‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 4 sur 67 · CHAPITRE PllEMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PllEMIER

§ 1. Entre les animaux inférieurs et les animaux supérieurs, il n'y a pas de contraste plus frappant que celui de la faible motilité propre des uns et de la grande motilité propre des autres. Une monade qui traverse, avec quelque rapidité apparente, le champ du microscope, en réalité avance avec une lenteur extrême, sa vitesse^ quand elle n'est pas amplifiée par les lentilles, étant à peu près celle de Taiguille des minutes d'une montre. Si vous dérangez les parties d'une anémone de mer, elles se remeltent en place avec une vitesse qui, quoique immensément plus grande que celle de la monade dans l'eau, est cependant insignifiante comparée à la vitesse de la plupart des animaux terrestres et célestes. Si l'on compare les mouvements des Protozoaires ou des Zoophytes à ceux de ces oiseaux qui peuvent suivre un train ou de ces mammifères qui fout un mille en une minute, les facultés locomotrices des premiers sont à peine appréciables. Les masses étant supposées égales, la quantité de mouvement engendré dans le dernier cas est presque un million de fois celle engendrée dans le premier.

Des contrastes de cette sorte existent aussi bien danscha(\ue grande division du règae animal que dans le rëgiie ^lÀm'oX

pris dans son entier. L'embranchement des Annelés nous montre une immense différence entre la lente reptation des Ters et le toI rapide des insectes. Chez les Mollusques, la lenteur des Tuniciers n'est pas moins marquée que l'activité des Céphalopodes. Et entre les Vertébrés inférieurs^ qui respirent dans l'air, et les Vertébrés supérieurs qui respirent dans l'air, il y a également une différence remarquable dans l'énergie des mouvements.

Cette motilité propre, qui par sa quantité distingue généralement les animaux supérieurs des animaux inférieurs, et qui, certes, entre pour beaucoup dans nos idées de supérieur et d'inférieur, se manifeste de différentes façons. Nous la voyons dans les d^gemcnts d'attitude qui se produisent sans que le corps change de place. Nous la voyons dans la translation à travers l'espace d'un corps considéré comme tout, abstraction faite de toute résistance externe vaincue. Nous la voyons dans l'effort fait pour vaincre ces résistances, — celles dues au milieu et celles dues à la pesanteur : tout cela, cependant, c'est la manifestation d'une aptitude, — l'aptitude à produire une force, qui se manifeste elle-même comme force mécanique {momentum)^ ou produirait de la force mécanique pour faire équilibre à une autre force. Et c'est sous cette forme générale que nous avons à nous occuper ici de cette aptitude. Nous avons à examiner les animaux inférieurs comme produisant une très-petite quantité de mouvement actuel ou potentiel, et les animaux supérieurs comme produisant une quantité relativement énorme de mouvement actuel ou potentiel.

§ 2. A quelles différences internes ces différences de manifestation externe sont-elles liées? A plusieurs sans aucun doute. Un organisme actif contient diverses fonctions, dont aucune ne peut s'amoindrir sans que cette activité soit par là même grandement diminuée ou complètement détruite.

