E. Longhaye. Théorie des Belles-Lettres, p
Poussé avec ardeur, le travail de la conviction peut déjà ébranler la place. Bourdaloue, comme on la dit, arrache des pleurs de raison. Cela suppose que la démonstration est déjà toute pénétrée de vie, de chaleur et de mouvement.
La peinture des mouvements et affections de lame, lintluence de la sensibilité de Torateur, son amour ardent du vrai, produiront ensuite un lent et profond ébranlement.
Puis viendra l'assaut définitif, leffort directement tenté sur la sensibilité d'autrui.
c] L'orateur ne doit pas trop prolonger le pathétique; les larmes tarissent vite.
Une émotion continue fatigue et par là même indispose.
Cependant l'orateur veillera à ne pas arrêter le pathétique trop brusquement.
Il ne suffit pas d'arriver aux abords de la place, il faut pénétrer dedans si l'on veut s'en rendre maître.
5. Le goût chez l'orateur est le discernement appliqué à l'emploi des images dont il se sert pour exciter les passions. Il faut être très réservé dans lusage et dans la création des images :
Ce style figuré dont ou fait vanité Sort du Ijon caractère et de la visité,
dit avec raison Alceste dans le Misanthrope (I, 2i.
L'image doit avoir un rapport naturel avec l'idée
qu'elle exprime, sans cela elle clioque la raiï>on.
Elle doit servir à peindre la vérité et à lui donner de la force, et non pas seulement à orner le style. « Tout ornement qui n'est qu'ornement est de trop, dit Fénelon, retranchez-le, il ne manque rien, il n'y a que la vanité qui en souffre. » Toute expression dans le discours doit porter quelque chose dans l'esprit de lauditeur, et lui ouvrir quelque vue.
Toutes les qualités que nous venons de réclamer pour l'orateur sont des qualités intellectuelles ou morales. Pour dire tout ce qu'il doit être, il conviendrait d'ajouter les dispositions physiques que réclame l'action oratoire : la voix, la prononciation, le geste. Nous y reviendrons plus loin, en parlant des Qualités du discours.