CHAPITRE IL
§ 8. Une esquisse de la structure nerveuse doit précéder une exposition détaillée ; et les faits essentiels à indiquer dans une esquisse peuvent être mis plus clairement en vue par la comparaison entre les systèmes nerveux possédés par différents types et par les différents degrés d'un même type. Nous limiterons nos comparaisons aux trois embranchements supérieurs du règne animal.
Une petite masse ou ganglions avec des fils divergents constitue le système rudimentaire, tel qu'il existe chez les Mollusques inférieurs. Chez les Lamellibranches, quelques petits ganglions du même genre sont distribués ordinairement par paires dans les différents parties du corps; et outre les fibres lirbes que chaque ganglion envoie aux organes voisins, il y a des fibres qui relient les ganglions entre eux. Les Gastéropodes, dont l'organisation et l'activité sont très-supérieures, ont des centres nerveux très-hétérogènes, les uns étant plus grands que les autres. Et outre une intégration locale des paires de ganglions en simples ganglions bilobés, il y a un progrès en intégration générale qui se montre dans le groupement des ganglions les plus importants vers la tête. Les Céphalopodes» spécialement les dibranchiés, qui sont les plus élevés du type mollusque, nous montrent un nouveau progrès dans cette intégration du système nerveux due à une simple croissance, jointe à une intégration duc à la concentration et à la coalescence de centres indépendants; et ils nous montrent aussi les différenciations impliquées dans leurs changements de grandeur» de forme et de distribution.
LB SYSTÈME NERYBUX. 15
Une corde délicate qui court d'un bout du corps à l'autre ooostitue le système nenreux des Annelés inférieurs. Quaud nous passons des Annélides sans nombre aux types articulés composés de segments pourvus de membres, nous trouvons un système nerveux formé d'une série de centres^ dont chacun envoie des fibres aux ditTérents organes de son propre segment, et qui sont tous unis par une épaisse corde de fibres à un groupe de centres semblables, fondus ensemble et situés dâDs la tête. Chez les Articulés supérieurs, il y a croissance de la grandeur relative des centres nerveux, comparée aux structures qui leur sont liées ; les principaux centres nerveux se rapprochent les uns des autres longitudinalement et latéralement, et, finalement, ils se confondent. Cette intégration qu'on observe en comparant les types supérieurs et les types inférieurs, peut aussi s'observer dans le développement progressif de rinsecte ou du crustacé individuel. Et, avec le progrès en croissance, consolidation et combinaison des structures nerveuses, on peut suivre des dissemblances croissantes^ et dans les masses centrales elles-mêmes, et dans les cordes qui les lient, et dans les fibres divergentes.
Ces traits d'évolution se montrent sous une autre forme dans Tembranehement des Vertébrés. Son représentant le plus inférieur, VamphioxuSj a un simple axe crânio-spinal dont l'extrémité antérieure ne se distingue pas du reste d'une manière appréciable par le développement de glanglions cérébraux distincts, et qui donne naissance à des nerfs latéraux qui n'ont que de petites différences entre eux. Les poissons cyclostomes, munis de glanglions cérébraux qui se laissent voir suffisamment, nous conduisent aux poissons ordinaires, chez qui ces glanglions, beaucoup plus grands individuellement, forment un groupe ou cerveau rudimen taire. Ici cependant, quoique en contact, ils gardent un arrangement sériel; leur agrégation n'est guère que celle d'une succession linéaire très-serrée. Mais chez les poissons les plus élevés, certains ganglions ayant beaucoup grandi, recouvrent les autres, et
tendent à former un agrégat à la fois plus compacte et plus grand. Les reptiles supérieurs et les oiseaux montrent^ à un plus haut degré, cette croissance relative de certains groupes de glanglions. et en conséquence raffaiblissemeot du reste. Cola est poussé encore plus loin chez les mammifères inférieurs. En partant ^^eux, et en montant, le principal changement de structure nerveuse est une augmentation des deux plus grandes paires de ces centres nerveux agrégés. Ches rhomme, une paire est devenue si énorme que la plupart des autres sont cachés par elle et presque perdus en elle. — Avec cette intégration directe se produit aussi Tintégration indirecte^ constituée par des connexions de plus en plus multipliées et intimes. Elles sont k la fois longitudinales et transversales. Tandis que, chez tamphioxus, Taxe crànio-spinal ne contient qu'une petite proportion de fibres nerveuses qui, courant longitudinalemeut^ servent à unir ses différentes parties, ces fibres nerveuses, chez un vétébré supérieur, sont parmi les éléments essentiels de Taxe crànio-spinal. Et, de même, tandis que chez les oiseaux la connexion des deux hémisphères du cerveau est légère, que chez les mammifères inférieurs elle est relativement faible, chez les mammifères les plus élevés, ces deux hémisphères sont joints par une masse serrée, formée de fibres innombrables. — Kn même temps se produisent des différenciations non moins remarquables. Outre cette différenciation générale due au développement de l'extrémité antérieure de Taxe cr&nio-spinal en glanglions cérébraux, et celle qui résulte de la croissance relativement énorme do quelques-uns de ces glanglions, d'autres différenciations se sont constituées par les dissemblances locales de structure qui se sont établies simultanément. A mesure qu'ils grandissent, les principaux glanglions deviennent exlrômemcnt différents du reste par la formation de circonvolutions, et leurs parties internes acquièrent chacune des carAClères distinctifs. De même pour le système nerveux périphérique. Des paires de nerfs qui étaient à Turigine presque uniformes, dt^viennent
Lk STRUCTURE DU SYSTÈME NERVEUX. 17
multiformes par la croissance extrême de quelques-uns d'entre eux^ et par les différences internes qui accompagnent ces différences externes.
Cette esquisse rapide du système nerveux, sous les diiïércDtes formes qu'il présente dans le règne animal, suffit à nous montrer que son évolution se conforme aux lois de révolution en général. Elle nous montre aussi ce qui nous importe ici immédiatement : c'est que, tandis que le système nerveux rudimentaire, consistant en un petit nombre de fils et petits centres, est très-éparpillé, sa croissance en grandeur relative et en complexité va de pair avec sa croissance en concentration, multiplicité et variété de connexions. Notons cette conception générale et étudions sa structure de plus près. Considérons d'abord, non des formes particulières, mais la forme universelle.
§ 9. Le système nerveux est composé de deux tissus qui tous deux diffèrent considérablement de ceux qui composent le reste de l'organisme. Ordinairement, on les distingue l'un de l'autre par la couleur, grise et blanche, et par leur structure intime, qui est vésiculaire et fibreuse. L'analyse chimique n'a jeté jusqu'à présent qu'une lumière insuffisante sur la constitution de la matière nerveuse en général, et sur la constitution d'une espèce de matière nerveuse, en opposition avec l'autre. Tout ce qu'on peut affirmer avec certitude, c'est que chaque espèce contient des phosphates gras et de la protéine, mais que ces éléments, dans les deux tissus, sont différemment distribués et en différents états. Voyons ce que nous dira d'eux le microscope, aidé des réactifs chimiques.