Si le système alimentaire i \<t affaibli, il doit en résulter une

iiniiliutioQ dans la faculté d'engendrer du mouvement, vu le

^tDgue de oiatériaux nécessaires pour le produire. Et de là ce

fait qu'on peut suivre dans tout le règne animal: c*est qu'une grande activité locomotrice est toujours accompagnée d'un appareil développé pour prendre de la nourriture. Il est clair aussi qu'il ne peut y avoir de grande motilité propre que si les matériaux absorbés sont distribués d'une manière eiïective dans les organes qui transforment le mouvement insensible en mouvement sensible ; et par suite, à mesure que nous montons des animaux qui se meuvent peu à ceox qui se meuvent beaucoup, nous trouvons un système vasculaire de plus en plus développé. De même pour les organes qui séparent du sang les substances qui ont abandonnéle mouvement qu'elles contenaient. Si le sang est obstrué de matières inertes, il en résulte une diminution nécessaire dans la production du mouvement ; et par suite, comme nous le voyons en comparant les animaux actifs aux animaux inactifs, Taccroissement d'activité est accompagné d'un développement des stuctures propres à épurer. Il est encore plus clair qne la production de beaucoupde mouvement et la résistance à ces forces qui s'opposent au mouvement, impliquent des parties capables de supporter de grands efforts, des masses de tissu dense^ comme les os chez les vertébrés et l'organisme dermal chez les invertébrés ; et par suite, à mesure que nous montons des animaux inertes aux animaux vivaces^ nous allons des squelettes faibles aux squelettes forts, squelettes d'ailleurs internes ou externes. Avant tout, il est évident qu'avec cette activité locomotrice, doivent exister des organes contractiles qui sont les moteurs immédiats des membres et par conséquent du corps: et de là la connexion directe entre l'absence de fibres musculaires et une motilité extrêmement faible, entre le développement des muscles et une grande motilité, — connexion assez directe pour faire qu'à première vue, la production du mouvement semble varier comme le développement musculaire.

Mais, quoique la production du mouvement déçetid^ âi^ loin des structures disgestive, vasculaire, respiratoire el ^\xVct^^

quoiqifelie dépende immédiatement de la structure contractile, cependant le point le plus important d'où elle dépend reste à dire. Car toutes ces fonctions prises ensemble ne peuvent rien faire d'elles-mêmes. Les muscles ne sont que des instruments qui restent passifs, tant que leur pouvoir n'est pas excité par la structure qui les emploie, et la quantité de mouyement qu'ils produisent varie selon ce que demande la structure qui les excite et les gouverne. En d'autres termes, l'initiateur et le premier générateur de mouvement est le système nerveux. Là où il y a un pouvoir extrêmement faible d'engendrer du mouvement, comme chez les Protozoaires et les Cœlentérés inférieurs, il n'y a pas de système nerveux. Là où l'activité commence à se montrer, un système nerveux comnence à être visible. Et là où la puissance de motilité est grande, le système nerveux est relativement bien développé. Quoique le système musculaire s'accroisse aussi et devienne mieux organisé, cependant la quantité de mouvement produit est en relation essentielle avec le degré du développement nerveux. Non certes que cette relation soit absolument uniforme, nous verrons prochainement que cela ne peut être. Mais cette relation est plus uniforme qu'aucune autre. Quelques exemples vont montrer cela.

§ 3. L'absence de mesure empêche d'établir, entre les différentes classes de MoUusques, une comparaison détaillée qui soit satisfaisante. Cependant, en rapprochant les termes extrêmes, nous trouvons une différence indubitable dans le rapport entre le système nerveux et le reste du corps. Les Ascidies sédentaires, dont tous les mouvements se bornentou à peu près à se contracter à l'occasion, ne possèdent pour la plupart qu*un petit ganglion avec ses fibres; mais les Céphalopodes de Tordre dibnnchié, animaux actifs, qui, dans l'eau, peuvent fondre sur un poisson et le prendre, contiennent des masses de tissu nerveux dont le rapport à la masse totale est plus considérable.

IJûo est des Annelis comme des Mollusques. Nous n'avoos

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pas d*estimatioD précise du volume de leurs systèmes neryeux ; par suite, on ne peut mettre en évidence que les différences marquées. Ici encore, les formes extrêmes nous les fournissent. Les types lents des Ânnelés présentent, quand on les oppose aux types actifs, un manque certain de substance nerveuse; et même entre des ordres aussi peu éloignés que les Annélides tubicoles, dontla vieeststationnaire, et les Crustacés décapodes, dont la vie est active, il y a certainement une différence, quoiqu'elle ne soit pas énorme. Il y a aussi chez quelques Annelés des contrastes dans le système nerveux du même individu à une époque et à une autre époque. La chenille remue peu, elle n'a qu'un petit système nerveux; le papillon, avecson vol vigoureux, en a un relativement grand; et durant l'état intermédiaire de chrysalide, alors que l'organisation s'adapte à une vie plus active, on peut suivre la rapide croissance du système nerveux.

