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CHAPITRE XXIV

§ 371 . Notre analyse longuement continuée nous a fait descendre jusqu'à ces rapports qui servent de base, non-seulement à tous les rapports précédents, mais à tout développement quelconque de Tesprit. Si des inférences les plus complexes et les plus abstraites de Tadulte, nous descendons aux intuitions les plus rudimentaires du petit enfant, nous voyons que toute intelligence procède par rétablissement de rapports de ressemblance et différence. Pour bien montrer la réalité de ce fait, nous devons examiner les conclusions successives auxquelles nous sommes arrivés dans les précédents chapitres.

Dans les espèces les plus parfaites de raisonnement quantitatif composé, nous avons trouvé que chacune des diverses intuitions qui nous servent à atteindre une conclusion, nonseulement implique le rapport de ressemblance sous sa forme la plus haute, — celle S! égalité^ — mais qu'elle l'implique aussi de manières très-diverses. Nous avons trouvé qu^en descendant pas à pas jusqu'aux espèces inférieures du raisonnement, les intuitions de ressemblance renfermées dans chaque acte de raisonnement deviennj^fluoins nombreuses et moins exactes, mais que la dernière foirmeèlle-même implique nécessairement une ressemblance de rapports. Nous avons trouvé que la classification des objets implique perception de la ressemblance d'un nouveau groupederapportsavec un groupeprécédemmentconnu,jointe à une différence plus ou moins grande des attributs individuels : la récognition au contraire implique Vexacte ressemblance et des attributs individuels et de leurs tîcç^wX's» ^^^^

ceux du groupe précédemnient connu. Nous avons vu ensuite que la perception d'un objet spécial n'est possible que si on le pense comme semblable à quelque chose ou à quelque individu précédemment connu. Nous avons trouvé que la perception d*un corps qui présente ces trois ordres d'attributs, implique un classement des divers attributs,de leurs relations mutuelles et des conditions sous lesquelles ils sont connus, avec des attributs, relations et conditions semblables. On a montré que nos idées d'espace, de temps, de mouvement, naissent de la découverte de l'équivalence de certains états de conscience, sériels et simultanés^ et de plus qu'on ne peut penser aucun espace, temps ou mouvement particulier, sans que cet acte implique un rapport de ressemblance. Ensuite nous avons vu que les ordres les plus élevés de rapports sont résolubles chacun en rapports de ressemblance et différence dont les termes ont certains caractères de spécialité et complexité. La ressemblance a été définie la cointensité de deux rapports identiques en nature entre des états de conscience qui sont eux-mômcs semblables en espèce, mais dissemblables en degré. Nous avons trouvé que la coïntensité est la ressemblance en degré entre des changements de conscience semblables en genre ou des états de conscience semblables en genre. On a montré que la coétendue est la ressemblance entre deux états de conscience composés, sous le rapport de l'ordre et du nombre, des rapports élémentaires de coexistence que chacun renferme. La coexistence a été résolue en deux séquences dont les termes sont exactement semblables en espèce et en degré, exactement dissemblables ou opposés dans leur ordre de succession, et exactement dissemblaties dans le sentiment qui accompagne cette succession. L'identité de nature a élé définie une ressemblance en espèce entre deux changements di la conscience ou deux états de conscience. Et nous avons trouvé que chacun de ces rapports a sa négation par laquelli la différence de la chose est affirmée. Puis donc que c'est dans la connaissance d'états successifs

et de changements de conscience semblables ou dissemblables que consiste essentiellement Tacte de la pensée, nous avons maintenant à rechercher la nature essentielle de ces phénomènes de conscience que nous désignons par les mots semblables et dissemblables. Ces rapports sont ils définissables? Et s'ils le sont, que sont ils ?

§ 373. Les choses ne peuvent être vraiment définies qu'au moyen de termes plus généraux qu'elles; par conséquent, à moins qu'il n'y ait encore quelque rapport au-dessous des rapports de ressemblance et différence, il faut que ceux-ci restent indéfinissables. A strictement parler, ce rapport plus général n'existe pas. Le seul rapport dont nous ayons encore à nous occuper est coordonné avec ceux-ci, est situé sur le même plan qu'eux, n'est en fait qu'un autre aspect des mêmes phéno-

. mènes mentaux. Tout ce qui nous est possible, c'est de traduire la ressemblance et la différence à l'aide des termes de ce rapport restant; puis, quand nous en viendrons à ce rapport restant, de le traduire lui-même par les termes de ressemblance et différence, et de montrer qu'ils se complètent nécessairement l'un l'autre.

Ceci établi, on peut répondre plus facilement à la question ci-dessus posée en comparant ensemble les rapports de ressemblance et différence. La nature essentielle de l'un se montrera mieux par son opposition avec l'autre. En quoi donc consiste la différence entre les deux processus mentaux qui nous révèlent ces rapports?