Là où leur évolution peut être suivie, les vésicules ou corpuscules du tissu gris paraissent naître d'un protoplasme azoté, plein de granules et contenant des nucléus. Autour de ces nucléus, le protoplasme s'agrège en masses sphéroïdales qui^e revêtent souvent de membranes délicates (dans beaucoup de cas, induites plutôt que vues), et deviennent ainsi I. î
des cellules oerveuses. La protéine qui forme ainsi également le contenu principal des cellules nerveuses et la partie principale de leur matrice est molle, quoique coagulée. Les granules qu'elle contient et qui sont dans les cellules et hors des cellules, consistent en matières grasses. Et, en comparant entre elles les cellules nerveuses à leurs différentes périodes, on voit des différences dans la couleur des granules qui indiquent une métamorphose progressive. Pour compléter notre idée générale du tissu nerveux, il faut ajouter que les plus développées de ces cellules nuclées ou corpuscules nerveux, émettent des ramifications ordinairement en forme de branches, mais qui varient en nombre et en degré de ramification ; que c'est dans les corpuscules et leurs branches que sont distribuées les terminaisons des fibres nerveuses ; et que, tandis que^ dans certains centres nerveux, ces fibres sont ordinairement en communication directe avec les cellules ou continues avec certaines de leurs ramifications, dans d'autres centres nerveux, la connexion eatre les fibres et les cellules est rarement directe, si elle l'est jamais, mais se fait par les subdivisions éloignées de branches émises et par les cellules et par les fibres.
En passant au tissu blanc ou fibreux, nous rencontrons des matières qui, à première vue, [paraissent distinctes des autres, en nature comme en modo d'arrangement. Les fibres sont de petits tubes. Dans la membrane extrêmement délicate dont chaque tube est formé, il y a une substance médullaire ou pulpe, qui est visqueuse comme de l'huile, a un lustre perlé et consiste en matières grasses ou albumineuses. Mais si différent que soit le contenu des tubes nerveux et des cellules nerveuses, un examen approfondi découvre entre eux une parenté essentielle. Car il y a dans la pulpe qui ri inpiit le tube ou gaine une fibre délicate, le « cyliudoraxis, » qui est composé de prutéine. (Quoique chimiquement semblable à la protéiue contenue dans les cellules des vésieules, elle eu diii'ère phy^^iquement, puisque, outre qu'elle
est comparatiYement fenne et solide, elle est uniforme et continue, tandis que la continuité de Tautre est brisée par des granules de graisse. On a diverses preuves que le fil central de protéine est ce qu'il y a d'essentiel dans le nerf, et que l'étui de substance médullaire avec Tétui membraneux qui Tentoure ne sont que des accessoires. L'une^ c'est que^ dans les animaux inférieurs, comme dans les embryons des animaux supérieurs, il n'y a pas d^étui médullaire ; le nerf ne consiste que dans le cylinder-axis avec sa membrane protectrice, mais sans pulpe entre les deux. Une autre preuve, c'est qu'à la terminaison périphérique des nerfs, même chez les animaux supérieurs, l'étui médullaire s'arrête court ordinairement, sinon toujours, tandis que le fil central, recouvert par la membrane la plus extérieure, continue plus loin et se termine en ramifications délicates qui ne sont enfermées dans aucun étui perceptible. Enfin, une dernière preuve, c'est que là où une fibre nerveuse s'unit à une cellule nerveuse, l'étui médullaire cesse avant d'arriver au point de jonction, tandis que le cylinder-axis rejoint le contenu de la cellule nerveuse, et que sa membrane protectrice devient continue avec l'enveloppe de la cellule, là où elle existe. Concluant de là, comme nous sommes en droit de le faire, que le cylinder-axis est la partie essentielle, nous voyons que la matière de la fibre nerveuse a beaucoup en commun avec la matière de la vésicule nerveuse. Les différences entre elles paraissent consister surtout en ceci : dans la vésicule nerveuse, la protéine contient plus d'eau, est mêlée de granules grasses^ et forme une masse évidemment instable ; tandis que dans le tube nerveux la protéine est plus dense et distinctement délimitée des composés gras qui l'entourent, présentant ainsi un arrangement relativement instable.
Que signifie cette différence? Avant de chercher une réponse, nous devons nous rappeler que les substances composées subissent deux espèces essentiellement différentes de métamorphoses : dans l'une, les composants, quelques-
20 LES DONNÉES DE lA PSYCHOLOGIE.
uns 00 tous, sont dissociés et distribués dans Tespace eoTironnant, soit séparés, soit mêlés à de nouvelles combinaisons ; dans Tautre, les composants^ au lieu d'être dissociés^ sont simplement arrangés d'une autre manière, de façon à altérer les propriétés perceptibles de la masse, sans détruire sa continuité physique. Nous appelons la première décomposition, la seconde transformation isomérique. Ces formes de changement se distinguent de plus en ceci : que la première est accompagnée ordinairement d'une grande dissipation de mouvement, tandis que, dans Tautre, le mouvement perdu ou absorbé est relativement insigniGant. Il y a encore un troisième contraste. Après la décomposition, les composants séparés ne peuvent reprendre facilement leurs précédents rapports : son * vent il est impossible de les combiner de nouveau, et difficile dans la plupart des cas. Mais, dans beaucoup d'exemples de transformation isomérique, un médiocre changement dans les conditions suffit à faire reprendre la forme originelle.
Maintenant les deux espèces de changement moléculaire si fortement différenciés sont les deux espèces de changement moléculaire que nous avons des raisons de soupçonner subis par les deux formes de matières nerveuses. Tandis que la protéine mêlée aux granules gras dans les cellules est ordinairement décomposée, la protéine formant les axes des fibres nerveuses change Tun de ses états isomériques contre un autre. Telle est du moins la supposition que nous faisons ici en conformité avec la conclusion tirée dans les Principes de biologie ^§302). Là on a établi que la propagation des perturbations moléculaires d'un point de Torganisme à un autre point, tend à modifier les substances colloïdes mêlées, de façon à produire entre les deux points une forme de colloïde qui subit une transformation isomérique quand elle est troublée, et communique cette perturbation en subissant la transformation. Là on a établi aussi que cette substance colloïde» aisément transformable, ayant subi ce changement qui commence à un de ses bouts pour passer jusqu'à l'autre, et ayant durant
ce processus produit quelque mouyement moléculaire et par conséquent baissé de température^ absorbe immédiatement dans les tissus voisins baignés par le sang une quantité de mouvement égale à celle qui a été perdue. Par suite, elle reprend son état isomérique antérieur et sa propriété de propager de nouveau l*onde de transformation.
QuoiquHl y ait en cela beaucoup d'hypothèse, les preuves indirectes rendent très-probable que, si cette interprétation n*est pas la vraie, elle est analogue à la vraie. Nous avons divers motifs de croire que la matière contenue dans les cellules est le siège de changements moléculaires destructifs, avec dégagement de mouvement, tandis que la matière contenue dans les tubes est le siège de changements qui, de quelque nature qu'ils soient, n'impliquent pas beaucoup de décomposition destructive ni de dégagement de mouvement. Parmi ces motifs, le suivant :
Le tissu gris contient beaucoup plus d'eau que le tissu blanc, la proportion des solides à Teau étant d'environ 12 p. 100 dans le tissu gris, et de 28 p. 100 dans le tissu blanc. L'abondance d'eau facilite le changement moléculaire, et caractérise habituellement les parties dans lesquelles il y en a beaucoup. De là cette conclusion : que la matière grise subit une métamorphose avec une rapidité beaucoup plus grande que la matière blanche. — Une preuve plus forte encore, c'est ce fait : que la substance grise ou vésiculaire a une vascularité qui dépasse immensément celle de la substance blanche ou fibreuse. En comparant le réseau de vaisseaux sanguins qui baignent les deux, la différence est remarquable, et elle est beaucoup plus grande qu'elle n'apparatt d'abord. Une estimation basée sur des mesures montre qu'un volume donné de l'un contient environ cinq fois autant de vaisseaux capillaires qu'un volume égal de l'autre MMaintenant, comme
* L'eiqulise sur laquelle cette estimation est basée, est contenue dans le Manuel d^Mstologie humaine, de Kôlliker. Cette estimation se fait facilement. Ou tire transferulement à travers les deux réseaux un certain nombre de parallèles éqni-