Mais c'est chez les Vertébrés que nous rencontrons les faits les plus frappants. D'après Leuret, le rapport moyen du cerveau au corps est, chez les poissons,' i à 5,668 ; chez les reptiles, 1 à f ,321 ; chez les oiseaux, 1 à 2 1 2 ; chez les mammifères, 1 à 186. Quoique ces approiimations ne puissent être que grossières, puisqu'il y a de grandes différences dans chaque classe, et puisque le rapport du cerveau au corps n'est pas le rapport du système nerveux tout entier au corps, cependant les rapports qu'elles indiquent sont vrais en substance. Si le poids de la corde spinale et des nerfs était ajouté dans chaque cas, les différences seraient considérablement diminuées^ mais elles seraient encore grandes. Et à ces différences correspondent des différences d'activité dans les classes respectives : les poissons nagent dans un milieu qui a leur propre pesanteur spécifique; les reptiles supérieurs but à porterie poids de leur corps, quand ils le traînent sur la terre, mais ne peuvent le faire longtemps ; les oiseaux et mammifères se meuventcontinuellement, souvent avec une grande vitesse.— Ici aussi, ce qui C0TtQ\^^x^. notre alûrwatJoD, c'est que la quantité relative de mvi^À^ ^X

approximativement uniforme. Le poids des muscles forme chez le poisson une grande partie du poids du corps» comme chez le reptile, peut-être une plus grande; et un reptile est à peine inférieur, s*il Test, à un oiseau ou à un mammifère sous le rapport de la quantité de tissu contractile qu'il possède. Par suite, il est manifeste que, quoique le tissu contractile soit indispensable à la genèse du mouvement, ce n*est pas sa quantité qui détermine la quantité de mouvement engendré, tandis que, malgré des complications accidentelles, on peut suivre le rapport général entre la quantité de nerfs et la quantité de mouvement.

Il y a des cas spéciaux qui éclairassent ce rapport, par exemple le cas du marsouin. Un cerveau de marsouin dépasse de beaucoup en grandeur les cerveaux d'autres animaux dont le corps a la taille du sien, à part le cerveau de Thomme et peut être du gorille. Cette structure, chez un animal qui mène une vie si simple^ est une difficulté sérieuse au point de vue des interprétations courantes^ mais est en parfaite harmonie avec rinterprétation donnée ici. Des marsouins qui accompagnent un bateau à vapeur en gambadant et en faisant des excursions de chaque cAté^ sans eSbrt apparent, montrent que leur énergie motrice doit être énorme pour conserver une si grande vitesse dans un milieu si dense.

§ 4. Un examen plus serré des faits nous révèle bientôt Tinsuffisance de la généralisation précédente. Si profonde que soit la connexion entre le développement nerveux et Tactivitc locomotrice, d'autres comparaisons montrent qu'elle se complique d'une connexion qui est à peine moins essentielle. Si, toutes choses égales^ la quantité de mouvement engendré varie directement comme la quantité de tissu nerveux, alors, chez les animaux dont la constitution est semblable ou presque semblable, il existerait un rapport à peu près constant entre la masse du système nerveux et la masse du corps, supposé que le corps, grand ou petit, se déplace avec une vitesse égale. Mais Je rapport esiloin d*étre constant.

Un cheyal galope beaucoup plus vite qu*uD homme ne court, et un cheval, dans son travail ordinaire, meut son corps chaque jour à travers un espace plus grand que celui à travers lequel un homme meut son propre corps, en considérant le travail journalier d'un homme comme équivalant à une certaine transposition de son corps. Par suite, s*il y avait un rapport simple entre la quantité de tissu nerveux et la quantité de mouvement développé, un cheval, qui pèse environ sept fois plus qu'un homme, aurait un système nerveux au moins sept fois plus pesant. Au lieu de cela, son système nerveux est plus pesant. Son cerveau ne pèse que 1 livre 7 onces; et si on y ajoutait la corde spinale, le poids total n'excéderait probablement pas 2 livres. Maisle cerveau et la corde spinale deVhomme pèsent entre 3 et 4 livres. Ainsi, Taxe cérébro-spinal du cheval n'est qu'un dixième de ce qu'il devrait être, si ce rapport était le seul. — Il apparaît encore plus clairement qu'il y a quelque autre rapport, lorsque nous écartons les causes modifiantes, en comparant des animaux de même genre ou de même espèce, mais de taille différente. Les variétés du chien nous fournissent de bons exemples. Un terre-neuve et un épagneul sont semblables pour l'organisation, la nourriture, la température, la respiration, etc., et ils ont à peu près la même puissance de locomotion, l'avantage étant du côté du plus grand. Si la production de mouvement était mesurée par la quantité de tissu nerveux, l'axe cérébro-spinal d'un terre-neuve l'emporterait en grandeur sur celui de l'épagneul, autant que le corps du terre-neuve l'emporte en grandeur sur le corps de l'épagneul. Mais il n'en est rien : quoique beaucoup plus grand absolument, il est beaucoup plus petit relativement.

