptée par les divers Etats et sans plus. On peut même dire qu'un régime international juridique dont l'arbitrage obligatoire serait le couronnement n'aurait guère de chances de maintenir la paix entre les hommes, s'il n'était pourvu concomitamment à d'autres mesures qui puissent lui faire donner ses pleins effets. Et parmi ces mesures, il n'en est pas de plus indispensable que la formation de l'esprit public, c'est-à-dire l'éducation des masses, qui mette celles-ci en situation non seulement de comprendre toute la valeur de la réforme, mais les incite à en surveiller l'exécution.
La guerre est immorale, haïssable et doit être condamnée comme moyen susceptible de régler les rapports entre nations. Sans qu'ils aient jamais pu la considérer comme légitime, les peuples, mal instruits, peu prévenus, ont pu pendant longtemps et très naturellement voir en elle un des éléments de la vie sociale internationale et la subir comme un " mal toujours nécessaire ». Aujourd'hui, la pensée contemporaine se refuse à admettre plus longtemps, comme le proclamait Joseph de Maistre, que « la guerre est divine en elle-même, parce qu'elle est une loi du monde. ^ Elle ne lui reconnaît plus cette beauté mystérieuse que lui découvraient les poètes, les historiens du passé, et qui, trompant la bonne foi des foules, les incitaient à croire que c'est en elle et par elle seulement que les peuples deviennent grands, que s'ennoblissent les âmes, que doit naître le bien-être ! Elle veut préparer la paix sociale par la paix juridique d'abord, puis par la paix économique.
La paix juridique, c'est-à-dire l'organisation des rapports entre nations, basée sur un système d'obligations et par conséquent de garanties réciproques, qui, sans toucher à la liberté de chaque peuple, les unisse dans une même et puissante solidarité. La paix économique, c'est-à-dire l'adhésion universelle à un régime de libre échange, qui permette à chaque peuple de réaliser sa pleine expansion en champ ouvert, et assure à chacun aussi la place qu'il doit à ses mérites et à son activité. L'une ne va pas sans l'autre ; la paix économique doit être à la base du droit des gens. Les relations entre peuples ne doivent plus seulement être simples jeux de diplomates; elles devront être réglées conformément à un droit nouveau, qui garantisse leur existence et leur libre développement. Les usages, coutumes et conventions qui déjà représentent le droit international actuel, devront, si l'on adhère au point de vue pix)ductiviste, être modifiés, mis en concordance avec cette formule que Solvay met à la base du droit individuel : ^ A chacim selon sa productivité sociale utile ». Chaque peuple devrait se voir reconnaître des droits conformes à son activité productive et si ce principe ne peut, eu
égard aux circonstances, être mis en pratique dès maintenant, il le sera inévitablement dans l'avenir : La formule : ** A chacun d'après sa productivité sociale «, qui synthétise le droit nouveau résultant de notre doctrine, écrit Solvay (1), trouve ici sa pleine application aux individus, comme il devra la trouver aux groupements et aux nations mêmes. A mesure qu'il se substituera au Droit ancien, le Droit nouveau imposera à ces dernières un désarmement judicieux : progressivement, les armements exagérés de certains peuples se réduiront à des armements de simple défense, exactement proportionnés à la productivité même de chaque pays.
^' Et ainsi, après l'apaisement entre les partis, se réalisera l'apaisement général entre les nations : par la science, qui seule substitue le déterminé à l'arbitraire, refoule l'empirisme, supprime les désaccords, unifie, rapproche et lie » .
Il ne restera plus, dès lors, qu'à prévoir l'organisation de juridictions qui aient à statuer à l'occasion des conflits internationaux. Déjà l'on est entré dans cette voie. Il existe des tribunaux de prises, des tribunaux mixtes, une Haute- Cour arbitrale. Ce sera la tâche de la Société des nations d'instaurer définitivement le régime de l'arbitrage, de décider ce que sera son organisation, sa compétence et sa procédure.
§ 5. Le libre-échange.
L'organisation d'un régime de paix juridique, tel que nous venons de l'entrevoir, serait assurément une chimère, si elle était basée sur une simple convention qui ne tiendrait pas compte des intérêts que met en je l'ordre économique : nous y avons déjà insisté quelque peu. Aucune paix ne pourrait être durable, s'il n'était apporté au préalable une solution à certains problèmes économiques et parmi ceux-ci il n'en est pas de plus grave, de plus important que celui de la politique commerciale internationale.
Les traités d'économie politique nous renseignent que deux thèses sont ici en présence : celle du protectionnisme d'une part, celle du libre-échange d'autre part. L'une et l'autre ont leurs partisans décidés et Ton peut dire qu'il n'est pas de question qui ait soulevé plus de discussions, ni donné lieu à plus d'agitations que celle de la politique commerciale.