22 LBS DONNÉES DE LÀ PSTCH0L06IB.
ces petits canaux qui apportent et emportent les matériaux, doivent être d'autant plus nombreux que la composition et la décomposition sont plus rapides, nous pouvons inférer une grande différence entre la moyenne des changements destructifs dans les deux tissus. — Un autre contraste confirme non moins fortement cette conclusion. Le protoplasme granulé instable contenu dans les corpuscules est protégé contre le choc des forces voisines par une membrane qui, même là où elle est le plus épaisse, est si délicate que son existence ne peut être démontrée qu'à Taide de réactifs* et qui dans beaucoup de corpuscules ne peut être visible en aucune façon. Par suite, entre la matière contenue dans ces corpuscules ou vésicules et les courants sanguins qui les traversent abondamment, il n'y a d'interposé que les cloisons délicates des vaisseaux capillaires sanguins; et ainsi les substances perturbatrices apportées par chaque capillaire peuvent traverser, avec le moins de dommage possible, le contenu instable des vésicules voisines. Il en est tout autrement des rapports du sang avec le contenu des tubes nerveux. L'enveloppe de chaque tube nerveux est assez épaisse pour qu'on la voie aisément ; entre elle et le cylinder-axis, il y a la couche de moelle nerveuse : les agents perturbateurs, entraînés dans les tubes nerveux par les rares capillaires qui s'y trouvent, ne peuvent facilem^ A traverser ces barrières ; et le fil nerveux essentiel
distantes. On compte le nombre dVndroits où Tune de ces lignes croise les Tiisseaax sanguins, dans une longueur déterminée (par ex. : un pouce). On Tait la même chose, dans une égale longueur, sur chacune des autres parallèles travertant le même réseau. On obtient ainsi, en prenant une moyenne, le nombre des vaisseaux qu*on rencontre d'ordinaire dans on espace déterminé. On suit le même procédé pour l'autre réseau. Ces moyennes cependant n'expriment pas exactement le nombre comparatif des intersections sur les deux réseaux, puisque K^ mailles de Tun différent en figure des mailles de Tautre. Par suite, il est nécessaire de tirer un nombre égal de parallèles longitudinales, et de répéter sur elles le même procédé de calcul. En prenant la moyenne entre ces nombres et les nombres précédemment obtenus, nous avons une représentation correcte de la fréquence relative des Tiiaaeaia dans un espace à mie dimension. Pour obtenir cette fréquence reUlive 4mm m espace à trois dimensions ou dans un tissa solide, il est tout simple de faire It «ikito Modircs atMÎ obtenus.
est préservé de tout changement moléculaire dans la portion située entre ces deux extrémités. Cette protection suffît tant que les agents perturbateurs restent en quantité normale; mais quand ils deviennent excessifs, comme cela arrive quand les vaisseaux sanguins sont congestionnés, ils causent des changements locaux dans les fils nerveux : d'où une sorte de névralgie. On doit ajouter que, grâce à cette gatne de moelle nerveuse, les 81s nerveux essentiels, outre qu'ils sont défendus contre tout trouble venant des vaisseaux sanguins, le sont aussi contre tout trouble venant des fils nerveux du môme réseau. Silescylinder-axisqui sont en contact latéral n'étaient ainsi enveloppés, un changement moléculaire, en se propageant dans l'un d^eux, en propagerait dans ses voisins, comme cela arrive dans la première phase de l'ataxie caractérisée par la perte des gaines médullaires. Cela explique aussi l'absence, à l'état normal» des gaines médullaires dans diverses structures nerveuses. Car chez les Invertébrés^ où cela se rencontre^ les fibres contenues dans le môme faisceau, n'ont rien qui ressemble à ces distinctions variées et nombreuses des animaux supérieurs ; leurs extrémités ont des structures et des fonctions beaucoup moins différenciées. De môme pour ces faisceaux de fîbres grises, contenues dans le grand sympathique des vertébrés^ car ces faisceaux servant à établir des rapports entre les viscères, dont chacun est beaucoup moins divisé en parties agissant d'une manière indépendante, il n'y a pas besoin d'un isolement aussi parfait des fibres nerveuses. Et de même dans certaines portions du système cérébro-spinal périphérique, comme dans l'expansion olfactive^ qui consiste en un plexus de fibres sans moelle, et qui a cette propriété que les différentes parties de sa surface ne sont pas impressionnées séparément.
Ces faits, directs et indirects, justifient ainsi notre conclusion : que le système nerveux est formé d'une espèce de matière sous différentes formes et conditions. Dans le tissu gris^ cette matière existe en masses contenant des corpuscules qui
sont mous et renferment des granules^ et qui^ outre qu'elles sont ainsi instables, sont placées de façon à être troublées le plus possible. Dans le tissu blanc, cette matière est ramassée en fils extrêmement minces qui sont plus denses, uniformes en structure et défendus d'une façon toute particulière contre les forces perturbatrices, sauf à leurs deux extrémités. Et de là nous concluons que les masses dont la constitution et les conditions sont instables^ sont le siège de changements moléculaires destructifs et de dégagement de mouvement ; tandis que les fils, dont les conditions et la constitution sont stables, sont le siège de changements moléculaires non destructifs et sont probablement isomèriques.
§ 10. Les tubes nerveux avec leurs fils contenant de la protéine^ et les cellules nerveuses avec leurs masses de protéine changeante^ contenue en dedans ou en dehors, sont les éléments histologiques dont le système nerveux est fait; nous avons maintenant à nous demander comment ils sont assemblés. Nous commencerons par les terminaisons périphériques des tubes nerveux, ou plutôt par celles qui sont à la surface extérieure.
Supposons que la peau, en comprenant ces parties internes qui servent de récepteurs aux sens spéciaux, soit toute marquée en dessus de façon à dessiner un réseau. Supposons que les mailles de ce réseau varient extrêmement en grandeur; que dans certains endroits elles soient aussi grandes que celles d'un filet à poisson, dans d'autres pas assez grandes pour laisser entrer la pointe d'une aiguille. Ou, pour parler d'une manière déterminée, supposons que, sur le milieu du dos, les mailles aient environ 2 pouces 1/2 de diamètre^ la même grandeur sur le milieu des avant-bras et de cuisses, 2 pouces et moins sur le cou et la poitrine, 1 pouce 1/2 à l'extrémité dos jambes, 1 pouce 1/i sur le dos des mains, moins de 1 pouce sur le front, moins de 1/2 pouce sur les joues et la paume des mains, 1/4 de pouce et moins sur les doigts, 1/12 de pouce à l'extrémité intérieure des doigts, 1/24 de pouce à l'extrémité de la
langue. Supposons de plus que, sur le dos de ce sac dermal qui forme rœil, les mailles soient si petites qu'il faille un microscope pour les distinguer. Ayant imaginé ainsi un réseau dont les mailles^ polygones irréguliers, sont larges sur les parties du corps qui n'ont que des rapports peu variés avec le monde externe^ et devienoent plus petites à mesure que les contacls avec les choses se multiplient et varient, nous avons une idée approximative des relations entre les diverses parties du corps dans lesquelles il y a des nerfs indépendants. Cependant, pour compléter notre conception « il faut y ajouter quelq ue chose encore. Nous devons nous représenter les grandes mailles comme délimitées par des lignes très-larges^ par exemple d'un quart de pouce là où elles sont le plus larges. Nous devons imaginer que ces lignes se rétrécissent à mesure que les mailles de- Tiennent plus petites; et quand nous en venons aux mailles de la surface de la rétine^ les lignes n'ont plus que l'épaisseur d'un fil de la Vierge. Et maintenant, représentons-nous que dans chacune de ces surfaces, grandes ou petites, il existe un plexus de fibres, formé par la substance nerveuse essentielle, qui sont continues entre elles, mais n'ont aucune connexion avec les fibres occupant les surfaces voisines. Non^ certes, que nous devions considérer comme tranchée la limitation de l'espace occupé par chaque plexus. Nous devons supposer que la ligne qui sépare les deux surfaces, ici très-étroite et là trèslarge^ couvre un espace dans lequel se rendent des fibres de Tune et de l'autre surface, mais sans se rejoindre. En sorte que la surface appartenant à chaque plexus indépendant, c'est la surface interne de la maille, plus l'espace occupé par la ligne large ou étroite qui le circonscrit, et la largeur de la ligne indique jusqu'où les surfaces voisines empiètent.