Conséquemment, nous devons dire que, quoique le système nerveux soit l'initiateur du mouvement^ et quoiqu'il y ait quelque rapport évident entre le degré de développement nerveux et le degré d'énergie motrice, cependant ce rapport est enveloppé dans un autre et masqué par lui. Pour le ItouH^T ^ ejam'wons de nouveau les faits.

8 LKS DONXÉWS DE lA PSYCHOLOGIE.

^ li. Les mouvements des animaux inférieurs diffferent-ils de ceux des animaux supérieurs seulement par leur faiblesse riîlaiiye? Ils diffèrent aussi par leurs hétérogénéité relative. Les «uiimaux peu développés accomplissent des actes qui, quoi- ({ue lents, sont à peu près de la même espèce et d'une composition uniforme. Les animaux très-développés accomplissent des actes qui, quoique rapides, diffèrent en espèce et sont chacun d'une composition compliquée. Les mouvements, dans le premier cas, sont petits et homogènes, et, dans Tautre cas, grands et hétérogènes. H y a dans chaque embranchement animal des exemples de ce second rapport général, tout comme du premier.

D'humbles Mollusques, comme les TuniciVrs, qui sont fixes, n'ont guère d'autre activité que celle nécessaire pour contracter leur corps quand on les trouble, et pour le développer ensuite. Mais chez le calmar, dont l'organisation est élevéCt outre ces mouvements rapides, promptement variés, bien ajustés, qu'il montre en poursuivant et prenant sa proie, il a encore les mouvements nombreux et bien combinés de ses bras suceurs, qui servent non-seulement à la préhension, mais même à voyager sur des surfaces solides.

Les AnueléSj en y comprmant les Annélides, offrent les mêmes contrastes en général. Entre les mouvements uniformes peu variés d'un nonit rlien tt les mouvements multiformes et diversement combinés d'un crabe ou d*une araignée, la différence répond i une différence dans l'évolution nerveuse. Même différence de structure accompagne la différence entre le petit nombre d'actions simplets de la chenille et les actions nombreuses et complexes du papillon.

Mais on voit encore mieux par des comparaisons entre les

Vertébrés que rhétérogénéité de mouvement augmente avec

la grandeur relative du système nerveux. Le pûsson avance

fur des contractions alternantes de ses muscles latéraux et

ouvre L\ bouche pour rccv.\o\r Yea\i cvYât -. \!L titjjMite guère

LE SYSTÈME NERVKUX. 9

à ce peu de mouvements que les ondulation^ des nageoires et de la queue, qui lui servent à s'équilibrer et à se tourner. Dn reptile, usaut de ses membres dans Teau ou sur terre, ou des deux façons, accomplit des actions musculaires beaucoup plus variées et mieux combinées; mais ces actions ne tendent encore qu'à un petit nombre de fins. Un mammifère ordinaire, quand il chasse et détruit sa proie, creuse des terriers, élève ses petits, amasse de la nourriture, produit une plus grande variété d'actions qui sont chacune plus composées. Quand onT arrive aux Mammifères supérieurs, pour finir par l'homme, nous rencontrons des mouvements d'espèces presque innombrables, dont chacun est composé de beaucoup de mouvements moindres, soigneusement ajustés dans leurs quantités et leurs successions relatives, et qui tendent vers des objets multiformes. Et, chez les Vertébrés, à chaque croissance en complexité dans les fonctions motrices, cori espond un accroissement en puissance nerveuse.