Nous ne pouvons assurément songer à reporter ici tout le débat. Il nous ferait sortir du cadre de ce travail. Chacune des thèses apporte dans la discussion des arguments de valeur, mais il faut bien le dire, leurs protagonistes se placent à un point de vue si différent, qu'un accord parait pour le moins impossible. Alors que les protectionnistes se déclarent avant tout
(1) E. Solvay. Energétique sociale et politique positive. Revue économiqtie intenioMo noie, janvier 1910.
nationalistes et croient à la possibilité de faire naitre la prospérité dans un pays sans pratiquer nécessairement et largement le commerce international, les libres-échangistes ne la conçoivent que moyennant une politique mise au service du bien-être général de l'humanité.
Assurément, il est difficile de demander à un peuple de faire abandon de toute préoccupation de ses intérêts particuliers, pour adopter une ligne d« conduite qui s'inspire uniquement d'intérêts réputés supérieurs. Si celle-ci est de nature à ruiner son industrie, à paralyser chez lui toutes les initiatives pour permettre à d'autres pays plus avisés de s'enrichir à ses dépens, on ne pourrait lui faire un grief de s'en tenir à un saint égoïsme et d'agir avant tout en conformité avec ses intérêts particuliers. Pour réaliser cette fin supérieure, c'est-à-dire le bien-être de l'humanité tout entière, il faut concilier les deux intérêts en cause : l'intérêt supérieur collectif et l'intérêt particulier. Et une fois de plus, l'on ne peut atteindre à ce but que dans une action concertée de tous les peuples, ou tout au moins du plus grand nombre des peuples, acceptant loyalement d'en agir ainsi.
Envisagé de son point de vue théorique, le problème ne peut être résolu que dans le sens du libre-échange. Chaque société particulière, comme aussi bien en dernière analyse chaque individu, ne peut réaliser le rendement maximum, que pour autant qu'ils soient en mesure de faire valoir tous leurs moyens, toutes les possibilités d'action, en conformité avec les lois qui président à leur être et à leur devenir. L'utilisation la meilleure des hommes, comme aussi l'utilisation la meilleure des choses sont en corrélation directe avec l'ampleur donnée aux échanges. La politique protectionniste a pour effet immédiat d'élever le coût de la vie, l'Etat prélevant sur les produits et y compris les produits de première nécessité un impôt, durement ressenti en général par les consommateurs. Il entraîne le renchérissement des matières premières, produits finis et demi-finis, de l'outillage même, requis par la production en général. Il met fin à toute possibilité de concurrence, nécessaire pour assurer le progrès dans les divers domaines lie l'industrie : il est à ces divers points de vue, antiproductiviste, en opposition avec les principes qui doivent inspirer toute action réfléchie et véritablement scientifique.
De ces divers inconvénients, rien ne subsiste dans un régime de libreéchange. Et celui-ci présente par surcroit l'immense avantage qu'il dispose les peuples à la paix. Le protectionnisme, c'est le régime de la politique en champ clos pratiqué par chaque pays, c'est-à-dire de la politique égoïste, du " chacun pour soi " , et qui ne se préoccupe pas par conséquent des besoins et intérêts des pays voisins. C'est la politique du poteau-frontière, de la guerre de tarifs qui préparera inévitablement la guerre à coups de fusils et H coups de canons. C'est la négation de tout besoin de la solidarité, chaque Etat poursuivant la route qu'il croit être la meilleure. S'il faut en passant écraser ses voisins, peu importe, il faut avant tout défendre ses intérêts : menacé sans cesse, chacun d'eux se prépare ainsi à la guerre et celle-ci
éclate le plus souvent sans (qu'apparaisse la cause vérilable qui a préludé ^ son éclosion.
Quel sera le régime de demain? On ne met plus guère en doute le rôl^ capital joué, au cours de la guerre actuelle, par les phénomènes économiques et mieux que jamais, l'on prend conscience du i ôle, plus formidable encore, que ceux-ci joueront à l'avenii' dans les rapports entif^ nations.
De-ci, de-là, dans les pays engagés dans la lutte, comme chez ceux qui crurent préférable de rester en dehors du conflit, s'élèvent des voix autorisées qui donnent à entendre qu'un régime de protectionnisme deviendra indispensable pour rendre quelque équilibre aux budgets ébranlés par ces quelques années de guerre. Il ne peut assurément s'agir là que de mesures transitoires et d'une portée très limitée. Les puissances alliées viennent de prendre sous contrôle pour les années à venir un certain nombre de produits et matières premières disponibles, dans la plupart des pays qui sont à même de les fournir. Ils doivent donner lieu à lépartition dans des conditions prévues dès maintenant : il serait pour le moins singulier que l'on ne recourût pas ici à une formule de libre-échange, si essentiellement profitable aux divers pays que les accords précités doivent avantager.
Qu'on le veuille ou non, le libre échange s'imposera dans l'avenir. Aussi bien le marché domestique a donné lieu au marché urbain, puis au marché national, celui-ci s'élargira sans cesse, inévitablement et jusqu'à prendre son caractère définitif, c'est-à-dire mondial. Sous la poussée des forces que mit en jeu l'évolution, les peuples, éclairés par toutes les expériences du passé et plus assagis se rallieront inévitablement au régime qui répond le mieux aux intérêts de l'Humanité, aussi bien qu'à leurs intérêts particuliers bien compris.