Telles sont donc les expansions périphériques de ces nerfs sur lesquels agissent les forces externes. L'une a le monopole d'une surface relativement grande, l'autre d'une surface extrêmement petite. Chacune est un agent indépendant; chacune est capable d'avoir un changement produit en elle, sans
que des changemeDts se produisent dans les voisines. La peau est pour ainsi dire occupée tout entière par des centres sentants, ici éparpillés^ là groupés^ là serrés en foule, autant que le permet le maintien de leurs individualités.
Du plexus nerveux occupant une de ces surfaces, sort la fibre centrale ou cylinder-axis d'un tube nerveux. Enveloppée dans sa moelle et sa gatne, elle va de ia surface à Tintérieur, et^ sans se ramifier ou se joindre à une autre^ elle atteint une masse de matière grise pleine de vésicules, — un ceatre nerveux ou ganglion. Le cylinder-axis entre dans cette substance, dépouillé de sa gatne médullaire, et là où la structure est moins compliquée, le cylinder-axis se termine fréquemment, sinon toujours, dans une vésicule nerveuse. Dans ces centres simples, et qu'on peut appeler typiques, sort de quelque autre partie de la vésicule nerveuse une autre fibre nerveuse qui, également enveloppée d'une double gatne, chemine vers l'extérieur, suivant ordinairement la même route générale que la première, jusqu'à ce que, atteignant la même partie du coips^ elle s'ensevelisse dans un faisceau de fibres musculaires, dans lequel finissent ses ramifications. Nous avons ainsi les éléments de ce que l'on appelle un arc nerveux : l"" une expansion périphérique, placée là où un agent externe peut agir, et qui est de nature à être influencée très-facilement ; i!" une fibre qui peut être facilement affectée par tout ébranlement à son bout externe, mais garantie de tout ébranlement venant d'ailleurs; 3"" au bout interne de cette fibre, ou tout près, un corpuscule de substance instable^ apte à produire beaucoup de mouvement moléculaire^ quand il est ébranlé; 4'' une seconde fibre s'éloignant du corpuscule ou de son voisinage, et soumise aux influeuces du mouvement moléculaire produit près de son origine^ mais protégée contre toute autre influence ; 5' à l'autre bout de cette seconde fibre, ses ramifications se perdent dans une substance qui se contracte quand elle est ébranlée, et, en se contractant, meut cette partie du corps dans laquelle naît la première fibre. La
lA STRUCTURE DU SYSTÈME NERVEUX. 27
figure 1 représente ces éléments d'un arc nerveux : A étant le premier nerf, appelé afférent, avec son expansion périphérique a ; B étant le corpuscule nerveux ou cellule ganglionnaire; C le second nerf appelé efférent avec sa terminaison e :
Figuro 1. Figure S.
nerf ccidripUe
Ce mode d'arrangement se répète continuellement dans tout le système nerveux; et si nous généralisons un peu cette conception^ en supposant que le commencement a n'est pas nécessairement externe^ mais qu'il peut être sur une surface interne ou dans un organe, et que la terminaison c n'est pas nécessairement dans un muscle^ mais peut être dans une glande, nous aurons une conception qui est^ dans un sens^ applicable universellement. Je dis dans un certain sens, car cette conception est incomplète, tant qu'on n'y a pas ajouté un autre élément. Ces couples nerveux avec leur ganglion qui sert de lien direct ou indirect entre eux, se retrouvant partout dans les mêmes rapports, semblent former une structure composée d'où est sorti le système nerveux, — son unité de composition. Mais cela n'est pas. En multipliant ces arcs, nous avons une multitude d'agents nerveux distincts, mais pas un système nerveux. Pour produire un système nerveux, il faut un élément qui relie chacun de ces arcs nerveux avec le reste; il faut une troisième fibre, allant de la cellule ganglionnaire ou de son voisinage à quelque endroit où vont d'autres fibres, et où les couples nerveux primaires sont mis en rapport, par jonctions directes ou indirectes, actuelles ou approximatives. Cela forme ce qu'on peut appeler un nerf centripète \ La
< Les mots centripète et centrifuge sont employés dans la physiologie nerveuse comme synonymes d*alTérent et d'eiïérent. Mais, comme aiïérent et efférent sont les mots de beaucoup les plus employés et peignent bien les faits, il me semble que
figure 2 montre le rapport de ce nerf aux autres. Le nerf centripète étant ajouté, ce qui en résulte peut fort bien être considéré comme Tunité de composition du système nenrenx. Nous aurons à nous occuper sans tarder de certaines fibres non comprises dans cette conception. Mais elles ne sont pas essentielles, car un système nerveux est possible sans elles. Prenant donc notre unité de composition, voyons suivant quelle méthode générale un système nerveux est construit.
§ 11. Les fibres représentées dans les figures ci-dessus ne poursuivent pas d'ordinaire leur course toutes seules : elles vont en compagnie, comme dans la figure 3. Les nerfs afférents en a, dans des surfaces séparées, mais voisines, sur la peau, ou dans d'autres organes recevant les impressions externes, convergent, et tout en maintenant leur individualité distincte, elles s'unissent en un faisceau enfermé dans une gaine.
Figare S.
D'autres faisceaux de fibres également enfermés, et venant des diverses parties de la même région, les rejoignent, et toutes forment un faisceau composé, jusqu'à ce qu'elles atteignent la masse de vésicules nerveuses qui constitue un ganglion ou centre nerveux B. De même, les nerfs efférents qui ont leurs racines dans ce ganglion, en sortent sous forme d'un faisceau qui, renfermé communément dans la même gaine générale que les nerfs alTérents, retourne à cette partie da
• aol €mUripéU ptst prendre avec avaDtage ce leiu ploi apècial, el cenirif^ le
corps d'où sortent ceux-ci ; et les faisceaux secondaires de ces nerfs efiérents, divergeant de plus en plus Fun de l'autre, comme on le voit en c, finissent par se perdre dans les divers muscles. De même, les fibres contripètes d naissent dans ce ganglion, prennent leur course en commun, rejointes peutêtre par d'autres fibres venant d'ailleurs, vers un ganglion E qui est plus grand, et dont les connexions sont plus nombreuses. Naturellement, les lignes groupées et les cercles ponctués dans la figure 3 ne donnent aucune idée des nerfs séparés et des faisceaux et ganglions, tels qu'ils existent actuellement, mais simplement des rapports qu'il y a entre eux. Il faut ajouter que le ganglion le plus central, vers lequel convergent les autres faisceaux des nerfs centripètes (avec quelques nerfs afférents qui traversent les ganglions inférieurs sans s'arrêter), peut être lui-même subordonné à un ganglion supérieur encore plus central. Il envoie à celui-ci ce qu'on peut appeler des nerfs supérieurs centripètes ; et comme il reçoit des nerfs de même espèce ou d'ordre inférieur, ce ganglion supérieur devient l'endroit où s'établissent des communications entre tous les ganglions subordonnés et sous-subordonnés avec leurs fibres afférentes et efférentes.
