DU DISCOURS ET DE SES DIFFÉRENTS GENRES
§ i"'. — DU Discouns.
Etymologiquement , le mot discours (du latin discursus) désigne un traité, une dissertation, une
41 l'UIXClPES ItE UIIÉTOKIQUE.
suite de raisomicmenls, sur un sujet déterminé. C'est dans ce sens que Descartes Ta entendu en écrivant son DLscouj-s de la Méthode, et Bossuet, son Discours sur l'Histoire universelle .
Ordijîairement ce mot sapplique à la parole continue, adressée à un auditoire, ou écrite en vue de lui être adressée. 11 désigne ce genre de composition que les Latins appelaient oratio, l'acte de loriiteur.
1/ Tout discours est donc une composition littéraire, cest-à-dire une suite de pensées et de raisonnements, enchaînés selon un certain ordre et en vue dun résultat à atteindre. Peu importe, dès lors, qu'il soit simplement parlé ou écrit pour être parlé : il est, comme toutes les autres compositions littéraires, une œuvre de l'esprit ayant pour Lut d'exprimer dans un ordre voulu des idées et des sentiments.
2. Le discours est destine à être prononcé en public. C'est en cela surtout quil diffère du traité, de la dissertation; l'auteur d'un traité de géométrie, par exemple, ne se propose même pas de le lire à ses semblables; cette lecture, si elle avait lieu, ne serait pas un discours, parce que l'ouvrage n'a pas été composé pour être ainsi prononcé.
Le discours, au contraire, s'adresse nécessairement à un auditoire; lors même que celui-ci est absent, l'orateur ne peut le composer qu'en se préoccupant de l'auditoire fictif ou réel auquel il pourrait être adressé.
De là vient, pour l'orateur, la nécessité de se tenir toujours en communication avec son auditoire. C'est faute de cette qualité essentielle que tant de discours sont vagues, ternes, sans intérêt et, par conséquent, sans effet. L'orateur doit être bien pénétré de cette pensée qu'il parle, non pas devant une assemblée, mais à une assemblée à laquelle il doit communiquer ses pensées, ses sentiments, ses passions.
3. Le discours a. en effets pour but de faire partager à autrui les idées, les sentiments et les résolutions qu'il exprime.
L'orateur, comme nous l'avons déjà dit après Cicéron, se propose d'instruire, de plaire et de toucher. Le savant et le philosophe, auteurs d'un traité, se proposent bien d'instruire, eux aussi, mais ils ne visent pas au delà. Le poète et l'artiste cherchent à plaire, à éveiller dans l'àme d'autrui des émotions, mais ces émotions ne seront pas celles qu'ils ont eux-mêmes éprouvées; ils n'ont pas la prétention d'agir sur la volonté et de l'entraîner. L'orateur veut aller jusque-là.
!:; 2. DIFFÉHEXTS GKXIÎES Dli DISCOURS.
A la suite d'Aristote, la plupart des rhéteurs ont distingué trois genres de discours : le genre délibératif, le genre judiciaire et le genre démonstratif. Ces genres diffèrent par leur but et par leur obiot.
1<; PiUNClI'ES r»E KIIETORIQL'E.
Le genre délibératif a pour but Vniilc; son objet est de conseiller ou de dissuader : il comprend les discours de la tribune.
Le genre judiciaire lait voir ce qui est juste ou injuste; il a pour objet d'accuser ou de défendre; tels sont les plaidoyers et tous les discours du barreau.
Le genre démonstratif a pour objet de louer ou de blâmer; son but, c'est V honnête; à ce genre appartiennent les éloges, les panégyriques, etc.
Cette division très célèbre se justiQe, chez Aristote, par la pratique des orateurs grecs qui parlaient seulement pour soutenir ou combattre un projet dans l'assemblée du peuple, pour accuser ou défendre devant un tribunal, pour louer ou blâmer tel ou ici personnage. ^lais elle ne se justifie qu'à titre de fait, et non comme théorie.
Elle n'est pas aussi rigoureuse qu'elle le parait. Le genre délibératif peut (ont aussi bien conseiller le juste et le beau que l'utile. L'éloge et le blâme peuvent exister dans le genre judiciaire. Ces trois genres sont presque toujours confondus.
Par contre, dans quel genre pourra-t-on ranger les discours qui ont le ^>7-ai pour but, comme l'éloquence religieuse?
Les modernes ojit fait prévaloir une autre division, moins profonde peut-être, puisque, au lieu dé reposer sur le fond des choses, elle ne tient qu'à une circonstance purement extérieure. Mais cette di-
vision est plus complète, et elle est plus en rapport avec la réalité.
Les modernes distino-uent les discours relin'ieu.v. les àï'S,co\\vfi politiques, les discours y;/f//c/rt//"(?6-, les discours académiques, et les discours inilitaires.
Nous parlerons successivement de ces divers ffenres.