Telle est donc la seconde connexion qui traverse et complique la première. Nous avons vu que, s'il n'y avait d'autre rapport qu'entre la quantité de tissu nerveux et la quantité de mouvement engendré, un cheval aurait un système nerveux beaucoup plus grand qu'un homme, au lieu d'en avoir un plus petit. Mais, trouvant qu'il y a aussi un rapport entre la quantité de tissu nerveux et la complexité de mouvement, nous gommes conduits à attendre chez l'homme un système nerveux exceptionnellement grand, et à comprendre pourquoi il en a un plus grand que le cheval. Dans le cas des chiens, nous avons eu un exemple clair, parce qu'il n'est pas embarrassé de différences étrangères au sujet, de cette règle générale que, dans chaque groupe ou ordre de mammifères, le système nerveux ne croit pas dans le même rapport que le corps. Nous examinerons un autre exemple fourni par les Primates^ spécialement instructif à cause de Texception significative qu'il contient, et spécialement intéressant, parce que cette exception est fournie par le geare humain.

Les petits singes ont des cerveaux relativement très-grands, — plus grands relativement aux cerveaux de leurs congénères, même en y comprenant les plus élevés. Cette connexion, parallèle àeelie qu'offrent l'épagneul et le terre-neuve, a une explication parallèle. Les mouvements du petit singecapucin sont approximativement aussi variés et aussi complexes que ceux du grand gorille, et, par suite, en tant que révolution nerveuse est en rapport avec l'hétérogénéité de mouvement, le capucin aurait un système nerveux différant peu en grandeur de celui du gorille. Mais, puisqu'il y a aussi un rapport entre la quantité des nerfs et la quantité de mouvement produit, le système nerveux du gorille doit être absolument plus grand, quoique relativement plus petit, et c'est ce qui est arrivé. Cependant, entre le gorille et l'homme, il existe un contraste inverse. Un gorille, étant plus lourd qu'un homme et grimpant dans les arbres, produit probablement chaque jour autant de mouvement qu'un sauvage ou un laboureur civilisé ; et si la seule fonction du système nerveux était de produire du mouvement, le gorille aurait un système nerveux au moins aussi grand. Mais le système nerveux de l'homme est deux fois plus lourd. Ici donc, toutes les autres choses étant les mômes en substance, et les processus physiologiques étant les mêmes à peu près dans les deux cas, la grandeur relative du système nerveux humain est en rapport évident avec la complexité relativement énorme des actions humaines, — complexité qui se montre en partie dans des mouvements simultanés plus composés, mais surtout dans la combinaison des mouvements successifs, simples et composés, en vue de fins éloignées.

§ 0. Ce double rapport ne doit encore être pris que comme approximatif. La genèse du mouvement dépendant, comme nous Tavons vu, de beaucoup de conditions physiologiques dont chacune est variable séparément, il est clair que les connexions fondamentales que nous avons retracées doivent présenter diverses petites irrégularités. Sans en traiter en détail,

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il peut être bon d'en indiquer une : celle qui est due à la différence de température du corps. Les oiseaux comme classe sont plus actifs que les mammifères comme classe, et quoique beaucoup de mammifères exécutent des mouvements plus hétérogènes que ceux des -oiseaux, cependant, on peut à peine dire que les mammifères dépassent les oiseaux par l'hétérogénéité de leurs mouvements. Cependant le système nerveux chez les oiseaux est relativement un peu plus petit que le système nerveux chez les mammifères. Ceci s*explique par ce que les oiseaux ont un sang plus chaud, leur respiration étant plus active; et ces deux choses impliquent une moyenne plus élevée de changement moléculaire. Et une moyenne plus élevée de changement moléculaire rend un système nerveux plus petit, capable de produire une quantité de mouvement qui, dans le cas contraire, demanderait un plus grand système nerveux

Un dernier fait à remarquer, c'est que, toutes autres choses égales, la puissance d'un système nerveux ne varie pas exactement comme sa masse. Pour des raisons qui apparaîtront plus tard, sa puissance comme agent moteur croit selon un rapport un peu plus élevé que la quantité de matière qu*il contient.