Il existe une autre espèce de connexion. L'immense majorité des animaux ont leurs parties arrangées symétriquement, quelques-uns en rond, mais le plus souvent bilatéralement. Les parties correspondantes ont ordinairement des ganglions correspondants, et les connexions qui nous restent à mentionner sont celles qui existent entre ces ganglions correspondants. Ces connexions consistent en ce qu'on appelle fibres commissurales. Elles sont indiquées en b, où elles unissent transversalement la structure dont nous avons donné le détail à la structure correspondante appartenant à l'autre partie du corps. Le mot commissural est, à la vérité, employé quelquefois dans un sens plus large, et désigne les fibres qui unissent les ganglions de différents degrés. Mais, puisque la
grande majorité des fibres appelées commissurales sont celles qui unissent des ganglions doubles ou d'autres ganglions qui ont le même rapport dans la hiérarchie^ il sera bon, je pense» pour la clarté, de restreindre ce mot dans ces limites, et de garder le mot centripète pour les fibres qui unissent les ganglions d*ordre inférieur à ceux d'ordre supérieur. Les commissures qui mettent ainsi en rapport les membres de chaque paire de centres supérieurs ou inférieurs, et relient ainsi les deux moitiés du système nerveux, complètent les communications nerveuses dans Torganisme.
Cette description, généralisée à dessein en vue d'exposer les principes de l'organisation nerveuse, indépendamment de tout type particulier, peut être convenablement complétée par la description d'une structure spéciale qui serve d'illustration. Dans le bras du calmar, chaque suceur a un ganglion situé au-dessous de lui ; vers le ganglion descendent les nerfs afférents qui ont été affectés dans le suceur, et du ganglion montent les nerfs afférents distribués dans les fibres musculaires du suceur. Tout cela réuni forme un système nerveux local qui, l'expérience le prouve, est complet en lui-même jusqu'à un certain point. Mais du ganglion situé au-dessous de chaqoe suceur partent des fibres qui vont tout le long du bras, en compagnie de fibres venant de ganglions semblablessitués dans le bras, et ce faisceau de fibres centripètes atteint un ganglion situé à la base du bras. Chaque bras d'une structure semblable a ainsi un principal centre nerveux dans lequel les fibres venant de tous les centres nerveux moindres sont mises en communication. De plus, tout autour de l'anneau formé par la base des bras, court une commissure annulaire liant ces ganglions supérieurs, et de chacun d'eux sort un faisceau de fibres qui vont vers un centre encore plus élevé : le centre céphalique, où par conséquent les nerfs de tous les bras sont mis en communication directe entre eux et avec les nerfs arrivant des ganglions des autres parties du corps. En laissant
% détails et les parlicularités qui ne sont pas essentiels ici à
LA STRUCTURE DU SYSTÈME NERVEUX. 3l
notre dessein, nous voyons qu'une structure nerveuse est une centralisation et recentralisation qui est poussée d'autant plus loin que Forganisation est plus haute.
§ 12. Avec les progrès des structures destinées à relier les centres, se produit aussi une certaine composition dans les centres qui sont reliés. Ces centres ne sont pas simplement des endroits où les fibres se rencontrent, mais des endroits où il y a des agents capables d'être affectés par les fibres qui y entrent, et d'affecter les fibres qui en sortent. Nos raisonnements sur le principe de composition peuvent être en grande partie hypothétiques ; mais ils montreront, je pense, qu'ils ont quelque valeur, en nous conduisant avec des conclusions qui s'harmonisent avec l'observation aussi loin qu'elle nous conduit.
En montant des types inférieurs aux types supérieurs de système nerveui, nous voyons que la distribution et combinaison des fibres nerveuses est modifiée de façon à rendre possible une multiplicité, variété et complexité croissante de rapports entre les différentes parties de Forganisme. Quelle espèce de modification cela nécessite-t-il aux endroits où les fibres nerveuses sont mises en communication ? Sans supposer que deux fibres qui mettent deux parties de l'organisme en rapport sont toujours unies à leurs extrémités centrales par un corpuscule nerveux intermédiaire, on peut certainement supposer que la continuité entre leurs extrémités centrales peut être produite, soit par un corpuscule nerveux ou par quelque partie moins nettement définie de la substance grise ; et il est clair que le nombre des connexions différentes à établir entre les nerfs qui se rendent à un ganglion, doit régler la proportion des parties plus ou moins indépendantes de substance grise nécessaire pour les établir. Considérons ce qui en résulte.
Supposons que a et 6 soient deux points de l'organisme (fig. 4). Pour joindre les nerfs qui en viennent, il suffit d'une seule cellule ganglionnaire Â. De même, pour mettre
en rapport les points c et d, le seul ganglion B suffit. Tant que A et B restent sans liaison, ces deux simples rapports sont les seuls possibles entre les points a, b, c, d. Mais supposons maintenant que de A et B partent des fibres allant au centre C» non pas une seule fibre, mais deux fibres dont chacune vient de a ou 5 et c ou d. Cela étant, il peut se former au centre C onze rapports simples et composés : ces quatre points peuvent être arrangés en six groupes de deux, a(, ae^ adj bc, bdf cd ; en quatre groupes de trois, bae^ badj aed^ ebd ; et en un groupe de quatre, abcd. Par suite, en supposant le centre C composé de cellules indépendantes ou de portions de substance grise servant à lier en une combinaison séparée les membres d'un groupe, il doit y en avoir au moins onze. Si nous supposons maintenant que de ce centre C partent des fibres nombreuses qui vont également au centre F, et que celui-ci est aussi lié par les centres D et E avec les points e^ f, g, h^ alors le nombre des groupes simples et composés qui peuvent se former en F montera à 247; et pour unir les membres de façon qu*il puisse être indépendant du reste, il doit y avoir au moins 247 connexions dans le centre F.
Figura 4.
Sans poursuivre ce calcul, il est clair qu*à mesure que ces inls deviennent plus nombreux dans l'organisme, et que les
groupes à mettre en rapport devieDDent plus grands et plus variés, les éléments qui dans les centres établissent ces rapports doivent devenir plus nombreux.
Toutefois» nous n*arrivons ainsi qu'à une conception incom^ plëte; car nous n'avons considéré que ce qui est nécessaire pour former entre ces points le plus grand nombre de groupes différents, simples et composés, ignorant les différents ordres daus lesquels les membres de chaque groupe peuvent être considérés. Deux choses ne peuvent être arrangées successivement que de 3 manières; trois choses, de 6 manières; quatre choses, de 24 manières; cinq choses, de 120 manières; six choses, de 720 manières; sept choses, de S,040 manières, et ainsi de suite, suivant une progression qui croît avec une énorme rapidité. Supposons donc qu'au centre F. certains points a, 5, c, d, e, puissent être combinés non pas seulement sous cette forme de succession, mais sous toutes les formes possibles^ il faudrait alors 120 connexions pour ce seul groupe de 5 points. Ces connexions, qu'elles soient des vésicules distinctes, ou des parties moins difTérenciées de matière grise, doivent occuper un espace considérable, et en supposant qu'elles soient agrégées à ces cellules préexistantes qu*elles ont à recombiner de différentes manières^ il peut en résulter une protubérance du centre F, comme on le voit en G. Si, au lieu d'un groupe de 5^ nous supposons un groupe de 6 ; si, au lieu d'un groupe, il y en a plusieurs, alors ce renflement latéral peut devenir relativement très-grand. Et comme ses vésicules ou portions de matière grise sont beaucoup plus grosses que les fibres qu'elles ont la fonction de combiner, on peut s'attendre à voir naître, comme en H, un centre latéral attaché au centre original par un pédicule de fibres.