Si je coupe en deux une feuille de papier coloré, — bleu par exemple, — et si j'en place les pièces séparément à quelque distance ; et si je place aussi séparément à quelque distance deux autres morceaux de différentes couleurs, — par exemple rouge et vert, le premier couple m'offre un rapport de ressemblance, le second couple un rapport de différence. En quoi

, consiste la connaissance de chacun de ces rapports? En passant d'un morceau bleu à l'autre, j'ai conscience de passer d'un

I état à un autre état qui est nouveau en tant qu'il est distinct

du premier et postérieur à lui, mais qui n'est nouveau à aucun autre égard. En passant du rouge au vert, j^ai conscience de passer d*un état à un autre état qui est nouveau non-seulement parce qu'il est postérieur, mais qui est nouveau par ail* leurs. Supposez maintenant que je place les deux morceaux bleus tout à fait près l'un de Tautre, réunissant ainsi les deux morceaux que j*ai coupés, puisque je place aussi tout près l'un de l'autre les morceaux rouge et vert. Qu'arrive-t-il ? Que les deux morceaux bleus ne nous sont plus connus maintenant par deux états de conscience distincts ; les deux états de conscience se fondent pratiquement en un. Mais les morceaux rouge et vert placés aussi près qu'on voudra, produisent encore deux états quand on les examine. De même pour les odeurs. Une fleur, quand on la sent, produit un certain ét^t de conscience continu. Si on y joint une autre fleur de la même espèce et qu'on approche les deux du nez, les dçux odeurs successives pourront sembler produites par l'odeur continue d'une seule. Mais si les fleurs sont de différentes sortes^ elles produiront différents états de conscience si on les sent successivement. La même chose est vraie des sons. Une npte soutenue, venant du vent ou d'un instrument à cordes^ peut être parfaitement homogène, ou bien interrompue d'une manière à peine appréciable, qui sert à paraître diviser cette note en deux notes exactement semblables. Mais quand nous écoutons une telle note, la conscience que nous en avons peut être considérée presque indifféremment comme formant un état ou deux états ; au contraire, quand nous entendons un intervalle musical^ nous éprouvons décidément deux états« E( cette opposition des rapports de ressemblance et de différence s'éclaircira encore davantage, si l'on remarque que les. états de conscience que nous nommons semblables, non-seulement se fondent insensiblement en un seul état, mais qu'un état de conscience quelconque, ayant une continuité appréciable^ peut être conçu comme divisé en une série d'états semblables.

Tout'cela ncms oRmtre'afiffn^clamttieDt qiie,fNUr lès mots sembbMer et dîMMiMafrfe»,' marentetidimdià prodiieUôtt ott' la'n6D-»pro<hietien'd\rïr(:fofnJ|fement danb IrcMlfsèienee'. NégtU gettot pour un moment cet état dè^ 'ocmAeteflm'^ paSêbg^' (Jtfi' QMurqùe uo triDsfert d^ttentiom^et qui stiilsteirient cdnsidétë^ est un «obèliii^tiietit; rnoor pôuvens dii^e qotf^'pa^ reèséifibîcitfbV et diiérence, nefos' enténdotis cAoti^tHret nm-^eftMgéfmlMr dans 'la cDDsctetate. Les deux 'termes d'un rapport de diUfé''^' rence'sontdetrx'éiats de conscience fûhéfant' ratAétéUteïit et^ le conséquent d'un e/umyement dans^la 'consdenfee'^ lés détit termes d^unTap(MTt de ressemblaurce^MtrantécédéûCet le'èOiiséqttent db'cerquiiea^uii'«enâ est utt'ifon^Am^eD^I^ VâPquni!' laifxré'ia'consoîenee'^aDs le toéme étatqtr^atlpllfatllAt:'*

§373. Mais ce n'est là qu'une vérité^ iBpph)iixtfflltef;'utiir' esqriisse'TAifystrietement interffrëtéé; serésoiidtfait eituHéflÂ^^ possTbiiilé. Gan comme le rapport de* rèS^èàlblfetUcid' iiU^M^é' deux temfes^ detix étate^déxomciôncb, et cottfàe déUt^Klihdë^ conscience, s'ils ne sont pas différents eux-mêmes, ne^U^'' vent exister comme états séparés, qu'autant qu'ils sont distingués l'un de l'autre par quelque état qui est différent, il s'ensuit qu'un rapport de ressemblance implique un changement ou plutôt des changements dans la conscience. A parler rigoureusement donc, un rapport de ressemblance consiste en deux rapports de différence qui se neutralisent l'un l'autre. 11 y a un changement de l'état  à un autre état B (changement qui représente le sentiment que nous éprouvons en passant de l'une des deux choses semblables à Tautre) et un changement de l'état B à un second état  ; lequel second état A ne se distinguerait pas du premier, s'il n'en était séparé par l'état B, et se confond avec lui quand l'état B disparaît, par suite du rapprochement dans le temps ou Tespace des deux stimulus semblables.

Beaucoup de rapports de différence se composent de même de deux rapports de différence, qui cependant ne se neutralisent pas l'un l'autre. Pans touç les cas où les deux

tenues du rapport se suivent dans la conscience, mais sans être juxtaposés (comme quand nous considérons séparément et à quelque distance des objets dissemblables, ou quand il s'écoule un court intervalle de temps entre des sons ou des odeurs dissemblables), il y a alors trois états de conscience impliqués : l'état originel A^ l'état de transition B^et l'état que nous affirmons dissemblable C. Mais le rapport primordial de différence se compose de deux états seulement. Quand deux notes d'espèce différente frappent l'oreille en succession rapide^ de manière à ne pas laisser un temps suffisant pour qu'une pensée ou sensation intervienne^ quand un rayon de lumière chasse pour un moment les ténèbres, quand un état de conscience quelconque est supplanté par un autre, il s'établit un rapport de différence.

Ainsi donc le rapport de différence est primordial : c'est le rapport impliqué dans tout autre rapport, et on ne peut rien en dire de plus sinon qu'il est un changement de la cons* cience.

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