Hais, toutes ces causes modifiantes admises, le rapport fondamental énoncé reste en substance le même : à savoir, que partout où il y a beaucoup de mouvement produit, il existe un système nerveux relativement grand; que partout où le mouvement produit est d'espèce hétérogène, quoique en petite quantité, il y a un système nerveux relativement grand; que partout où le mouvement produit est à la fois hétérogène et en grande quantité, il y a de grands systèmes nerveux.

§ 7. C'est de propos délibéré que j'ai commencé par présenter les faits de cette manière inaccoutumée, peut-être un peu étrange aux yeux de quelques-uns. J'ai diverses raisons pour le faire.

La première, c'est que nous nous occupons ici d'abord des

phénomènes psychologiques comme phénomènes d'éyoluUoo,. et que, sous leur aspect objectif, ramenés à leurs termes les* plus inférieurs, ces phénomènes ne sont que des accidents de la continuelle redistribution de Matière et de Mouvement ^ Par suite, la première question relative au système nerveux étudié de notre point de vue est : quels sont les principaux faits qu*il présente, en tant qu'exprimés en termes de Matière et de Mouvement ?

Une autre raison, c'est que, toute doctrine d'évolution mise à part, de vraies conclusions touchant les phénomènes psychiques doivent être basées sur les faits qui se montrent dans toute la nature organique ; et ce qui précède ne fait littéralement qu'exprimer ces faits, et exprimer aussi tout ce qu'une induction directe peut nous dire sur leurs relations essea* tielles. Les actions de tous les êtres organisés, y compris celles de notre espèce, ne nous sont connues que comme mouvements. Quand on retranche toutes nos inductions et interprétations, les sauts et bonds d'une proie qui s'échappe et les actions diversement adoptées, rapidement changeantes de celui qui la poursuit, ne sont, pour nos perceptions, que des mouvements combinés de diverses manières. Et il en est de même des changements d'expressions, tons de voix, articulations verbales de nos semblables, que nous considérons comme cachant et impliquant certaines choses. Comme donc la science nous demande de distinguer les faits, tels qu'ils sont présentés actuellement, des hypothèses que nous y joignons ordinairement, il est nécessaire de montrer dans toute sa nudité ce rapport primordial entre les motions externes et leur origine interne.

EuGn, une dernière raison pour procéder de la sorte, c'est que nous échappons ainsi à toutes les opinions préconçues. Ceux qui portent avec eux dans l'investigation des phénomènes

* Pour comprendre res mois, il e>t absolument nérettaire d'avoir recours aut Premien Prineipes, II* partie; Toir en particulier les rhapitret qui traitent de la loi d*évolatioo et de ton interprétation. (Note do tradoeteor.)

psychiques les hypothèses que le passé nous a léguées, sout presque sûrs d'être plus' ou moins détermioés par elles. Pendant qu'ils s'efforcent d'éviter toute présomption, ils sont en grand danger d'avoir leurs conclusions viciées par quelque idée ancienne ou du moyen âge, sinon sous sa forme claire, au moins par des corollaires qui se sont glissés n aturellement dans quelques postulats admis pour yrais. Comme nous le verrons prochainement, des physiologistes eux-mêmes ont été ainsi induits en erreur dans certains cas.

Ainsi, sans révoquer aucunement en doute la vérité de telles et telles interprétations des phénomènes nerveux qui sont exprimées tacitement dans le langage ordinaire» il nous est bon de les ignorer ici. Avant d'étudier les faits au point de Yue psychologique, nous avons d'abord à les étudier au point de vue physiologique. La première yérité que les faits ainsi étudiés nous aient révélée, c'est l'universalité de ce rapport entre le degré d'évolution nerveuse et la quantité et hétérogénéité de mouvement produit. Nous passons maintenant aux vérités secondaires découvertes de la même manière.

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