Naturellement, ces figures et ces nombres n'ont d'autre but que de donner une idée générale du principe de composition des centres nerveux, non de représenter leur composition actuelle. Il serait absurde de supposer qu'entre un nombre déterminé de points du corps il se forme autant de gtow^^%
qu*il y en a de possibles théoriquement; et on ne peut supposer que les membres d'un groupe aient besoin d*étre combinés en autant d'ordres qu'ils peuvent Tètre. Mais si la description précédente exagère grandement raccumulation des cellules nerveuses ou de leurs équivalents nécessaires pour les corrélations à établir entre un nombre donné des points dans Torganisme, elle diminue grandement le nombre des points à mettre en corrélation ainsi que le nombre, la variété et la complexité dans lesquels ils doivent être combinés. Les endroits d*où partent les nerfs afférents et où aboutissent les nerfs efférents sont innombrables. Ces endroits forment de trèsgrands groupes dont les membres sont mis en communication ftimultanéc. Les différents groupes ainsi formés sont innombrables. Et il y a des rapports extrêmement variés de succession établis entre les membres du même groupe et ceux des différents groupes. Nous avons donc raison d'affirmer qu'avec la multiplicité et rhétérogcnéité croissante des connexions nerveuses^ la masse des centres nerveux ou accumulation de matière cellulaire doit croître aussi.
Il y a encore un corollaire à noter. Chaque cellule ou chaque portion de matière grise qui établit une continuité entre les terminaisons centrales des fibres, n'est pas un simple lien ; c'est aussi un réservoir de mouvement moléculaire^ qui en dégage quand il est excité. Par s^uite, si la composition des centres nerveux es^t comme on Ta indiqué ci-dessus, il s'ensuit que la quantité du mouvement moléculaire que les centres nerveux sont capables de dégager sera en proportion du nombre, de l'extension et de la complexité des rapports^ himultanés et successifs, qui sont formés dans les différentes parties de rorgiiîn>me.
§ 13. La description précédente de la structure nerveuse peut suffire à titre de donnée pour la psyoholo^^ie la plus générale. Mais, ayant ù nous occuper plus spécialmieiit de la fafchologie humaine, il sera bon d*ajoutt.r qui Iquo chose sur îs ijsiômr nerveux humain. Ëtoblî&duus quelques faits
importants sur sa périphérie, avant d'étudier ses parties ceutrales.
A la surface du corps, là où les extrémités des fibres nerveuses sont placées de façon à être facilement excitées, on trouve généralement ce qu*on peut appeler des multiplicateurs d'excitation. Certaines structures qui paraissent n'avoir rien de commun^ ont la fonction commune de concentrer à l'extrémité des nerfs Faction des agents externes. On sait gênéralement que c*cst VefFet produit par les lentilles des yeux. On sait moins généralement que certains otolithes et que des bâtonnets de fibres, immergés dans un liquide que contient Toreillc interne, servent à transformer les vibrations les moins sensibles communiquées à ce liquide en vibrations plus sensibles de masses solides, et à les mettre en rapport direct avec les extrémités des nerfs. Il en est de même pour le tégument ou au moins pour les parties qui sont sujettes à des contacts nombreux et variés. Quoique Vhomme n'ait pas, comme beaucoup de mammifères inférieurs^ ces multiplicateurs tactiles bien développés qu'on appelle vibrissœ (ce qu'on appelle les moustaches du chat)^ dont chacun est un levier qui change un léger attouchement à l'extrémité périphérique en une forte pression de l'extrémité qui touche à la fibre nerveuse voisine, chaque petit poil de la peau humaine agit de la même manière. De plus, dans les endroits où le contact avec les objets est perpétuel et où le poil ne pousse pas, il y a sous la surface certains multiplicateurs, certains petits corps denses appelés corpuscules du tact : autour de chacun se ramifie une fibre nerveuse^ et chacun, quand il est modifié par le contact d'un corps étranger, transmet à la fibre nerveuse qui lui est attachée une pression plus grande qu'elle ne recevrait de la substance homogène environnante. C'est un fait qu'on comprendra bien en se rappelant l'effet de la pression sur la peau, quand quelque petit corps dur, comme une épine, est plongé dedans^
Tels sont les instruments extérieurs aux expansions périphériques des nerfs et servant à exagérer l'eifet des Cotc^^
3G LES UONNÉKS I>E LA l'EÏCHOLOGIt;.
îacidcntes. Nous pouvons muliitenaul étudier ces expaosious périphériques elles-mêmes comme adaptées à recevoir ces forces incidentes exagérées. D'abord, les dernières Qbrilles nerveuses, se ramiriant là aîi elles sont le plus exposées aux excitattODs, consistent en protoplasme nerveux qui n'est ni protégé par la myéline, ni recouvert par la gaine membraneuse. En fait, elles paraissent consister en matiùre semblable JL celle contenue dans les cellules nerveuses, mais sans granules gras, et qui est, comme elle, plus instable que la matière composant les fibres centrales des tubes uerveux complètement diiïérenciés. A ce caractère général des terminaisons nerveuses, il faut ajouter les caractères plus spéciaux des extrémités exposées à des forces spéciales. Les libres pâles et délicates qui forment une couche sur la surface de la rétine, ne soat pas directement alTecléespar les rayons de lumière qui s'y concentrent; mais ces rayons les traversent et tombent sur uae couche de petits corps étroitement rapprochés, quoique parfaitement distincts: ce sont les vrais éléments sensîtifs; alors les petites fibrilles nerveuses, qui vont de ces corps à la couche des fibres nerveuses de la rétine, traversent une couche de cellules nerveuses avec lesquelles nous pouvons supposer qu'elles ont des connexions. C'est-à-dire que cette expansion périphérique du nerf sur laquelle tombent les images visuelles contient de nombreuses particules de matière nerveute très-instable, prâtes à changer, et en changeant à dégager du mouvement moléculaire. Il en est de même aussi pour les ramifications terminales du nerf auditif sur lequel lus vibrations sonores sont concentrées. Kl il y a une particularité aualùsue dans l'extrémité immensément développée du nerf olfactif. Ici, sur une large étendue couverte par une membrane muqueuse, est un plexus serré de fibres grises sans gaine, parmi lesquelles sont distribuées des cellules nerveuses cl de la substance grise granulée, comme celle d'où naissent les cellules dans les centres nerveux.
Nous Verrons plus tard la aiguiticatiou de ces particularités
de structure. Pour le moment, nous n*aYons besoin de noter que leur distribution. Sur la peau qui est en rapport avec des forces d'une intensité relativement considérable, — chocs mécaniques, pressions, tensions, nous ne trouvons pas, dans les terminaisons nerveuses, des dépôts de substances ner* veuses instables. Mais nous trouvons ces dépôts là où les forces incidentes sont extrêmement faibles ou tombent sur de trèspetites surfaces, ou les deui. La quantité de matière qui, flottant dans Tair, à l'état de faible odeur, atteint Textrémité du nerf olfactif, est infinitésimale. Les ondes lumineuses qui, durant un clin d'œil, peuvent tomber sur une des petites surfaces de la rétine, équivalent à une force mécanique inappréciable à nos mesures, sinon inexpressible par nos figures. De même pour les ondes atmosphériques qui, produites par la cloche d'une église à un mille de distance, et s*affaiblissant à mesure qu'elles s'étendent dans toutes les directions, sont transmises aux petits otolithes et bâtonnets de Toreille interne pour affecter par eux les nerfs auditifs. C'est dans ces endroits que nous trouvons des dépôts périphériques de substance nerveuse particulièrement instable.
§ 14. En sortant de ces diverses structures périphériques, les nerfs afférents, réunis en faisceaux et en faisceaux composés, se dirigent vers la corde spinale d'oti sortent les faisceaux correspondants de nerfs efférents. En un sens, la corde spinale peut être regardée comme un centre nerveux continu ; en un autre sens, comme une série de centres nerveux par* tiellement indépendants. Chaque paire de troncs nerveux avec son segment de corde spinale a un certain degré d'individualité, et ces segments, dans lesquels entrent les masses de nerfs venant des membres, ont une individualité très-prononcée, puisque l'expérience prouve que, quand ils sont séparés du reste, ils ne sont pas réduits par l'incapacité. Le segment de matière grise de la corde spinale où aboutissent les nerfs afférents d'un membre et d'où sortent les nerfs efférents de ce membre, est pratiquement le centre ganglionnaire
38 LKS DONNIÎRS DE LA PSYCHOLOGIK.
de ce nombre, ayant beaucoup d'indépendance automatique et étant joint par des fibres commissurantcs avec un centre semblable appartenant au membre semblable. En sorte qu'en nous rappelant que Taie crânio* spinal est à l'origine un et continu, que sa partie antérieure a été différenciée et développée en centres tout à fait distincts, nous pouvons voir que sa partie postérieure, la corde spinale, a été aussi différenciée, quoique à un moindre degré. — A celte conception il faut ajuulcr deux choses: cuire les masses internes de matière grise ou cellulaire, et les faisceaux de fibres nerveuses qui entrent et sortent latéralement, et outre les fibres cornmissurantes qui unissent les parties latérales correspondantes de matière grise ou les paires partiellement différenciées de centres nerveux, il y a des fibres longitudinales commissurantcs qui unissent enlre elles ces paires successives de centres nerveux^ et qui servent à produire entre les séries de paires une intégration analogue à celle des membres de chaque paire. Et alors, avec ces fibres qui unissent les centres nerveux du même ordre, il y a des fibres qu'il est bon de distinguer en centripètes [allant des centres relativement inférieurs aux centres relativement supérieurs), et en centrifuges (allant en sens inverse].
Dans ces contres nerveux relativement supérieurs, nous avons d'abord à noter la moelle allongée, en comprenant ces parties de la protéburance qui y sont entremêlées, et qui naissent également du quatrième ventricule. C'est l'élargissement terminal de la corde spinale dans riiitérieur du crâne. Elle se distingue des parties inférieures de la corde spina*o, étant plus massive, et surtout par le nombre et la variété de ses connexions périphériques. Tandis que les segments de la corde spinale ont des paires de nerfs afférents et efférents qui ne se distribuent que dans les régions particulières et limitées du corps, et que même un groupe entier de ces segments (Mmine celui qui occupe la région lombaire\ n'a de rap-
Ml qu'avec les jambes et la partie inférieure du corps, la
moelle allongée, par rintermcdiaire de fibres centripètes, est mise en rapport non-seulement avec la partie inférieure du corps et ses membres, mais avec la partie supérieure et ses membres; bien plus, avec les parties du corps appelées organes des sens spéciaux, bien plus encore, avec les viscères les plus importants. Les nerfs auditifs et olfactifs s'y rendent ' directement, et quoique les nerfs optiques ne le fassent pas, cependant, des centres où ils aboutissent, il y a des fibres communiquant avec la moelle allongée ; de ses parties latérales naissent les nerfs moteurs de rœil et le nerf facial, et le nerf pneumogastrique sorti de sa partie postérieure le met en communication avec le larynx, les poumons, le cœur, le foie et l'estomac. Il reste beaucoup à apprendre relativement à ses connexions directes et indirectes ; mais ce qu'on sait justifie cette conclusion : que la moelle allongée, avec les structures qui en naissent, est une portion de Taxe cérébro-spinal, originellemeut uniforme, qui a été différenciée en un centre d'un ordre plus élevé que ceux qui sont derrière lui, ou que ceux qui sont situés à la base de la masse qui est devant lui : il est plus élevé, en ce sens qu'il est devenu cette portion de Taxe dans laquelle des fibres centripètes venant des ganglions postérieurs et de quelques ganglions antérieurs, sinon de tous les ganglions antérieurs, appelés quelquefois sensoriels, sont mises en rapport entre elles, — un centre par lequel ces centres locaux sont réunis en un système.
Passons sans plus nous arrêter sur ces ganglions antérieurs dont envient de parler: leurs relations exactes sont mal connues, mais la morphologie comparée établit que ce sont des parties de l'extrémité antérieure de Taxe cérébro-spinal qui se sont différenciées en ganglions du premier ordre, recevant ces excitations externes spéciales auxquelles la partie antérieure du corps est exposée. II nous reste à parler des deux grands ganglions bilobés, qui, chez l'homme, forment la partie principale de l'encéphale : le cerveau et le cervelet. Physiologistes et anatomistes s'accordent pour les considérer
comme des centres d*ordrc encore plus élevé. La preuve anatomique de leur supériorité, en ce sens qu'ils seraient le centre d'une centralisation supérieure, est très-incomplète, car, jusqu'ici, la difficulté de suivre le trajet des fibres nerveuses qui y entrent et en sortent a été insurmontable. Mais leurs an- .nexions avec les centres inférieurs sous-jacents et avec la moelle allongée sont telles qu'il est certain que, par l'intermédiaire de ceux-ci, ils communiquent avec tout le système nerveux périphérique ; et il y a des endroits où les Qbres centripètes venant des centres, tant du premier que du second ordre, jointes peut-être à quelques fibres afférentes simples, sont mises en rapport de diverses manières. Ces rapports, cependant, diffèrent très-vraisemblablement en nature des rapports établis dans les centres inférieurs; ils diffèrent peut-i^tre comme ceux qu'on suppose être formés au centre il (fig. 4}, différent de ceux formés au centre F.
Parmi les faits essentiels qui nous occupent, il y en a un autre à citer. Il concerne la structure hislologique des centres nerveux. Dans les ganglions automatiques, l'union directe des fibres nerveuses avec les cellules nerveuses est liabituellc. Dans toute corde spinale, il arrive fréquemment qu'on peut suivre le cylindre-axe jusque dans les ccllult>s. Mais, dans les centres nerveux supérieurs, on peut beaucoup nioins prouver des connexions directes, et c'est une question bi même il y en a dans les centres tout à fait supérieurs. Dans la substance grise du cerveau, les fibres nerveuses délicates qui, dépouillées de leur gaine méJullainî, tendent vers les corpuscules contenus dans les cellules, ne s'unissent pas directement avec ces corpuscules, ou, si c'est trop de dire que cette union n'a pas lieu, nous pouvons dire qu'elle est rare. Ces communications, lorsqu'elles existent, paraissent être entre les terminaisons ramifiées des fibres et des processus ramifiés des corpuscules. Ainsi, à une extrémité, des connexions simples, claires ci complètes, sont la règle ; et à Tautre extrémité, dt^s connexions compliquées, va^^ues et in^omplrtes.
§ 15. Il faut parler encore de quelques structures nerveuses qui concernent indirectement la psychologie. Jusqu'ici nous ne nous sommes occupé que des fibres et des centres qui sont en rapport passif ou actif avec le monde extérieur. Mais il y a des fibres et des centres qui sont en rapport avec ces organes internes, qui rendent possible la continuité des rapports avec le monde extérieur.
Ce qui réclame d'abord notre attention, ce sont les nerfs vaso-moteurs. Ils sortent en faisceau de la corde spinale et, rejoints par des faisceaux des nerfs issus du grand sympa* thique, ils accompagnent les principales artères, se divisant et subdivisant comme elles, de façon à fournir des fibres à toutes leurs branches, jusqu'à la plus petite. Les nerfs vasomoteurs forment en fait une série additionnelle de nerfs etférents. L*arc nerveux, sous sa forme la plus humble, consiste en un nerf afférent dont l'extrémité périphérique est exposée aux actions externes^ en un corpuscule ganglionnaire où aboutit l'extrémité centrale, et en un nerf efférent qui en sort pour se rendre dans quelque muscle. Mais, comme nous Tavons vu^ l'unité de composition du système nerveux déveli^ppé comprend une fibre centripète, allant du centre subordonné à un centre supérieur ; nous devons ajouter ici, comme élément habituel de cette unité de composition sous sa forme complète, une fibre vaso-motrice qui se rend à cette partie du corps où sont situées les deux extrémités de l'arc nerveux, et elle met les faisceaux sanguins de cette partie en rapport avec les autres parties de l'appareil.
Le système nerveux cérébro-spinal^ outre qu'il a des communications directes avec les parois musculaires des canaux qui portent le sang tant à lui-même qu'aux muscles auxquels il envoie des fibres, est aussi mis en rapport avec d'autres parties dont les viscères dépendent, quoique d'une manière moins immédiate. Ceux-ci, à la vérité, ont un système nirveux qui leur est propre, qui parait indépendant en une large mesure : c'est le système nerveux grand sympathique ; et on
peut démontrer qu*un viscère très-important, le cœur, a un système nerveux indépendant. L'explication morphologique de ce système nerveux viscéral n*est pas établie; mais^ soit qu*il ait une origine distincte, soit qu*il appartienne à la périphérie du système nerveux cérébro-spinal, ce qui n'est pas douteux, c'est que le système nerveux cérébro-spinal, par les nerfs qu'il envoie dans les troncs du grand sympathique, communique avec tous ces organes vitaux, et que même le cœur, quoique son système nerveux local soit complet, rentre par le nerf vague ou pneumo-gastrique dans le système cérébrospinal.
Il n*est pas nécessaire d'en dire plus long ici sur ces structures et d'autres de la même espèce. Le fait général qui nous importe, c'est que le cerveau et la corde spinale qui, par leurs nerfs afférents, sont mis en rapport avec les activités du monde extérieur et qui, par leurs nerfs efférents, sont mis en rapport avec les structures qui réagissent sur le monde extérieur, sont aussi mis en rapport avec les organes qui, immédiatement ou médiatement, leur fournissent de la nourriture et enlèvent les matériaux usés qui résultent de leur activité.
§ iG. Dans la description précédente, je me suis efforcé de renfermrr tout ce dont la psychologie a besoin. Il y a bien d'autres choses importantes dans la structure nerveuse qu'il semblerait nécessaire d'établir ici, mais qui sont en réalité sans utilité. Ainsi c'est un fait important en anatomie que dans la corde spinale, la matière grise est en dedans, tandis que, dans le cerveau, elle est en dehors; mais cela ne jette aucune lumière sur la science de Tesprit. Il est très-important pour la pathologie de savoir que les racines postérieures des nerfs spinaux sont afférentes et les racines antérieures efférentes ; pour la psychologie c'est sans importance, puisque cet arrangement aurait pu être renversé sans que les prinoipes de la structure nerveuse fussent aucunement chan-
i: et ce n'est que de ces principes qu'il s'agit pour la psy-
LA STRUCTURE DU StSTKME NERVEUX. 43
chologie. On peut résumer ainsi les faits généraux qui forment ces principes :
Les trois grands embranchements animaux dans lesquels le système nerveux est considérablement développé^ nous montrent qu'avec le volume relativement croissant qui distingue les types supérieurs du système nerveux» il se pro« duit cette autre espèce d'intégration qu'implique un accroissement de combinaison dans les structures. Il y a multiplication et agrandissement de ces parties qui unissent les centres nerveux locaux avec les centres nerveux généraux. Très-souvent des centres nerveux qui étaient autrefois séparés se rapprochent ou se forment en groupes. Et il y a un accroissement à la fois relatif et absolu de ces centres, qui ont les rapports les plus nom.breux avec les centres locaux, et par eux avec toutes les parties du corps.
Le système nerveux est composé de fils renfermés dans des gaines et de corpuscules baignés dans du protoplasma ; les fils réunis en faisceaux constituent la presque totalité des parties périphériques, tandis que les corpuscules avec leur matière, se trouvent principalement dans les parties centrales. Le fil nerveux qui a à son extrémité externe un plexus de matière très-instable, consiste lui-même en matière moins instable, mais qui peut subir facilement une transformation isomérique ; il se dirige vers Tintérieur, en étant entouré de substances qui le protègent contre les excitations extérieures. Puis il atteint une masse de matière très-instable, qui est de telle nature qu'elle subit une décomposition avec la plus grande facilité. De là d'autres fibres semblables se rendent à d'autres masses de matière instable, de la même espèce, d'une autre espèce, ou des deux espèces : ici, à une portion de substance qui se contracte quand on l'excite; là^ à un centre supérieur qui contient plus de substance nerveuse facilement décomposable. Ces filets nerveux, afférents, efférents, centriprètes, avec le corpuscule ou la portion de matière grise qui se rattache à eux, forment
44 LES DONMiES I>R LA PSYCHOLOGIE.
oe que nous appelons TuDÏté de composition du STSthm nerveux.
Ces unités sont diversement groupées et combinées. Chaque ganglion local est un endroit où plusieurs nerfs afférenu el efférenls sont ri^uiiis par plusieurs portions de matière nerveuse instable, qui peut subitement dégager beaucoup de mouvement moléculaire. Chaque ganglion supérieur esl ud endroit où les fibres cenlriFiiges et centripÈles, Venant des ganglions locaux ou intérieurs, sont semblablement réunies par une matière semblable. Et il en est de miïme pour les ganglions encore plus élevés. Il résulte de ce principe de combinaison que la possibilité de différents rapports composés croit à mesure que lacenlralisatiou croît.
Nous avons vu cependant que, pour que ces rapports plus nombreux, plus variés, plus complexes, s'établissent entre les diverses parties de l'organibme, il Faut non-seuleracat ce groupement de ûbres et cet arrangement de centres, maîa aussi une multiplication de corpuscules nerveux ou des portions de matière grise occupant leurs centres. El nous avons trouvé qu'il s'ensuit que là, quand les rapports composés ont lieu entre beaucoup de points, ou quand les poiuts doivent Ctre combinés de diUéreulcs manières, ou quand ces deux choses ont lieu, ime grande accumulation de matièn grise est nécessaire: c'est-à-dire que la quantité de matière capable de dégager beaucoup de mouvement croit à mesure que les combinaisons formées croissent et devïen* nenl hétérogènes.
Passant à la structure nerveuse spéciale en rapport aTec cette p.<iychologie spéciale, si importante pour nous, nous avons vu que la corde spinale coDsisle ca une série de centres nerveux doubles, en partie dépendants, en partie indépendants: chaque centre concernant une portion particulière du tronc ou un membre particulier dont il rournïl de nerfs les muscles et les vaisseaux. L'exlrémité céphalique élargie de la corde spinale, U moelle allongée, est un ccDtre
lA STRUCTURE DU SYSTÈME NERVEUX. 45
que des fibres centriprètes unissent à ces centres inférieurs partiellement différenciés ; et comme elle reçoit directement ou indirectement des nerfs venant des sens spéciaux, la'moelle allongée est un centre où sont mis en communication les centres locaux, qui tous servent aux parties voisines du corps. Nous avons vu enfin que les deux grandes masses bilobées situées au-dessus de la moelle allongée, et les ganglions sensoriels avec lesquels elles sont intimement unies, peuvent être considérés comme des centres dans lesquels ces connexions composées sont réunies en connexions encore plus composées, plus variées, plus nombreuses.
Un autre fait qui nous restait à noter, c'est que, tandis que les structures nerveuses les plus importantes sont celles qui réunissent les parties sur lesquelles le monde extérieur agit avec celles qui réagissent, il y a aussi des structures nerveuses qui mettent toutes ces parties en rapport avec les organes vitaux, servant ainsi à unir les parties qui dépensent à celles qui accumulent et distribuent.